A Gosselies, le vitrage n'est plus que technologie

©AGC

L’Echo vous emmène à la découverte de champions wallons et des produits qui font leur renommée. Ce samedi, visite du Technovation Centre d’AGC Glass Europe à Gosselies. La valeur ajoutée du verre est devenue la clé du business et cette innovation.

Quand vous regardez votre pare-brise, votre fenêtre ou la façade d’un bâtiment en verre, c’est rarement pour contempler la finesse technologique du produit. Passez quelques heures au Technovation Centre, le centre d’innovation d’AGC à Gosselies, et vous regarderez peut-être tous ces produits avec un œil nouveau. Des antennes invisibles dans les pare-brise, des vitres à transmission variable qui passent du transparent au noir complet plus vite qu’il faut pour ne le dire (quelques secondes pour l’auto, quelques minutes pour le bâtiment), d’autres antireflets pour les rendre invisibles, un double vitrage produit sous vide plus isolant que du triple vitrage actuel, etc. La technologie de pointe est omniprésente dans le verre. Cerise sur le gâteau, elle est souvent "made in Wallonia".

Le verre classique "est devenu une commodité. Il coûte 300 euros la tonne, soit 30 centimes le kilo. Si on veut survivre, il faut de l’innovation car la commodité pousse à la délocalisation", tranche Marc Foguenne, le directeur du centre technologique de Gosselies.

Notre reportage au centre de R&D d'AGC Glass Europe

Le coût de la main-d’œuvre dans un pays comme la Belgique n’est en effet pas propice pour un produit de commodité. Il faut innover, prendre de l’avance et arriver à capitaliser sur un savoir-faire historique de la Wallonie dans la filiale verre.

C’est l’innovation du Technovation Centre de Gosselies qui permet de préserver des marges sur les produits et donc une filière verrière en Wallonie et en Europe.

Pour y arriver, AGC Glass Europe s’en donne les moyens. En plus de l’investissement dans le centre très moderne de Gosselies qui était de 30 millions d’euros en 2014, le coût de fonctionnement est lui aussi de 30 millions d’euros par an. 1,5% du produit des ventes d’AGC au niveau européen y sont investis dans la recherche. 280 personnes travaillent sur le site, 160 ingénieurs et 120 techniciens. C’est dire si l’excellence wallonne dans le verre est une pierre angulaire incontournable de l’activité du groupe en Europe.

Elle est complétée par des travailleurs qui viennent du monde entier alors que 30% des équipes au centre ne sont pas belges.

Un bâtiment commercial sur quatre dans le monde est équipé de verre AGC. Un vitrage automobile sur trois aussi. Le tout développé à Gosselies.

Dans les produits les plus léchés qu’AGC a développés récemment on trouve une foule d’innovations dans l’automobile, comme ce toit en verre de la luxueuse Maybach Mercedes-Benz qui peut quasi instantanément devenir opaque ou transparent selon les désirs. "Les constructeurs automobiles veulent embarquer un maximum de technologie. Celle-ci doit être invisible et prendre le moins de place possible", détaille Jean-Benoît Lhoest, en charge de la recherche automobile au Technovation Centre. Placer la technologie dans le verre est donc une solution tout indiquée. Sur le site, 4 voitures que l’on démonte et remonte selon les besoins sont utilisées pour les tests.

Technologie dans le pare-brise

Finies les antennes pas très design sur les voitures. On les place sur le verre même, où elles se confondent avec les "fils" qui réchauffent le vitrage arrière. À l’avant, le pare-brise peut chauffer et en priorité les essuie- glaces. Le verre peut définir des zones où l’infrarouge peut passer. AGC développe du verre qui laisse filtrer les ondes wi-fi, particulièrement utile dans les trains par exemple. L’électronique embarquée peut aussi être installée dans le verre mais doit toujours être invisible. Toutes ces vitres peuvent également avoir des couches filtrant le soleil de manière intelligente et variable, permettant de mieux gérer la température dans l’habitacle en recourant moins à l’airco.

Autant de produits pour des véhicules haut de gamme développés à Gosselies et censés protéger en partie AGC des cycles conjoncturels qui touchent particulièrement l’activité verrière dans l’automobile ou la construction. "Sur certains produits, la concurrence va se limiter très fort car le niveau de complexité est très grand", explique Jean-Benoît Lhoest.

60 personnes dans l’auto

L’automobile occupe environ 60 personnes à Gosselies. Le gros des troupes, deux tiers des équipes, travaille sur le verre pour la construction. Ici aussi, les innovations sont en pagaille. AGC travaille ainsi sur du verre photovoltaïque mais transparent qui offre le potentiel incroyable de transformer toutes les vitres d’un bâtiment en cellules photovoltaïques.

©AGC

Sur la nouvelle gare maritime du site de Tour & Taxis à Bruxelles, c’est du vitrage AGC dernier cri qui équipe le bâtiment. Baptisé Halio, celui-ci peut en l’espace de 3 minutes passer de 34 à 97% d’opacité. Le jour de notre visite, un pavillon de démonstration mobile que les équipes d’AGC amènent en clientèle se situait à l’entrée des bâtiments.

En fait, la technologie développée à deux pas du site de Caterpillar se place plus souvent sur le verre que dans le verre. C’est ce qui rapproche toutes les activités ici.

L’art du multicouche

Le lien entre toutes ces technologies dans le verre se situe souvent au niveau des couches additionnelles placées sur le verre, le "coating" comme on dit dans le jargon… Ce sont des couches métalliques placées sur le verre qui lui amènent la technologie.

On parle en nanomètres ici pour des couches qui peuvent se superposer en lasagne, d’un seul côté du verre ou des deux. Le portefeuille de possibilités offert par ces couches est peut-être la plus grande valeur technologique d’AGC. "On a déposé 53 brevets depuis le début de l’année. On en dépose entre 40 et 60 brevets par an", détaille Marc Foguenne.

AGC tente de se différencier dans ce domaine par rapport à la concurrence avec un nouveau produit de "coating on demand". Le client peut, en une journée, venir à l’usine, choisir toutes les options et couleurs qu’il souhaite et avoir un aperçu "hyperréaliste" de son projet sur écran. Particulièrement intéressant pour les architectes par exemple qui souhaitent voir le rendu d’un projet urbanistique, également en fonction des conditions climatiques, des bâtiments limitrophes, etc. Au final, il possédera son verre unique et personnalisé, particulièrement attractif dans un métier où la griffe personnelle a tant d’importance.

Là encore, les chercheurs de Gosselies ont joué leur rôle. Marc Foguenne pense avoir pris 2 ans d’avance sur la concurrence dans ce verre personnalisé . "On a gagné plusieurs bâtiments grâce à cette offre, notamment aux Etats-Unis, sur le territoire de concurrents. Le verre à couches AGC est dans un bâtiment commercial sur quatre", pointe-il.

Pas d’innovation sans usines

AGC possède plusieurs sites en Belgique. Notamment de la production à Lodelinsart, Fleurus, Moustier, Seneffe et Hannut. Sans celles-ci, l’innovation ne pourrait pas exister sur le territoire wallon. On peut certes produire sur le site de recherche des produits développés de petite taille, mais il faut rapidement les tester en production industrielle. La faisabilité du procédé de production étant quasi aussi importante que l’innovation en tant que telle. "Nos chercheurs passent 30% de leur temps sur les lignes de production", ajoute Jean-Benoît Lhoest.

AGC vient d’annoncer un investissement de 10 millions d’euros supplémentaires sur le site. Il s’agit de deux chambres anéchoïques destinées à tester sa technologie de vitrages à antennes intégrées, développée en réponse aux besoins croissants de l’industrie automobile en matière de connectivité. Cette nouvelle installation devrait être opérationnelle début 2019.

Malgré une période plus difficile il y a quelques années, la région wallonne rime toujours avec le verre. Ce sont les Belges qui ont installé la première unité de production de verre en Asie, au Japon plus précisément. C’est en Wallonie qu’on a eu la première usine de verre avec la technique de verre flotté sur le continent après l’Angleterre. L’histoire aime l’ironie et Glaverbel est passé sous le contrôle total des Japonais d’AGC au début des années 2000. Ceux-ci ont bien compris que notre pays restait une référence dans le verre technologique.

Focus
40 à 60 brevets par an

280 emplois dont 160 ingénieurs travaillent d’arrache-pied à l’AGC Technovation Centre de Gosselies. La propriété intellectuelle qui en découle est impressionnante. Nous avons visité le centre le 12 novembre dernier et 53 brevets avaient déjà été déposés depuis le 1er janvier. "Nous tournons autour de 40 à 60 brevets par an, un brevet par semaine", sourit Marc Foguenne, directeur du centre.

Pare-brise et toitpanoramique de Mercedes

AGC Glass Europe a travaillé un temps avec Tesla pour lui fournir des pare-brise. Si elle a depuis perdu le contrat, la firme travaille également avec la quasi-totalité des autres marques automobiles. Quand il s’agit de produits dernier cri dans les pare-brise et le vitrage des véhicules, c’est souvent le nom de Mercedes-Benz qui revient dans les présentations. La tendance est en tout cas de vendre des solutions complètes souvent en partenariat. Ne vendre que le verre d’un pare-brise ne rapporterait pas grand-chose. Un pare-brise avec une foule d’options technologiques intégrées a beaucoup plus de sens. AGC s’ouvre donc à l’extérieur et au Technovation Centre, on dénombre 39 partenariats actifs.

Du verre à tout faire

Les technologies du verre sont tellement variées qu’elles pourraient changer pas mal de choses dans nos vies. Pourquoi encore utiliser des rideaux ou des volets quand le verre lui-même peut devenir opaque? À quoi bon avoir des panneaux photovoltaïques si le verre peut générer de l’électricité photovoltaïque? L’un dans l’autre, AGC veut nous convaincre que le verre peut presque tout faire et même régler une partie du défi climatique. Produire du verre est coûteux en énergie, mais moins qu’avant. Au Technovation Centre, "50% de notre budget est consacré à l’énergie", insiste le directeur du centre Marc Foguenne. Les recherches se focalisent sur le verre comme produit isolant, sur la réduction de l’énergie nécessaire à sa production, et sur le développement de produits qui vont produire de l’électricité. "Le bilan carbone du verre dernier cri a un facteur 10. Il permet d’économiser 10 fois le carbone utilisé pour sa production", insiste-t-on chez AGC.

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