Le projet de sucre "zéro calorie" à Seneffe se précise

©Hollandse Hoogte / Maarten Boers

Le projet d’installation de la société indienne Petiva à Seneffe se précise. La future usine produira dans un premier temps 30.000 tonnes par an d’allulose, un sucre naturel zéro calorie. L’installation d’une unité pilote, initialement prévue début 2020, devrait finalement être achevée en 2021.

Encore deux ans de patience et la commune hennuyère de Seneffe deviendra un des centres nerveux mondiaux du sucre "zéro calorie". Le projet d’installation d’une unité de production de la société indienne Petiva a en effet franchi les derniers obstacles techniques. Place à présent à la concrétisation du projet.

Cette start-up créée il y a une quinzaine d’années par le patron du groupe indien Nagarjuna a choisi le parc industriel de Seneffe pour y installer le siège social de sa filiale européenne. C’est là qu’elle devrait lancer, d’ici moins de deux ans, la production de tréhalulose, d’isomaltulose et surtout d’allulose, les fameux "sucres rares". Leurs atouts majeurs – un indice glycémique très faible et un apport calorique jusqu’à 20 fois inférieur à celui du sucre classique, allié à des propriétés antioxydantes et antibactériennes – laissent entrevoir des perspectives commerciales potentiellement énormes.

Moins de 10 euros le kilo

La future unité de Seneffe produira surtout de l’allulose, qui garde la texture et le goût du sucre classique, sans les conséquences néfastes pour la santé. Jusqu’ici, produire de l’allulose pur coûtait cher. Très cher: 1.047 euros le gramme. Aux Etats-Unis, des entreprises commercialisent des sucres à base d’allulose dont la pureté n’est pas précisée à des prix variant de 22 à 66 dollars le kilo.

"Nous arriverons à beaucoup moins cher, grâce au procédé dont nous avons racheté la propriété intellectuelle", précise Jean-Marc Legrand, directeur général du fonds TheClubDeal, la tête de pont financière de Petiva en Belgique. Cette société, financée par des familles fortunées et qui possède actuellement une dizaine de participations (Univercells, Graftys…), est spécialisée dans le soutien aux entreprises en recherche de capitaux de croissance.

"Nous arriverons à beaucoup moins cher, grâce au procédé dont nous avons racheté la propriété intellectuelle."
Jean-Marc Legrand
Directeur général du fonds TheClubDeal

Petiva est parvenue à mettre au point un procédé industriel permettant de transformer le sucre en allulose pur à un prix inférieur à 10 euros le kilo, grâce notamment à un allongement spectaculaire – de huit heures à… 60 jours – de la vie des enzymes permettant la production d’allulose.

Produire un tel sucre à un prix abordable risque bien de chambouler le marché des substituts au sucre. Selon une étude de Rabobank publiée fin 2018, le marché des édulcorants a connu une croissance moyenne de 2,7 % par an entre 2009 et 2017, un taux légèrement supérieur à celle du sucre. Au vu de la croissance de la stévia (12% par an), la commercialisation d’un allulose bon marché laisse miroiter la perspective de l’émergence d’un "magic bullet", autrement dit une solution miracle.

Tout cela donne une idée des perspectives qu’offre le projet d’installation de la filiale européenne à Seneffe. Celui-ci a pris un peu de retard, mais les obstacles techniques sont à présent surmontés.

Unité pilote en avril 2020

"Le rassemblement des conditions préalables a pris neuf mois de plus que prévu. Nous espérons clôturer le financement d’ici octobre, ce qui permettra de lancer la construction de l’unité pilote en avril 2020. La production devrait alors démarrer durant la deuxième moitié de 2021", explique Jean-Marc Legrand. Le projet a été budgété à hauteur de 150 millions d’euros, un plafond qui ne sera sans doute pas atteint.

45
millions
Pour son futur site de Seneffe, la filiale européenne de Petiva entend rassembler 45 millions d’euros de capitaux. Le reste sera financé par des subsides et par des crédits bancaires.

Outre les promesses de subsides et les avances récupérables de la Région wallonne, il s’agira de rassembler 45 millions d’euros de capitaux. "Ces capitaux seront apportés par nous-mêmes, par des fonds publics et semi-publics et par des familles. Nous sommes en train de finaliser le rassemblement des fonds", précise le responsable de TheClubDeal. Ces fonds seront complétés par des crédits bancaires.

Pour Jean-Marc Legrand, le retard pris s’explique aisément et ne remet rien en cause. "C’est un projet industriel d’envergure, qui nécessite de gros investissements en amont et un processus de limitation des risques (technologiques, commerciaux, régulatoires) le plus complet possible", dit-il.

Les atouts de l’écosystème wallon ont été d’autant plus convaincants qu’à ce stade, la commercialisation de l’allulose n’a pas encore reçu le blanc-seing du régulateur européen, l’EFSA (Agence européenne pour la sécurité alimentaire).

"Nous avons introduit il y a un an une demande d’autorisation auprès de l’EFSA, et nous espérons recevoir l’autorisation de distribuer en Europe au moment où l’usine entamera sa production."
Jean-Marc Legrand

"Nous avons introduit il y a un an une demande d’autorisation auprès de l’EFSA, et nous espérons recevoir l’autorisation de distribuer en Europe au moment où l’usine entamera sa production", indique le directeur de TheClubDeal.

Dans l’immédiat, pour éviter tout blocage du processus, les interlocuteurs wallons de Petiva ont fait rajouter une clause au contrat spécifiant que tant que l’allulose n’est pas autorisé en Europe, la future usine de Seneffe produira pour le marché américain.

L’unité pilote devrait produire dans un premier temps 21.000 tonnes d’allulose par an, pour arriver à 30.000 tonnes après trois ans. "À plus long terme, nous envisageons déjà de passer à 150.000 tonnes, ce qui représente 1% de la consommation de sucre en Europe. L’objectif ne nous paraît donc pas illusoire", précise Jean-Marc Legrand.

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