Le géant des diamants est au bord de la faillite

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Les dettes d'Eurostar Diamond, la plus grande société de polissage de diamants bruts, s’élèveraient à un demi-milliard d’euros. Son sort est entre les mains de la cour d’appel d’Anvers.

Le tribunal de première instance et la cour d’appel d’Anvers ont tous deux rejeté la demande d’Eurostar Diamond Traders portant sur la relance de la procédure de réorganisation judiciaire. La semaine dernière, un vent favorable nous a fait parvenir l’arrêt de la cour: le tribunal conclut "qu’Eurostar Diamond a perdu la confiance de ses principaux créanciers – ABN Amro, Standard Chartered Bank, KBC Banque et Bank of India – auxquels l’entreprise doit des montants faramineux". D’après nos informations, cette dette bancaire avoisinerait le demi-milliard d’euros.

Sightholder

La cour d’appel a même déclaré qu’Eurostar Diamond "n’avait plus aucun diamant commercialisable" et "n’était plus en état de fonctionner normalement".

La cour d’appel a même déclaré qu’Eurostar Diamond "n’avait plus aucun diamant commercialisable" et "n’était plus en état de fonctionner normalement". "Eurostar Diamond a perdu son statut de sightholder (société autorisée à acheter des diamants bruts en vrac, NDLR) chez De Beers et prétend posséder ses propres mines, mais ne peut en apporter aucune preuve." Les entreprises bénéficiant du statut de "sightholder" chez De Beers sont un petit club sélect de près de 80 clients qui sont assurés d’un accès continu aux diamants bruts. D’après les administrateurs provisoires, l’entreprise n’aurait plus aucun revenu de ses activités traditionnelles, à l’exception de quelques loyers et transferts de liquidités vers Hong Kong.

La Cour n’accorde pas davantage de crédit aux chiffres présentés par Eurostar Diamond. Car en novembre, l’entreprise a dû reconnaître devant le tribunal que ses réserves en diamants ne valaient plus que 25 millions de dollars, alors qu’en septembre, elle prétendait encore qu’elles valaient plus de 132 millions de dollars. Ces nouveaux chiffres sont même mis en doute par le tribunal. Car les pierres qui sont conservées via "séquestre", semblent valoir à peine 10 millions de dollars et la plupart ne seraient d’ailleurs pas la propriété d’Eurostar Diamond.

Comptes annuels 2016

Dans ces derniers comptes annuels, l’entreprise expliquait déjà les raisons pour lesquelles elle traversait une période de turbulences: baisse de la demande de diamants; prix élevés des diamants bruts pratiqués par les mines; et manque de soutien de plusieurs grandes banques.

Le dernier rapport annuel déposé par Eurostar Diamond dans notre pays, remonte à 2016. Les comptes annuels de 2017 seraient prêts, mais n’auraient pas reçu l’approbation du réviseur d’entreprise. La maison mère du groupe de diamants se situe d’ailleurs au Luxembourg depuis les années 1990. Même s’il ne s’agit de rien de plus qu’une boîte aux lettres dans une fiduciaire luxembourgeoise. La famille de Spoelberch, actionnaire d’AB InBev, aurait d’ailleurs utilisé cette même adresse pendant des années pour ses holdings luxembourgeois. Mais en décembre, le conseiller luxembourgeois n’était plus à bord et le dernier rapport consolidé du groupe déposé au Luxembourg remonte lui aussi à 2016.

Dans ces derniers comptes annuels, l’entreprise expliquait déjà les raisons pour lesquelles elle traversait une période de turbulences: baisse de la demande de diamants, y compris en Asie où Eurostar Diamond compte de nombreux clients; prix élevés des diamants bruts pratiqués par les mines; et manque de soutien (lisez "crédits") de plusieurs grandes banques qui auraient tourné le dos au secteur du diamant.

Rôle des banques

"Nous considérons cette procédure de faillite comme une façon de détourner l’attention du compor-tement des institutions financières."Eurostar Diamond

Dans une réaction écrite, Eurostar Diamond confirme que ses administrateurs provisoires ont dû faire aveu de faillite à la demande d’ABN Amro, estimant qu’il s’agit "d’une manœuvre agressive de la part des banques" pour cacher à la Justice leur "rôle majeur dans du financement off-shore" via des paradis fiscaux. Pour cette raison, Eurostar Diamond a demandé aux administrateurs provisoires d’introduire une plainte en justice près d’un juge d’instruction. "Les administrateurs – qui sont payés par ABN Amro – ont jusqu’à présent refusé de le faire, sans donner la moindre motivation, explique Eurostar Diamond. Nous considérons cette procédure de faillite comme une façon de détourner l’attention du comportement des institutions financières."

A la fin de l’an dernier, Eurostar Diamond a assigné ABN Amro pour un montant de 720 millions de dollars. Selon ses propres dires, le groupe diamantaire aurait déjà remboursé 360 millions de dollars à la banque néerlandaise, mais d’après nos sources, les négociations avec ABN sur le remboursement de la créance ont échoué. Toujours d’après Eurostar Diamond, la banque britannique Standard Chartered aurait déjà été remboursée de plus de 160 millions de dollars. "Des discussions sont en cours et des accords sont en train d’être trouvés avec d’autres banques et créanciers pour poursuivre les activités d’Eurostar Diamond, qui occupe depuis plus de 33 ans une position de leader dans le secteur diamantaire. Les clients restent fidèles et aimeraient continuer à collaborer avec Eurostar Diamond", indique l’entreprise.

Famille indienne

Derrière Eurostar Diamond on retrouve la famille de diamantaires indienne Mehta qui compte parmi les cent familles d’entrepreneurs les plus riches de Belgique. Son CEO Kaushik Mehta (69 ans), a également été directeur du Antwerp Diamond Dome AWDC jusqu’à la mi-2016.

Sa société à un milliard de dollars, fondée en 1978, a établi des bureaux dans le monde entier, des États-Unis aux Emirats Arabes Unis, en passant par le Botswana, l’Inde et la Chine. Mais ces dernières années, le groupe a vu ses ventes chuter de manière drastique et a donc rencontré des problèmes avec plusieurs banques importantes du secteur du diamant.

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