analyse

Est-ce encore l'heure des prétoires pour Nyrstar, le Fortis du zinc?

©Thierry du Bois

Des actionnaires minoritaires de Nyrstar sortent du bois et exigent des informations complémentaires. Une démarche louable, mais pourquoi avoir attendu si longtemps alors que le groupe connaît un destin similaire à celui de Fortis à bien des égards?

La cocotte-minute commence à émettre un son strident du côté des petits actionnaires de Nyrstar . Quoi de plus normal. A part les spéculateurs au jour le jour, ils ont pour la plupart bu un bouillon mémorable avec cette action dont la lente et inexorable descente aux enfers restera dans les annales de la Bourse de Bruxelles au même titre que l’explosion en plein vol de Fortis.  

Même si l’histoire et la taille de ces deux groupes sont totalement différentes, le résultat, au final, reste sensiblement le même: le spectre de la faillite, des petits porteurs quasiment expropriés, des actifs sains et rentables transférés dans une autre entité. Avec, des deux côtés, des errements dans la gestion que le contexte du moment -le prix du zinc pour Nyrstar, la crise des subprimes pour Fortis- a transformé en catastrophes.

Des cacahuètes

Et maintenant, la menace d’une action en justice pour Nyrstar. Mandatés par des actionnaires, les avocats Robert Wtterwulghe et Laurent Arnauts exigent davantage d’informations sur le plan de sauvetage de Nyrstar et sur les relations commerciales et financières qui lient ce dernier et son principal actionnaire, Trafigura. Ils parlent de "piratage financier" et de contrôle de fait, et menacent de suspendre l’assemblée générale prévue le 25 juin s’ils ne sont pas entendus.

4.000
travailleurs
Nyrstar emploie plus de 4.000 travailleurs dans le monde, dont 550 rien qu’en Belgique.

Une fois que ce plan, déjà approuvé par les détenteurs d’obligations, aura été mené à son terme, les principaux outils de production de Nyrstar seront intégrés dans une nouvelle société contrôlée à 98% par Trafigura. Le seul actif qui restera dans le Nyrstar actuellement coté à Bruxelles sera une participation de 2% dans cette entité encore à créer. Des cacahuètes...

Dégainer son code

Si l’initiative de demander plus de clarté sur les relations mère-fille incestueuses entre Nyrstar et Trafigura est louable, on peut se demander pourquoi les petits actionnaires, qui dans leur ensemble représentent tout de même un peu plus de 75% du capital, ne se manifestent que maintenant. La mainmise de Trafigura ne date pas d’hier tout comme les erreurs stratégiques commises par d’anciens dirigeants. N’est-ce pas un peu tard pour dégainer son code des sociétés alors que l’on vient d’intuber le patient?

©Nyrstar

C’est vrai que les obligataires de Nyrstar s’en sortent mieux que les actionnaires -comme s'est toujours le cas lors d'une faillite, rappelons-le- et que les premiers ont peut-être bénéficié d’informations qui sont restées hors de portée des seconds.

Mais, face à ce déséquilibre regrettable, il y a un autre élément que les différentes parties doivent prendre en compte avant d’entamer un bras de fer juridique à l’issue incertaine. Malgré sa santé défaillante, Nyrstar emploie toujours plus de 4.000 travailleurs dans le monde, dont 550 rien qu’en Belgique. Une faillite serait synonyme de catastrophe sociale. Un scénario que le sauvetage de Fortis a permis d’éviter.   

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