Les petits actionnaires de Nyrstar vont être expropriés pour un euro

©Thierry du Bois

La situation s’emballe chez Nyrstar. Après un avertissement de la FSMA, la société a donné des précisions sur son plan de sauvetage. Les petits actionnaires vont être expropriés pour un euro! Les avocats des actionnaires continuent à brandir la menace d’une action en référé.

Pour comprendre le conflit qui empoisonne Nyrstar de l’intérieur depuis plusieurs mois, il convient de relire une note déposée par André de Barsy, un petit actionnaire de Nyrstar, lors d’une assemblée générale qui s’était tenue le 14 mars 2019. Sous le titre "Tels les castors pénètrent les berges sous l’eau, Trafigura envahit Nyrstar", André de Barsy raconte la montée en puissance de la société Trafigura entre novembre 2014 et aujourd’hui, sachant que Trafigura détient aujourd’hui 24,4% du capital de Nyrstar.

Le comité est conscient de la dilution significative du nombre d’actionnaires existants.
Nyrstar

Alors que la situation financière de Nyrstar est catastrophique, Trafigura a imaginé un plan de sauvetage passant par la constitution d’une "newco" censée héberger les activités opérationnelles de Nyrstar. Trafigura détiendrait 98% de cet ensemble, contre 2% pour Nyrstar. Voilà pour la dilution des petits actionnaires! "Hallali avant l’aube", disait André de Barsy plus loin dans sa note, expliquant que "la situation dramatique telle que présentée depuis quelques semaines est donc le résultat de cette gestion assurée depuis plusieurs années directement par les représentants de l’actionnaire de contrôle en fait et caractérisée par un manque de transparence". Hallali avant l’aube.

©Mediafin


La FSMA suit le dossier

L’aube est arrivée, semble-t-il, alors que les petits actionnaires ont fait appel à des avocats pour les représenter et faire pression sur la société afin qu’elle délivre toutes les informations permettant aux actionnaires de saisir les tenants et les aboutissants de la recapitalisation et, le cas échéant, de se prononcer sur cette opération. Rappelons au passage que les comptes annuels de Nyrstar n’ont pas été approuvés par Deloitte, faute d’informations suffisantes.

©nyrstar

Ces dernières heures, les événements se sont quelque peu précipités. Mercredi en fin de journée, la FSMA est sortie du bois pour prendre position et lancer un avertissement à la société. Le fait est assez rare pour être souligné. Expliquant que les actionnaires n’avaient pas assez d’informations à leur disposition pour approuver les comptes, le gendarme des marchés a demandé à Nyrstar de reporter de cinq semaines la décision relative à cette approbation.

Jean-Paul Servais, président de la FSMA, indique que le dossier occupe ses services depuis un certain temps. La plainte des petits actionnaires n'est donc pas l'unique élément qui a poussé la FSMA à prendre cette mesure exceptionnelle. Il indique avoir donné la possibilité auparavant à Nyrstar de se mettre en conformité. "La réaction n'était pas satisfaisante, c'est pour cela que nous avons lancé un avertissement."

Dans le courant de la nuit, trop tard pour que ce soit pris en compte pour l’assemblée générale prévue mardi, les administrateurs indépendants de Nyrstar ont donc quand même publié un rapport contenant une série de dispositions concernant le plan de sauvetage prévu par Trafigura. À la lecture de ce rapport, on apprend que le transfert des activités de Nyrstar dans la "newco" se fera pour 1 euro symbolique.

Croulant sous une importante dette et un problème de liquidité, la valorisation de Nyrstar, avant cette opération, est estimée dans le rouge. Le bureau Duff & Phelps indique dans le rapport le chiffre de -330 millions d’euros. Pas certain que cette nouvelle passe du côté des petits actionnaires. Ces derniers vont devoir se contenter du partage des 2% de cette nouvelle valorisation, soit 15 millions d’euros, ce qui ramène le titre Nyrstar à 14 centimes.

Pas de souci pour les administrateurs, qui expliquent ne pas voir dans ce deal des inconvénients pour la société "qui ne seraient pas compensés par des avantages".

Du côté de la FSMA, le dossier est activement à l’étude et, en fonction des réponses de Nyrstar, d’autres mesures pourraient être prises, avertit le gendarme des marchés.

Le regard de vadot du 21/06/19 ©Nicolas Vadot

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