La forêt wallonne en majorité aux mains de propriétaires privés

Les Ardennes. ©BELGAIMAGE

52% de la forêt wallonne appartient à des propriétaires privés. L'ensemble de la filière du bois wallonne donne du travail à près de 8.000 entreprises.

Un peu plus de la moitié de la forêt wallonne (52%) est aux mains de propriétaires privés. Ils sont 89.790 à se répartir ces 286.300 hectares, alors que le secteur public assure la gestion des 268.300 autres hectares. Chaque privé possède en moyenne trois hectares, mais un petit nombre d’entre eux règne sur de très vastes domaines. Moins d’un pour-cent d’entre eux gère des bois couvrant 100 à 500 hectares, et une vingtaine d’entre eux ont la main sur plus de 500 hectares.

"Les grands domaines sont souvent aux mains de la noblesse ou des grandes familles industrielles."
Eugène Bays
Auteur du rapport Panorabois 2015

Ces données proviennent de Panorabois 2015, un rapport statistique sur le secteur que vient de publier l’Office économique wallon du bois. Le document ne va pas jusqu’à révéler les identités de ces grands propriétaires forestiers. "Mais ces domaines sont le plus souvent aux mains de la noblesse ou des grandes familles industrielles du pays", souligne Eugène Bays, auteur du rapport et responsable analyse et perspectives à l’Office.

Certains noms sont connus, comme la famille Lhoist (carrières), le groupe Albert Frère ou le Prince de Ligne, d’autres moins. "Pour éviter le morcellement de leurs forêts, nombre d’entre eux ont créé une société forestière qui assure leur gestion. C’est plus efficace aussi pour la régénération de la forêt."

Moins de salariés, plus d’indépendants

L’ensemble de la filière bois wallonne donne du travail à 7.897 entreprises, dont 3.404 en personnes physiques, lit-on également dans Panorabois 2015. Elles englobent 18.383 emplois directs: 12.615 salariés et 5.768 indépendants et gestionnaires. Sur les sept dernières années, le volume d’emploi des salariés est en recul de 6%, celui des indépendants en hausse d’autant.

La forêt wallonne compte un peu moins de résineux (sapins…) que de feuillus (chênes, hêtres…): 207.000 et 272.000 hectares respectivement. Mais le taux de récolte de l’année écoulée est de 110% pour les premiers et de 70% pour les seconds. Autrement dit, tandis qu’on produit ou fait pousser 100 m3 de résineux, on en coupe 110. La "population" s’accroît donc en feuillus mais se réduit en résineux. "C’est aussi voulu, du côté des forêts publiques en tout cas, indique Eugène Bays. Il reste des surfaces importantes de peuplements de résineux fort âgés (plus de 100 ans), alors que leur cycle est d’une soixantaine d’années. Ces bois commencent à se dégrader; on peut donc y prélever un excès, ce sera bénéfique à terme pour la régénération de la forêt. C’est moins vrai pour les propriétés privées, où l’on opère des mises à blanc de peuplements de résineux d’à peine trente ans."

La relative surexploitation des résineux s’explique aussi par la demande de l’industrie de la transformation qui, ces dernières années, préfère consommer du résineux que du feuillu. La demande pour le hêtre, qui est la première essence wallonne en production, est ainsi tombée à zéro. Les gestionnaires de bois de hêtre préfèrent attendre une période plus propice avant d’abattre.

Concentration en aval

La récolte et la transformation primaire du bois sont évidemment une activité essentiellement wallonne en Belgique. C’est logique, puisque la forêt flamande ne couvre que 146.000 hectares et que Bruxelles ne totalise qu’un petit 2.240 hectares. Les Wallons ont récolté l’an dernier 4,1 millions de m3 de bois, contre 0,3 million pour les Flamands. La balance commerciale des principaux produits bois n’est dès lors positive que pour la Région wallonne, qui a dégagé un boni de 32,6 millions d’euros en 2013. Pour la Flandre, le solde est négatif de 822 millions et pour Bruxelles, de 74 millions.

La balance commerciale des principaux produits bois n’est positive que pour la Région wallonne.

En aval, l’évolution des secteurs liés diffère sensiblement d’un marché à l’autre. "Les scieries traversent le plus de difficultés, résume Eugène Bays. Dans le segment des panneaux, alors qu’il y avait naguère beaucoup d’usines, essentiellement en Flandre, une concentration importante est en cours. Suite à la fusion d’Unilin et de Spano, il n’y a plus que deux grands acteurs: Mohawk (Unilin), à Wielsbeke, et Norbord, à Genk. Même tendance en cours dans la production de pâte à papier, où il reste trois groupes: Burgo Ardennes, à Virton, qui consomme uniquement des feuillus; Sapi, à Lanaken, qui ne recourt qu’aux résineux, et Stora Enso, à Gand, qui transforme du papier recyclé. On trouve en revanche encore beaucoup d’unités de production de lamellé/collé  des éléments de bois d’ingénierie , mais l’outil de production étant presque saturé, ces sociétés doivent à présent trouver des débouchés à l’exportation. Dans la construction, enfin, on enregistre une certaine stabilité, avec 8% des constructions de maisons neuves en boiscomme précédemment."

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect