BHP Billiton lance la guerre de l'engrais

Le géant des fertilisants sort l'artillerie lourde. Il va lancer une OPA hostile sur Potash. Montant: plus de 40 milliards de dollars.

Le projet de BHP Billiton d'acheter le numéro un mondial des fertilisants agricoles marque la première tentative importante de croissance externe du groupe minier australien depuis l'échec de sa tentative de rapprochement avec Rio Tinto en 2008. De l'issue de ce projet dépendent de nombreux enjeux, notamment la possibilité de lui assurer de nouvelles sources de revenus et celle d'atténuer la volatilité de ses résultats, ainsi que le sort de son directeur général.

Potash, un spécialiste des engrais agricoles, affiche depuis longtemps son scepticisme sur l'intérêt des fusions-acquisitions.

Le groupe avait d'ailleurs jugé mardi "extrêmement insuffisante" la proposition du géant minier, d'un montant global de près de 39 milliards de dollars (30 milliards d'euros) qui représente pourtant la plus importante offre de l'année, tous secteurs confondus.

Analystes et banquiers d'affaires s'attendaient donc bien à voir BHP améliorer son offre. Ce mercredi, le groupe a annoncé une offre hostile. Il évalue à 43 milliards de dollars le total des fonds nécessaires à l'opération. BHP Billiton se propose d'acquérir l'ensemble des actions de Potash Corp au prix unitaire de 130 dollars US, payable entièrement en numéraire. Le groupe acceptera les titres des actionnaires de Potash jusqu'au 19 octobre.

Le géant minier a assuré que son offre serait totalement financée par des facilités de crédit.

Il a également dit penser conserver sa notation financière en catégorie "A", alors que l'agence Moody's a prévenu qu'elle pourrait abaisser sa note en dessous de "A2", alors qu'elle est actuellement à "A1", en cas de succès de la transaction et d'un financement de l'opération par de la dette.

Le directeur général du groupe anglo-australien a déclaré de son côté mercredi que BHP n'avait pas encore approché d'actionnaires de Potash Corp avec son offre de 130 dollars par action, tout en soulignant qu'il connaissait très bien certains des investisseurs importants présents dans le capital de sa cible.
Il a en outre noté l'existence de liens entre les actionnaires de BHP en Amérique du nord et ceux de Potash Corp.

Deux banquiers seniors spécialisés avaient auparavant estimé que le groupe n'aurait guère de difficulté à assurer le financement d'une offre un peu plus généreuse.

"En novembre 2008, la société disposait de 55 milliards de financements pour appuyer son offre hostile sur Rio Tinto", a rappelé l'un d'eux. "Maintenant que le marché s'est stabilisé, il ne serait pas surprenant que le groupe lève ce genre de montant."

Si le projet se concrétisait, BHP deviendrait le premier producteur mondial d'engrais, un segment dont la croissance et les ventes évoluent selon un cycle différent de celui des métaux, sa spécialité actuelle.

"Cela accroîtra la stabilité parce qu'il s'agira d'un cycle de prix différent de ceux de la plupart des matières premières industrielles" déjà produites par BHP", a expliqué Damien Hackett, de Canaccord Genuity.

"On a là toutes les caractéristiques d'un projet BHP: les actifs opérationnels sont exposés à un risque politique faible, c'est du long terme, à grand échelle et cela ferait d'eux immédiatement un acteur important de ce marché", a-t-il ajouté.

Le projet Jansen

Jusqu'à présent, la stratégie de BHP dans les engrais reposait principalement sur le projet Jansen, censé produire environ huit millions de tonnes de potasse par an, soit 12% de la production mondiale.

"Nous supposons que les études de faisabilité (de Jansen) réalisées par BHP devraient être achevées actuellement", a expliqué Tony Robson, analyste de BMO Capital Markets. "Il serait intéressant de consulter leurs chiffres: s'ils concluaient à une explosion des coûts d'investissement dans le projet, cela signifierait peut-être que Jansen n'était pas si intéressant et que Potash s'est révélé plus intéressant."

Plusieurs observateurs du secteur estime qu'un échec du projet de rachat de Potash pourrait compromettre l'avenir de Marius Kloppers, le directeur général de BHP, qui a déjà dû assumer l'échec de la tentative de rachat de Rio Tinto pour 66 milliards de dollars fin 2008.

 

 

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