IsoHemp investit 5 millions pour doper sa production de chanvre isolant

©Isohemp

La société namuroise IsoHemp investit 5 millions d’euros pour agrandir son usine et doper sa production de blocs isolants à base de chanvre. Isolant calorifique et accoustique, très résistant à l’eau et au feu, le chanvre présente de nombreuses vertus pour la construction.

Évoquez le chanvre, mieux connu sous son acronyme latin ‘cannabis’, et vous émoustillerez tout de suite les amateurs de fumette dégageant des senteurs de feu de prairie. Ce qu’on sait moins, c’est que le chanvre, mélangé à la chaux, a servi pendant des millénaires de matériau de construction. En particulier en France, qui reste un des plus gros producteurs mondiaux avec la Chine.

Depuis 2009, une filière industrielle du chanvre se développe progressivement en Wallonie. Inutile d’essayer de le fumer: des contrôles sévères réalisés à tous les stades de la production permettent d’assurer que la concentration du fameux tétrahydrocannabinol (THC), la substance psychotrope du cannabis, ne dépasse pas 0,2%.

"En 2018, nous avons vendu l’équivalent d’une maison construite avec les blocs d’IsoHemp. Cette année, nous devrions passer à deux maisons."
Olivier Beghin Administrateur délégué d’IsoHemp

Pour la construction, le chanvre présente de nombreuses vertus. Il pousse vite et facilement, et ne nécessite pas de pesticides ou de fongicides. Tous ses composants peuvent en outre être utilisés et sont aisément recyclables. Très résistant à l’eau et au feu, c’est aussi un excellent isolant calorifique et acoustique. Et last but not least, son bilan carbone est parfait: sur l’ensemble du cycle de production, le chanvre absorbe plus de CO2 qu’il n’en produit (il fixe jusqu’à 3 tonnes de CO2 par hectare).

À Fernelmont, près de Namur, la société IsoHemp – hemp est le mot anglais de chanvre – a eu l’idée en 2012 de se lancer dans la production de blocs isolants à base de chaux et de chanvre. À l’origine de ce projet, un ingénieur de gestion, Olivier Beghin, et un ingénieur civil spécialisé en construction, Jean-Baptiste De Mahieu.

Plus de chanvre industriel wallon en 2019?

Si la filière du chanvre a de beaux jours devant elle en Wallonie – la Flandre se tourne plutôt vers le lin –, la production a connu l’an dernier une fameuse baisse de régime.

Alors qu’en 2017, la culture de chanvre industriel couvrait environ 450 hectares en Wallonie, la surface exploitée est retombée l’an dernier à une petite centaine d’hectares. "Dans l’état actuel des choses, la production pourrait être réduite à zéro cette année", précise Thierry Joie, président de l’ASBL Chanvre wallon.

En cause: les difficultés de la société BE.hemp dont l’usine de défibrage du chanvre, inaugurée en 2016, a connu de nombreux problèmes techniques avant de pouvoir tourner. Elle n’est pas encore à 100% opérationnelle.

En conséquence, les stocks de chanvre se sont accumulés jusqu’à atteindre 3.000 tonnes. Sans compter les impayés: depuis 2015, les agriculteurs n’ont pas été rétribués. L’ardoise tourne autour de 650.000 euros.

Dans de telles conditions, la centaine d’agriculteurs qui s’est lancée dans la production de chanvre à usage industriel a préféré arrêter les frais. D’autant qu’aux problèmes de BE.hemp vient s’ajouter la déconfiture des prix de la fibre technique sur les marchés mondiaux, passés de 800 euros à 500 euros la tonne.

La société IsoHemp s’est donc tournée vers les marchés voisins. "À l’heure actuelle, BE.hemp, qui est le seul producteur de paille de chanvre en Belgique, couvre environ 20% de nos besoins. Notre philosophie de base, c’est de favoriser les circuits courts, mais nous sommes contraints de nous tourner vers les pays voisins, en l’occurrence la France et les Pays-Bas. Mais nous nous fournissons tout de même dans un rayon de 300 km maximum", précise Olivier Beghin, l’administrateur délégué d’IsoHemp.

La mayonnaise a mis un peu de temps à prendre, mais aujourd’hui, IsoHemp approche de sa vitesse de croisière. Le chiffre d’affaires – de "quelques millions d’euros", dit Olivier Beghin sans plus de précision – a bondi de 75% l’an dernier.

Production doublée en 2019

L’entreprise exporte 40% de sa production, essentiellement dans les trois pays voisins (Pays-Bas, Luxembourg et France), mais aussi dans des contrées plus lointaines comme l’Irlande et le Royaume-Uni, l’Espagne, l’Italie ou encore l’Autriche.

"À part en France où l’on trouve quelques acteurs proposant une gamme plus artisanale, nous n’avons à ce stade aucun concurrent sur le marché européen", précise le patron fondateur d’IsoHemp.

Le grand saut est prévu pour cette année, avec un doublement de la production. IsoHemp s’apprête en effet à agrandir son usine de Noville-les-Bois. L’entreprise, soutenue par la SRIW et la Région wallonne, investira à cet effet 5 millions d’euros.

"En 2018, nous avons vendu l’équivalent d’une maison construite avec les blocs d’IsoHemp. Cette année, nous devrions passer à deux maisons", précise Olivier Beghin.

Ce n’est qu’un début. Les nouvelles installations, ultramodernes, permettront de porter dès l’an prochain la capacité de production d’un million à cinq millions de blocs isolants par an. Un niveau de production – alimentée en produits naturels (chanvre, chaux et eau) par des fournisseurs locaux et ne produisant aucun déchet – qu’Olivier Beghin espère atteindre d’ici sept ans.

Le cru 2020 devrait aussi être celui durant lequel IsoHemp devrait mettre ses comptes à l’équilibre.

D’ici quelques mois, les effectifs devraient être portés de 25 à 30, puis à 35. Essentiellement des commerciaux: l’usine, qui tourne 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7, est en grande partie automatisée.

La Wallonie entreprend

Vous entreprenez? Vous avez des idées pour faire bouger les lignes? Rejoignez la communauté des entrepreneurs:

La newsletter hebdomadaire

- Le groupe LinkedIn

Découvrez aussi notre site dédié aux chefs d'entreprise wallons et l'ensemble de nos articles.

Publicité
Publicité

Contenu sponsorisé

Partner content