Jackpot pour le président du conseil d'administration de Coil

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La société belge cotée sur Euronext Paris propose à ses actionnaires de porter la rémunération annuelle de son président du conseil de 275.000 à 500.000 euros. Un niveau que seul le président de la KBC a atteint jusqu’ici en Belgique.

La lecture des convocations des actionnaires à l’assemblée générale annuelle de leur société réserve parfois des surprises. C’est notamment le cas de l’invitation à sa séance du 7 juin prochain publiée mardi par Coil , la société belge spécialisée dans l’anodisation d’aluminium et cotée sur Euronext Paris. Un des points à l’ordre du jour concerne la rémunération annuelle de son président du conseil d’administration, James Clarke: on y demande aux actionnaires de ratifier son augmentation pour la hisser de 275.000 à 500.000 euros – augmentation qui prendra cours avec effet rétroactif au premier janvier. Un demi-million d’euros pour un siège de président de conseil, cela laisse rêveur. Un rapide coup d’œil au tableau reprenant les rémunérations les plus élevées des administrateurs des sociétés belges cotées confirme cette impression: l’an dernier, un seul président a touché autant, il s’agissait de Thomas Leysen, qui préside le conseil du bancassureur KBC . Le suivant était Jef Colruyt, le n°1 du groupe de distribution homonyme, avec 354.000 euros. Et la moyenne des présidents des sociétaires du Bel 20 s’élevait à 201.000 euros.

131 millions €
Si l’on appliquait à Jef Colruyt le même ratio de salaire sur chiffre d’affaires que chez Coil, il devrait toucher 131 millions par an.

Que le président de Coil gagne autant que celui de KBC est interpellant. KBC pèse 28 milliards d’euros de capitalisation boursière et a pour 213 milliards d’euros d’avoirs en gestion. En comparaison, Coil affiche une capitalisation de 34,6 millions et a réalisé en 2016 un chiffre d’affaires de 34,6 millions… On notera que si elle est approuvée, la nouvelle paie de son président sera égale à un septantième du chiffre d’affaires. Si l’on appliquait ce même ratio au salaire de Jef Colruyt, celui-ci devrait toucher… 131 millions par an!

Et ce n’est pas tout. Coil propose aussi à ses actionnaires de ratifier l’octroi d’un bonus à ses trois administrateurs "pour leur soutien de la société" et la hausse de son cours: 250.000 euros pour James Clarke, 40.000 pour Yves Willems et autant pour Patrick Chassagne. Enfin, la même assemblée sera appelée à ratifier l’octroi d’un bonus d’un million à chacun des administrateurs au cas où la société serait rachetée à au moins 50 euros par action.

Incentive plan bis

En réalité, Coil est depuis des années en bagarre avec ses actionnaires minoritaires sur cette question des rémunérations de ses administrateurs (les trois personnes précitées plus le CEO Tim Hutton). L’an dernier, face à ces réactions, son conseil d’administration avait fini par renoncer à appliquer un "incentive plan" qui visait à leur verser un bonus collectif de 7,6 millions d’euros. Et ce, malgré que ce plan eût été approuvé par une majorité lors de l’assemblée du 1er juin 2016. Deux mois plus tard, le conseil avait annoncé qu’il proposerait un nouvel "incentive plan" pour ses administrateurs non exécutifs. C’est dans ce cadre qu’il faut comprendre les mesures qui seront soumises à l’assemblée du 7 juin: les administrateurs ont quelque peu réduit leurs prétentions, tout en plaçant la barre des bonus très haut en cas de rachat.

Tout cela nous amène à formuler quatre remarques:

• Un a priori, ces mesures seront ratifiées, puisque les administrateurs de Coil en contrôlent plus de la moitié du capital. Sauf qu’il y aurait conflit d’intérêts, puisqu’ils seraient juges et parties: ils devraient donc logiquement s’abstenir de voter.

• Deux, le niveau de rémunération du président montre que "la société semble considérer qu’il réalise des prestations d’une valeur exceptionnelle", selon un expert en gouvernance.

• Trois, concernant le bonus, le Code belge de corporate governance déconseille d’attribuer une rémunération variable aux administrateurs non exécutifs.

• Quatre, si la société est revendue, ce ne sont normalement pas ses administrateurs qui prendront en charge le processus de négociation: pourquoi, dès lors, leur promettre un éventuel bonus?

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