"Une petite gueulante fait aussi partie de la dynamique de groupe"

©Dieter Telemans

Cinq étudiants ont partagé une journée de travail d’un CEO emblématique du pays. Marc du Bois, le patron de Spadel, a accueilli Clémentine Dumortier, étudiante en dernière année à la Solvay Brussels School. La rencontre a permis de mettre en valeur l’écoute et l’interactivité au comité de direction, mais aussi l’absence de femmes en son sein.

Les CEO des entreprises leaders comprennent-ils ce qui motive les jeunes de la génération des millennials qui seront un jour appelés à leur succéder? Et les étudiants en économie ou en gestion appréhendent-ils à leur juste valeur les responsabilités et les défis qu’endossent et relèvent au jour le jour les grands patrons?

Le bureau de chasseurs de têtes Odgers Berndtson a la bonne idée, depuis cinq ans, de jeter un pont entre ces deux profils en organisant des rencontres pas comme les autres, les "CEO for a day". Il s’agit d’inviter des étudiants méritants de niveau Master à partager une journée de travail avec des chefs d’entreprise emblématiques. Une initiative certes désintéressée, mais néanmoins susceptible de dégager un double profit: pour l’étudiant participant, en termes de découverte du leadership avant d’embrasser une carrière professionnelle; pour le patron, en termes d’interconnexion générationnelle et de perception des attentes des jeunes talents.

Pour l’édition 2018 de cette "journée particulière", Odgers Berndtson Belgium avait retenu cinq CEO réputés, Koen Van Gerven (bpost), Charles Bouaziz (Ontex), Jean-Paul Philippot (RTBF), Marc du Bois (Spadel) et Julien Noten (Vandemoortele). En parallèle, le bureau avait sélectionné cinq étudiants de la Solvay Brussels School, son partenaire exclusif pour cette initiative.

L’Echo a suivi le parcours du CEO de Spadel Marc du Bois et de son invitée du jour, Clémentine Dumortier, 22 ans.

Innovation de rupture

Avant l’événement, les étudiants candidats avaient la possibilité d’exprimer leur préférence. Clémentine Dumortier avait élu Spadel pour deux raisons: parce qu’elle voulait en savoir plus sur la stratégie d’expansion internationale du producteur de boissons à base d’eau naturelle, et qu’elle voulait découvrir le style de leadership du Manager de l’année 2013 et lauréat l’an dernier du concours de l’Entreprise de l’année. De son côté, Marc du Bois avait préparé la rencontre en envoyant à Clémentine, quelques jours avant, un livre retraçant l’histoire de la société. Puis, le jour "J", il l’a fait venir une heure plus tôt pour lui donner quelques clés, afin qu’"elle ne parte pas d’une feuille blanche" et qu’elle soit en mesure de suivre les débats.

La journée a ensuite été consacrée à une session du comité de direction. "L’ordre du jour était chargé", souligne Marc du Bois. Et comme il y avait des directeurs de filiales à l’étranger, comme le responsable de Devin en Bulgarie, avec participation via téléconférence, tout s’est fait en anglais. Le menu du jour a été spartiate avec une seule pause d’une dizaine de minutes en matinée et un lunch réduit à sa plus simple expression (une assiette froide et de l’eau). Les sujets des travaux? "L’innovation rupturiste, l’innovation à plus court terme, la dynamique des marques, la rénovation de marques", égrène le CEO. Qui précise le concept d’innovation de rupture: "On essaie d’imaginer comment le client consommera nos produits à un horizon de cinq à dix ans. C’est rupturiste en ce sens que cela n’a rien à voir avec les modes de consommation actuels, mais on ne peut être certain que cela se produira effectivement." Ni lui ni Clémentine ne nous en diront plus à ce propos, le fruit de ce brainstorming étant classé confidentiel.

Première conclusion tirée par l’étudiante: elle a bien obtenu une foule d’informations sur la stratégie internationale de Spadel et le style de gestion du patron. "Toute l’équipe de direction est impliquée dans la prise de décision, relève Clémentine Dumortier. On sent qu’une bonne dynamique est à l’œuvre au comité exécutif. Les responsables ne craignent pas d’être en désaccord entre eux ou avec leur CEO. Cela permet d’aller de l’avant et d’échanger librement les idées." à ses côtés, Marc du Bois rougit de plaisir: "C’est un signal positif pour moi, car en effet, on ne s’inscrit pas dans un schéma où le patron-propriétaire (son cas chez Spadel, NDLR) n’est jamais contredit."

Où sont les femmes?

Deuxième constat, moins positif: "Il n’y avait malheureusement pas de femme autour de la table", regrette Clémentine. Finement observé. Le CEO opine: "Il y a en revanche beaucoup de femmes dans le middle management." Cotée en Bourse, Spadel compte par ailleurs une femme à son conseil d’administration, "mais on passera à trois au 1er janvier prochain", ajoute le CEO, afin de se conformer au prescrit de la loi sur les quotas de genre dans les conseils des sociétés cotées.

Trois, oui, Spadel constitue une société exemplaire aux yeux de l’étudiante. Elle pointe en particulier sa dynamique de gestion ouverte "malgré" sa dimension familiale et sa propension à l’innovation.

De son côté, Marc du Bois explique qu’il n’a pas accepté par hasard de participer à "CEO for a day", mais parce qu’il s’efforce de "donner un peu de son temps à la génération suivante". Il a lui-même des enfants dans la même tranche d’âge que Clémentine. "J’ai conscience que c’est compliqué pour eux de savoir dans quelle direction aller dans le monde de l’entreprise." Il participe, depuis des années, à divers programmes de témoignage ou formation adressés à des publics jeunes ou étudiants. "Nous avons l’ambition d’attirer de jeunes talents chez Spadel et nous observons que nos résultats, notre politique de développement durable, notre stratégie, nos valeurs et la naturalité de nos produits sont attrayants à leurs yeux."

Il juge l’initiative du jour très positive. "On a organisé les choses de la manière la plus interactive possible. Clémentine m’a même vu pousser une petite gueulante à un moment donné: cela fait partie de la dynamique du groupe." Il voit en elle une saine curiosité, une disposition à se confronter à des situations parfois embarrasantes. Il diagnostique chez elle une bonne écoute, une prise de notes efficace et lui souhaite "de poursuivre dans cette voie-là". Impliquée dans des organisations étudiantes, et notamment dans la présidence du Solvay Business Game dont la finale vient de se terminer à Bruxelles, Clémentine Dumortier relève que cette expérience lui a donné des clés pour la conduite de réunion, qu’elle aurait pu appliquer avec fruits dans ses mandats au campus.

Quant à son avenir proche, ne vous faites pas de souci pour elle: elle a déjà signé un contrat et entrera, dès janvier prochain, au service d’un grand bureau conseil de la place.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content