La faillite de Be.Hemp n'hypothèque pas la filière chanvre mais pose question

La société anonyme basée à Marloie a fait faillite; son modèle de premier transformateur de chanvre n’a pas tenu la route. Faute d’avoir été testé au préalable? Ou faute d’avoir trouvé des débouchés?

Il y a un avenir pour cette filière, mais il faut tirer les leçons du passé.
Un expert du secteur

Un des acteurs de la filière du chanvre en Wallonie a fait la culbute. Le tribunal de l’entreprise de Liège, division Neufchâteau, a ouvert vendredi dernier la faillite de Be.Hemp. On savait que cette société qui avait inauguré ses installations en septembre 2016 traversait d’importantes difficultés, mais on ignorait qu’elles avaient atteint pareil stade.

Elle avait bouclé ses comptes 2018 sur une perte nette de 414.000 euros, ce qui avait résulté en une perte reportée de 876.000 euros, en regard d’un capital de 1,4 million. Cela lui laissait, compte tenu des subsides en capital, pour 945.000 euros de capitaux propres. "La perte reportée est causée par de nombreux retards techniques et de mise au point de l’outil de production, ainsi que par les difficultés à entrer sur le marché de la fibre", avait commenté le conseil d’administration de Be.Hemp dans ses comptes 2018. "Toutefois, l’outil est à présent en mesure de produire des matières de qualité, tandis que les premiers retours des prospections semblent s’annoncer", avait-il ajouté.

Manifestement, ces prévisions ne se sont pas réalisées. Contactés, les responsables de Be.Hemp n’ont pas retourné nos appels. Quant au curateur, maître Cécile Debatty, elle se retranche derrière son devoir de réserve, tout en relevant qu’il est trop tôt pour tirer des conclusions.

La petite usine montée par Be.Hemp devait produire 1.500 tonnes de fibre et 2.500 tonnes de chènevotte par an au départ de 5.000 tonnes de paille de chanvre. Cette activité de défibrage consiste en la première transformation du chanvre, avant la valorisation de la fibre dans la construction (panneaux isolants), le textile, voire la corderie ou la plasturgie, et celle de la chènevotte au titre de litière animale.

La coopérative Belchanvre, créée en amont et réunissant quelque 80 agriculteurs, devait alimenter l’usine en matière première. Le lancement de la société et la construction de la ligne de production avaient nécessité une levée de 2 millions d’euros. Y avaient notamment participé Namurinvest et Idelux. Le montage financier avait aussi intégré des prêts subordonnés, ainsi qu’une aide de la Région wallonne.

Usine créée trop vite

Les difficultés de Be.Hemp avaient commencé à transparaître dans la presse régionale suite au non-paiement de ses agriculteurs fournisseurs. Belchanvre était particulièrement mal prise dans ce dossier, puisqu’elle fédérait d’une part les agriculteurs ayant fait l’effort de semer du chanvre et qu’elle était, d’autre part, un des actionnaires de Be.Hemp devenu, bien malgré lui, mauvais payeur. Concrètement, les planteurs concernés n’ont pas été rétribués depuis 2015. L’ardoise globale tournerait autour de 650.000 euros. Du coup, les stocks s’étaient accumulés chez Be.Hemp et les agriculteurs avaient cessé de planter du chanvre.

"La société anonyme Be.Hemp a sans doute été créée trop rapidement, alors que la culture du chanvre en était encore à ses balbutiements, indique un expert du secteur. Ils ont tout de suite décidé de créer une unité de défibrage, alors qu’une première étape logique aurait été de commencer à travailler à façon sur des installations existantes, en France par exemple, pour démontrer que le modèle peut fonctionner."

Le tour de table de Be.Hemp manquait aussi de compétences industrielles, selon une autre source. La ligne de production a par ailleurs connu des ratés au démarrage et a nécessité une longue mise au point avant d’être entièrement opérationnelle. Ces difficultés ont vraisemblablement empêché les responsables d’accorder suffisamment d’attention au développement de débouchés commerciaux.

"La fibre de chanvre est un marché mondial, pas local, dit notre expert, ce qui requiert des compétences spécifiques."

Dernier élément, les prix de la fibre de chanvre ont chuté ces deux dernières années. On est passé de 650 à 450 euros la tonne, ce qui a mis à mal les perspectives tracées dans le business plan initial.

Un précédent, Chanvreco

En dépit de son caractère récent, le secteur a connu un précédent en Wallonie. La société Chanvreco avait elle aussi entamé une production de première transformation de chanvre à Tinlot, avant de renoncer. Fondée en 2007, la société avait été dissoute, puis mise en liquidation.

D’autres acteurs de la filière wallonne s’en sortent beaucoup mieux, comme Iso Hemp, par exemple. La grande différence avec Be.Hemp et Chanvreco, c’est qu’Iso Hemp fabrique des blocs d’isolant à base de chanvre pour une clientèle dans le secteur de la construction. Elle s’active donc au stade de la deuxième transformation. Elle ne dépend pas directement du déploiement d’une filière agricole, puisqu’elle se fournit auprès d’autres transformateurs – dont faisait partie Be.Hemp, soit dit en passant.

"Il ne faut pas jeter le bébé avec l’eau du bain, conclut l’expert. Il y a un avenir pour cette filière, mais il faut tirer les leçons du passé et ne plus répéter les mêmes erreurs."

©BELGA

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