"La culture d'entreprise, cela s'acquiert!"

©Thierry du Bois

Les trois quarts des Belges ont un a priori favorable envers l’entrepreneuriat. Mais seuls 32% d’entre eux se sentent prêts à lancer leur activité. Si l’enseignement a un rôle à jouer, le choix du niveau prête à discussion.

Créer une entreprise, c’est en général bien vu. Mais quand il s’agit de prendre les choses en mains, on ne peut pas dire que les gens se pressent au portillon. Selon un sondage réalisé fin 2014 dans 38 pays par la société américaine Amway, un des géants de la vente à domicile, 75% des personnes interrogées voient l’entrepreneuriat d’un œil favorable, mais 42% se verraient bien lancer leur propre activité.

En Belgique, l’entrepreneuriat est perçu à peu près aussi positivement (73% d’avis favorables). Mais seuls 32% des Belges sondés se voient en créateurs d’entreprise.

32%
Seuls 32% des Belges sondés se voient en créateurs d’entreprise.

Un colloque européen organisé à la représentation bavaroise auprès de l’Union européenne a mis en lumière l’importance du rôle de l’enseignement dans l’acquisition de l’esprit d’entreprise. Celui-ci n’est pas seulement inné, il peut s’acquérir moyennant une formation ad hoc. "Pourquoi l’Allemagne, l’Autriche et le Luxembourg n’ont-ils pas de problème de chômage des jeunes? Parce qu’ils disposent de systèmes de formation professionnelle performants", souligne Markus Ferber, eurodéputé chrétien-social bavarois et vice-président (PPE) de la commission des Affaires économiques et monétaires.

Reste à savoir à quel niveau d’enseignement peuvent être inculquées les bases de l’entrepreneuriat. Les avis sont partagés. L’apprentissage par soi-même rallie près d’une personne sur cinq (23%), dans le monde comme en Belgique.

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→ La question de l’offre scolaire

Pour le reste, les Belges favorisent, dans l’ordre, les programmes start-up lancés par des ASBL, des chambres de commerce ou des programmes gouvernementaux, l’enseignement supérieur et universitaire puis l’enseignement secondaire. L’ensemble des sondés privilégient l’école secondaire et les programmes de démarrage spéciaux proposés par des sociétés privées.

Selon certains intervenants, l’apprentissage de l’entrepreneuriat nécessite une bonne adéquation entre l’offre scolaire, quel que soit le niveau, et les compétences requises pour lancer sa propre activité (gestion, marketing, économie de base…). Ce qui pose la question du dialogue entre les entrepreneurs, les enseignants et les élèves.

Si 62% des Belges jugent satisfaisante l’offre globale d’enseignement à l’entrepreneuriat, un Belge sur deux estime qu’elle peut être améliorée.

Reste à savoir comment. Sans être la panacée, la formation alternée offre l’avantage de familiariser l’étudiant à la vie en entreprise et de lui inculquer des réflexes entrepreneuriaux. "Les écoles et les universités permettent d’apprendre beaucoup, mais pas à découvrir des choses que personne n’a encore comprises. La clé, c’est la créativité. L’esprit d’entreprise ne peut pas être planifié, il doit apporter quelque chose de nouveau, même à petite échelle", souligne Isabell Welpe, professeur à l’Université Technique de Munich (TUM).

→ Des stages trop courts

"En Belgique, il est difficile pour un jeune d’effectuer un stage de plus de trois mois."
Marcel Claes
CEO de la Chambre de Commerce américaine (AmCham)

La formation alternée est ancrée dans les mœurs dans des pays comme l’Allemagne ou le Royaume Uni. En Belgique, c’est un peu plus compliqué. "Le problème fondamental chez nous, c’est qu’il est difficile pour un jeune d’effectuer un stage de plus de trois mois. Il a donc à peine le temps de se familiariser avec la culture et l’esprit d’entreprise", explique Marcel Claes, administrateur délégué de la Chambre de Commerce américaine en Belgique (AmCham).

La solution, pour lui, passe par des stages de longue durée. "De nombreuses entreprises seraient intéressées d’accueillir des stagiaires pour une durée de six mois, voire d’un an, en les rémunérant. Mais elles se trouvent confrontées à des problèmes liés à la législation tels quel la perte des allocations familiales si l’étudiant travaille durant une trop longue période."

Une chose est sûre: que ce soit par soi-même ou par le biais d’une formation, la culture d’entreprise, cela s’acquiert. En Europe, la peur de l’échec et l’accès au financement sont des freins plus puissants qu’aux Etats-Unis ou en Asie. "L’entrepreneuriat, ce n’est pas nécessairement développer la prochaine ‘silicon valley’. Cela peut aussi être le prochain magasin de chaussures ou le futur nightshop du coin, lance Rodrigo Ballester, conseiller au cabinet du commissaire européen à l’Éducation Tibor Navracsics. Que se serait-il passé si les terroristes de Paris avaient tenu leur propre magasin de nuit?"

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