Les minoritaires de Nyrstar s'opposent à la dissolution

Evelyne van Wassenhove et Kris Vansanten (RSQ Investors) sont montés au capital de Nyrstar pour peser plus dans la bataille judiciaire. ©saskia vanderstichele

Les actionnaires minoritaires de Nyrstar, dont RSQ Investors, ne désarment pas. Ils ont intenté une action en justice pour faire désigner un collège d'experts. Ils s'opposent à la dissolution et pourraient demander un dédommagement. Ils avancent le chiffre d'un milliard d'euros.

Revoilà les petits actionnaires de Nyrstar. À la fin du mois d'avril, RSQ Investors, une société qui investit dans les sociétés en difficulté en vue de les redresser et de les revendre par la suite, a introduit une action en référé devant le tribunal de l'entreprise d'Anvers afin de faire nommer un collège d'experts chargés de faire la lumière sur la restructuration de Nyrstar. Cette action n'est qu'une étape de plus dans un parcours judiciaire de plus d'un an qui oppose les minoritaires de Nyrstar au management de la société et à Trafigura, son actionnaire principal. 

"Nous voulons un débat ouvert et transparent, Nyrstar a abusé de la législation Corona."
Evelyne van Wassenhove et Kris Vansanten
RSQ Investors

RSQ Investors, société gérée par Kris Vansanten et Evelyne van Wassenhove, respectivement Managing Partner et CFO, détient aujourd'hui 7,5% du capital de Nyrstar, ce qui en fait le deuxième actionnaire derrière Trafigura. Ce que veulent les minoritaires aujourd'hui, c'est le report de l'assemblée générale du 2 juin prochain qui devrait, entre autres, se prononcer sur la dissolution de la société. Si le quorum n'est pas atteint au premier tour, une autre assemblée est prévue le 30 juin prochain. 

Cette assemblée devrait se tenir à huis-clos dans l'étude d'un notaire, à cause de la crise du coronavirus. C'est l'un des points qui dérange les petits actionnaires, qui sont invités à poser leurs questions par écrit, et qu'ils devront voter par procuration, sans avoir pu entendre au préalable les réponses à leurs questions. "Nous voulons un débat ouvert et transparent, Nyrstar a abusé de la législation Corona", nous ont déclaré les responsables de RSQ Investors. Mais s'ils veulent un report de l'assemblée générale, c'est également pour attendre la décision du tribunal de l'entreprise d'Anvers concernant la nomination du collège d'experts. C'est que les petits actionnaires réclament toute la clarté sur la restructuration de la société dont ils estiment avoir été victimes.

Ce que reprochent les petits actionnaires

Le combat qui oppose des actionnaires minoritaires de Nyrstar à la direction de la société et à Trafigura pourrait se résumer comme suit. En échange d'une restructuration de la dette de Nyrstar, et après avoir  trouvé un accord avec les obligataires de la société, Nyrstar a transféré ses actifs dans une nouvelle société britannique baptisée Newco dont elle a ensuite cédé 98% à Trafigura pour 1 euro. Les 2% restants sont aux mains de Nyrstar. Entre-temps, Trafigura avait proposé de racheter cette participation pour 22 millions d'euros, valorisant alors l'action de Nyrstar à 0,20 centime d'euros. En 2015, en pleine montée de Trafigura dans le capital de Nyrstar, le titre du producteur de zinc valait encore 15 euros. 

Les petits actionnaires estiment qu'ils ont été tenus à l'écart de la restructuration de Nyrstar et que la société a été vidée de sa substance au seul profit de Trafigura qui, grâce à des contrats déséquilibrés et des facilités de crédit trop onéreuses, aurait pris le contrôle de la société avant de la démanteler et de la laisser filer à l'étranger. Depuis le début du conflit, ils réclament toute une série de documents.

De l'autre côté, la direction de Nyrstar rejette cette argumentation et explique que Trafigura a sauvé la société en restructurant sa dette. Sans cette intervention et les facilités de crédits accordées par Trafigura, Nyrstar serait tombée en faillite, assure la direction de la société. 

"Dans ces conditions, comment voulez-vous que l'on se prononce en connaissance de cause sur la dissolution de la société?"
Evelyne van Wassenhove et Kris Vansanten

Mise en demeure et demande de comptes

Si les petits actionnaires demandent le report de l'assemblée générale du 2 juin prochain, c'est également parce qu'ils sont encore en attente des comptes de Nyrstar consolidés et audités au 31 juillet 2019, date du transfert des actifs. "Dans ces conditions, comment voulez-vous que l'on se prononce en connaissance de cause sur la dissolution de la société?", plaident Evelyne van Wassenhove et Kris Vansanten, de RSQ Investors. "Ils refusent de communiquer sur cette période et malgré ce qu'ils prétendent dans leur code de gouvernance, ils ne produisent rien." 

Pour mettre un peu plus la pression, RSQ Investors a également mis en demeure douze responsables de Nyrstar (administrateurs et membres de la direction), estimant que ce sont leurs fautes de gestion qui ont causé les dommages à Nyrstar au seul profit de Trafigura. C'est à ce niveau-là que devrait se jouer la prochaine partie. Si Nyrstar est effectivement dissoute, les petits actionnaires pourraient se tourner vers les administrateurs et les dirigeants de la société et réclamer un dédommagement. À ce stade, ils l'ont chiffré à un milliard d'euros

Plaidoyer pour un capitalisme conscient

Si Kris Vansanten, dans un premier temps, suivi par RSQ Investors, est monté dans le capital de Nyrstar, c'est aussi pour mener un combat plus idéologique. Depuis quelques mois, ils ont été rejoints par Michel Vermaerke, l'ancien administrateur-délégué de Febelfin. Si ce dernier n'est pas actionnaire de Nyrstar, il conseille RSQ dans son combat pour un "capitalisme conscient". 

"Notre objectif est triple", entame Kris Vansanten. "Il s'agit d'améliorer la protection des actionnaires minoritaires, de garder nos entreprises en Belgique car elles sont source de richesses et de bien-être. On parle de Nyrstar aujourd'hui. À qui le tour demain? Umicore? Agfa-Gevaert?" s'étrangle presque notre interlocuteur qui ne comprend pas que la Belgique ait laissé filer Nyrstar sans que personne ne trouve rien à y redire. "Nous voulons une prise de conscience dumonde politique et du monde économique", embraye Michel Vermaerke qui déclare être favorable "à un monde entrepreneurial qui assume des responsabilités sociétales".

Enfin, le trio entend obtenir un retour sur investissement pour eux, mais également pour tous les actionnaires minoritaires. S'ils obtiennent un dédommagement dans le dossier Nyrstar (ils l'ont évalué à un milliard d'euros), ils entendent créer un véhicule qui pourrait, par exemple, investir dans la transition énergétique, pour se diriger vers une société plus durable où chacun se retrouverait. "Nous voulons un débat sociétal, il faut que les choses bougent, nous voulons que les gens sortent du bois." Le message est lancé. 

 

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