interview

150 millions pour bétonner l'avenir de NLMK La Louvière

©Dieter Telemans

Le sidérurgiste russe NLMK et son partenaire financier wallon Sogepa se sont mis d’accord pour moderniser entièrement le train à chaud de NLMK La Louvière. Ils vont y investir 150 millions d’euros, à parité. L’opération fait partie d’un plan d’investissement global sur trois ans qui se montera, au total, à 200 millions. Interview avec Ben de Vos, CEO de NLMK International, et Renaud Witmeur, président de la Sogepa.

Qu’est-ce que cet investissement va changer pour le site de La Louvière?

Ben de Vos. L’investissement est consacré à la transformation du train à chaud, l’outil principal de La Louvière. Cela va nous permettre de faire des aciers plus fins, plus larges, à plus haute résistance. Avec l’évolution du marché et de ses demandes en matière environnementale, on cherche en effet à produire toujours plus léger, avec à la clef des réductions de consommation d’acier et d’énergie au niveau des applications. C’est ce que souhaitent nos clients. De notre côté, cela nous permettra de réaliser une croissance de 40%, voire plus, en volume. On va enrichir notre gamme d’une série de produits de niche, ce qui dopera notre production.

"Clabecq vient d’effectuer une très lourde restructuration, mais elle est aussi capable de réaliser sa transformation

Pour les mêmes secteurs clients qu’avant, la construction et l’automobile?
BdV. Oui, la construction, l’automobile, l’engineering général… Le groupe a pour politique de s’assurer une présence dans chaque secteur, car chacun a des cycles différents.

"Ce jeudi est un jour exceptionnel. C’est colossal et majeur pour la Région."
Renaud Witmeur
Président de la Sogepa

Quel impact peut-on attendre au niveau de l’emploi à La Louvière?
BdV. Cela restera stable, il n’y aura pas d’impact direct, mais grâce à cet investissement, nous allons sécuriser l’activité sur le site. Nous allons augmenter sa productivité et sa rentabilité, ce qui stabilisera l’emploi dans le futur. Il faut aussi se dire qu’une usine comme la nôtre est structurante pour l’économie locale; si l’on regarde l’emploi direct et indirect, notre accroissement de volume générera une progression.

Concernant les résultats de NLMK La Louvière, le groupe a apuré un montant de pertes important du passé, ainsi que 38 millions d’euros de pertes pour le premier semestre 2019: la situation est restée difficile…
BdV. Nous avons connu quelques années avec un meilleur cash-flow, puis les deux trois dernières années se sont avérées assez difficiles dans l’ensemble du secteur. Des concurrents ont annoncé des réductions d’activités. Heureusement, nous ne nous trouvons pas dans pareille position. Notre groupe n’opère pas selon une logique trimestrielle; chez NLMK, on est très concentré sur la durée, sur le long terme, on construit pour le futur. La force du groupe est la distribution de valeur sur toute la chaîne, de la gestion des mines à la transformation de l’acier en demi-produits et à sa transformation en produits finis, comme ici. Selon les cycles, il y aura plus d’attribution de valeur sur telle ou telle partie de la chaîne, mais on est sûr que, dans toutes les situations de marché, on peut être performant. Et l’on mise sur l’efficacité opérationnelle. Avec ce "background" et cet investissement dans l’usine, on est certain que d’ici deux ans, on sera structurellement en situation de liquidité positive. C’est aussi le but de l’investissement. La perte historique a été apurée par NLMK et aujourd’hui, on entre dans une phase d’investissement structurel, avec l’argent libéré par nos deux actionnaires.

"Il n’y aura pas d’impact direct sur l’emploi, mais nous allons sécuriser l’activité sur le site pour le long terme."

Pour la Sogepa, qui va injecter la moitié, c’est un montant très conséquent…
Renaud Witmeur. Oui. Ce jeudi est un jour exceptionnel, parce qu’on annonce le plus gros investissement étranger en Wallonie de l’année. C’est colossal et majeur pour la Région. Il y a cinq ans, certains disaient que l’unité de La Louvière était morte… Depuis 2014, on a démontré qu’elle n’était pas morte grâce à la force du groupe, des actionnaires et des managers. Ils ont réussi à montrer que l’organisation interne était capable sans investissement majeur d’augmenter de deux fois et demie la production. On a créé la confiance, on a montré à l’actionnaire étranger que le climat et la confiance étaient là, et cinq ans plus tard, sur cette base-là, on peut vraiment croire en son développement. On ne crée certes pas beaucoup d’emplois, mais sans cela, on sait qu’on meurt! Une évolution permanente est à l’œuvre dans l’industrie et, si l’on veut survivre, on doit tout le temps se moderniser, être plus productif. En faisant cela, on pérennise l’activité. C’est le plus important à mes yeux. Le montant qu’on investit est conséquent, mais en 2014, on était intervenu pour 150 millions: 20 millions d’euros en capital et 130 millions en prêts – remboursés depuis. Il y a aussi tout un registre de performances, qui correspondent aux critères de l’investisseur privé. Donc, oui, ce sont des montants importants, mais le cœur d’activité de la Sogepa, c’est de soutenir l’activité industrielle en Wallonie: ce qu’on fait ici.

"Il y a cinq ans, certains disaient que l’unité de La Louvière était morte…"

Peut-on risquer une comparaison entre le positionnement de La Louvière et celui du site de Clabecq?
BdV. Ce sont des marchés complètement différents. NLMK Clabecq fabrique des gammes de produits de plaques, pour des applications de type infrastructures alors que l’unité de La Louvière cible des clients travaillant pour les consommateurs (auto et construction). Le marché des infrastructures ne se porte pas très bien pour le moment, notamment parce que l’Union européenne n’y a pas assez investi. Mais dans son créneau, Clabecq est aussi positionnée dans le segment des produits les plus fins et les plus résistants: c’est une similitude avec La Louvière. L’autre similitude, c’est que La Louvière a passé une phase de restructuration il y a cinq ans et qu’avec nos propres équipes, nous nous sommes transformés pour gagner la confiance de l’actionnaire. Clabecq vient d’effectuer une très lourde restructuration et son marché reste difficile, mais nous avons confiance que si l’unité applique une même rigueur, un même enthousiasme et la même foi en soi, elle est aussi capable de réaliser sa transformation. La réussite n’est jamais garantie, mais on ne ménagera pas nos efforts. Il ne faut pas tomber dans une sorte de fatalisme… Je suis arrivé en Wallonie il y a quinze ans, j’ai eu ce sentiment qu’on pensait que tout était perdu. Mais rien n’est jamais perdu. Nous croyons que l’industrie a sa place dans l’économie, on ne peut développer une économie uniquement basée sur les services. Avec des outils à la pointe des technologies et bien gérés, il n’y a aucune raison de croire qu’on ne peut pas concurrencer les meilleurs du monde.

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