Des actionnaires de Nyrstar menacent de faire suspendre l'assemblée générale

©Nyrstar

La colère gronde chez Nyrstar. Des petits actionnaires veulent toute la lumière sur les liens entre Nyrstar et Trafigura, son principal actionnaire. L’auditeur n’a pas approuvé les comptes. Ambiance.

La colère gronde du côté des actionnaires de Nyrstar. Le moins que l’on puisse écrire est que le plan de sauvetage imaginé par Trafigura, l’actionnaire majoritaire de Nyrstar, ne passe pas du tout.

De ma carrière, je n’ai jamais vu une société cotée traitée de la sorte, dans un manque total de transparence.
Robert Wtterwulghe
avocat des petits actionnaires

Ce que reprochent certains des petits actionnaires, c’est le flou le plus absolu dans lequel ils ont été maintenus ces derniers mois et le manque d’information dont ils disposent afin de cerner les contours de ce plan de sauvetage. Certains d’entre eux sont allés consulter les avocats Robert Wtterwulghe et Laurent Arnauts (Watt Legal) afin de défendre leurs intérêts en vue de l’assemblée générale qui devrait se tenir le 25 juin prochain.

Après une analyse financière et juridique du dossier, les deux avocats ont décidé de passer à l’attaque, de façon mesurée, en envoyant une mise en demeure à la direction de Nyrstar. Ils veulent faire toute la clarté sur les liens commerciaux et sur les flux financiers entre Nyrstar et Trafigura. S’ils n’obtiennent pas de réponse avant le 13 juin, ils se réservent le droit d’introduire une action en justice afin de faire suspendre l’assemblée générale qui devrait se tenir le 25 juin prochain.

Comptes non approuvés

Le plan de sauvetage prévu par Trafigura consiste à transférer les activités opérationnelles (et rentables) dans une structure à créer temporairement baptisée Newco. Trafigura, qui détient 24,4% de Nyrstar, possédera 98% de Newco, le solde de 2% étant logé dans Nyrstar, ce qui équivaut, pour les petits actionnaires, à une énorme dilution.

On l’a dit, ce que reprochent les actionnaires défendus par Robert Wtterwulghe et Laurent Arnauts, c’est le manque de transparence qui a encadré les relations commerciales et financières entre Nyrstar et Trafigura et, partant de là, le manque d’informations concernant le plan de sauvetage décidé par Trafigura. Or, il semble que les obligataires appelés à se prononcer sur ce même plan de sauvetage ont, eux, reçu des informations leur permettant de décider d’accompagner ce plan.

Trafigura est rentrée masquée et a pris le contrôle de Nyrstar en ne tenant pas compte de l’information à délivrer aux actionnaires.
Robert Wtterwulghe
avocat des petits actionnaires

Pour les deux avocats, ce plan de sauvetage équivaut à une quasi-liquidation et pour une telle opération, il aurait fallu recueillir l’assentiment de l’assemblée générale des actionnaires de Nyrstar, ce qui n’a pas été fait.

Retraçant l’historique des relations entre les deux sociétés, les avocats rappellent que, dès son entrée dans le capital de Nyrstar en 2016, Trafigura a passé deux conventions d’exclusivité avec Nyrstar: la première pour fournir de la matière première à Nyrstar, la deuxième pour lui acheter les produits finis. A priori, les actionnaires n’ont jamais bénéficié d’informations claires et précises par rapport à ces conventions, ni par rapport aux flux financiers entre les sociétés.

"Piratage financier"

Sur la période 2016-2018, alors que tout indiquait une bonne tenue du marché du zinc, on assiste à une dégringolade financière de Nyrstar alors que, dans le même temps, Trafigura affiche des résultats épatants. Cela pose question, soulignent les deux avocats qui ont passé les derniers résultats à la loupe. Notons qu’ils ne sont pas les seuls à estimer être en manque d’informations. Dans le rapport annuel de Nyrstar, rendu public lundi matin, l’auditeur Deloitte prend la même position, expliquant qu’il a été dans l’incapacité d’approuver les comptes 2018, faute d’informations suffisantes.

©nyrstar

De même, ces petits actionnaires estiment que Trafigura exerce un contrôle de fait sur Nyrstar. Pour Robert Wtterwulghe, il s’agit même de "piratage financier". La question de l’abus de position dominante devra se poser tôt ou tard. "De ma carrière, je n’ai jamais vu une société cotée traitée de la sorte, dans un manque total de transparence", nous a-t-il expliqué, avant de poursuivre sur la même voie. "Trafigura est rentrée masquée et a pris le contrôle de Nyrstar en ne tenant pas compte de l’information à délivrer aux actionnaires."

Les actionnaires réclament aujourd’hui tous les documents leur permettant de faire la lumière sur les liens entre Trafigura et Nyrstar afin de pouvoir décider du sort de Nyrstar en connaissance de cause. Et Laurent Arnauts l’assure, s’ils n’ont pas de réponse, les actionnaires demanderont la suspension de l’assemblée générale.

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