Le four de Durobor bientôt éteint

©Tim Dirven

Deux des candidats à la reprise du site industriel de Durobor se sont retirés, le troisième n'a apporté aucune précision sur ses intentions. La Sogepa a donc décidé d'arrêter l'alimentation du four de l'entreprise de Soignies. Pour le SETCa, cet arrêt coûtera jusqu'à 300.000 euros.

"Face à l’absence de perspectives à court terme, la Sogepa doit malheureusement décider d’arrêter l’alimentation du four de Durobor". L'information est tombée ce mardi matin. Le bras financier de la Région wallonne tentait, depuis la faillite, de trouver un repreneur pour l'entreprise. Plusieurs contacts avaient été noués et des négociations avaient même été lancées avec trois candidats repreneurs: un fonds d’investissement lié à un pays du Moyen-Orient, un acteur industriel européen et un fonds privé d’investissement israélien.

"À ce jour, la Sogepa doit malheureusement constater que deux de ces acteurs se sont retirés", indique le fonds d'investissement dans un communiqué. Selon la Sogepa, le fonds d’investissement du Moyen-Orient restait intéressé par une reprise éventuelle de DuroborDans le chef des syndicats, on se dit surpris par le fait que le candidat du Moyen-Orient, dont la visite du site était annoncée pour le 3 juin dernier, ne s'est, en fait, jamais déplacé en Belgique. "Les deux autres se sont retirés considérant que les investissements étaient trop lourds", explique Stefano Fragapane, FGTB.

La Sogepa explique ne pas disposer à ce jour "d’éléments suffisants qui pourraient justifier de continuer à exposer les dépenses importantes qu’implique le maintien du four en état de fonctionnement." Jusqu'ici, la veille du four de Durobor était financée par la seule Sogepa, même si un des repreneurs s'était engagé à participer aux frais. Coût de l'opération par jour: 100.000 euros. Elle ne fait, par ailleurs, aucune précision quant aux discussions entamées avec Frédéric Willems de Tradyglass. Celui-ci proposait de reprendre les uniques activités de décoration de Durobor. Une proposition qui ne semble pas disparue.

La Sogepa y croit encore

Le four, qui était maintenu en veille via le recrutement d'une vingtaine de travailleurs intérimaires, va donc être arrêté. Pour la Sogepa, cela ne signifie pas que la quête de repreneur s'arrête elle aussi. Et celle-ci d'ajouter que, dans la mesure du possible, l’arrêt du four se fera via une procédure qui n’hypothèque pas son éventuel redémarrage.

Des réunions sont prévues ce mardi avec les ouvriers en charge de la veille du four et les deux ingénieurs. Il sera question de la procédure envisagée pour éteindre le four, mais également de la volonté ou non du personnel de poursuivre leur tâche.

Le SETCa doute

300.000
euros
L'arrêt du four de Durobor pourrait coûter entre 100.000 et 300.000 euros, selon l'option choisie.

Pour Philippe Bertleff, SETCa centre, un redémarrage du four ne sera pas possible quelle que soit la procédure d'arrêt choisie. Etudes à l'appui, il explique que le four sera vidé et ensuite coulé. Cette opération met un terme à l'activité. Par ailleurs, il chiffre l'arrêt du four entre 100.000 et 300.000 euros, selon l'option choisie.  "Aujourd’hui, nous en sommes convaincus (et ceci en est la preuve): la Sogepa décide d’arrêter le four en toute connaissance de cause et, en faisant cela, elle condamne Durobor à une mort certaine !"

"Il reste encore une lueur d'espoir puisque la Sogepa dit poursuivre ses recherches. Mais nous avions déjà dit qu'il ne fallait pas tarder. L'éventuel repreneur aura besoin d'anciens ouvriers pour leur savoir-faire, mais certains d'entre eux ont déjà retrouvé du travail ou sont en cellules de reconversion", conclut Stefano Fragapane. Durobor employait encore quelque 140 personnes.

Outre la recherche d'un repreneur, la Sogepa et les autorités communales poursuivent leurs études en vue de la reconversion du site industriel. 

La reprise de l’activité Déco de Durobor reste possible

Frédéric Willems, le propriétaire des sociétés Decaglass et Tradyglass, spécialisées dans la décoration de verres et bouteilles, reste intéressé par la reprise des activités déco de Durobor, mais regrette que, depuis un mois, il n’ait plus eu de contact avec la Sogepa. Il a d’ailleurs lancé entre-temps un projet différent pour résoudre son problème de manque de capacités: il est en train de finaliser l’achat du terrain nécessaire avec Idea, l’intercommunale de la région Mons et Centre, pour y construire de nouvelles lignes de production.

"Je n’ai plus aucune nouvelle de la Sogepa depuis le 12 juin, dit-il. Apparemment, il faut être soit Néerlandais, soit Chinois soit Qatari pour obtenir quelque écho à la tête de la Sogepa! Quand on est entrepreneur wallon, cela ne marche pas, on n’y a pas accès…"

Ravalant sa déception,  Frédéric Willems n’exclut toujours pas de racheter la décoration de Durobor. "J’ai un plan d’investissement de 8 millions d’euros, et non plus de 4 millions comme au début, approuvé par mes partenaires financiers. Mais, c’est clair que j’aimerais aller plus vite si c’était possible. Je suis toujours au maximum en production, et si je pouvais disposer de la capacité de Durobor, cela ferait sens." Il a d’ailleurs racheté récemment un mouliste à Manage, dans la même optique.

Côté syndical, l’idée d’une reprise de l’activité déco de Durobor est aujourd’hui bien accueillie. "C’est clair que ce n’était pas notre maître choix, car nous privilégiions une reprise totale, souligne Philippe Bertleff, le secrétaire régional de la SETCa Centre. Mais une reprise partielle reste une possibilité; si cela pouvait sauver quelques dizaines d’emplois, pourquoi pas?"

 

 

 

 

 

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