Les crédits plastiques, nouveau financement pour nettoyer les rivières

Le fondateur Thomas de Groote (au centre) ne craint pas de mettre la main à la pâte: on le voit en action ici sur une rivière au Cameroun. ©River Cleanup

En 4 ans, l'association belge River Cleanup s'est déjà fait un nom dans 45 pays. Elle ramasse les plastiques dans les rivières avec l'aide de sponsors comme Delhaize ou VW.

Chaque année, quelque 8 milliards de kilos de déchets plastiques aboutissent dans les océans. Huit dixièmes de ceux-ci y arrivent en descendant les fleuves et les rivières. Et ces 8 milliards représentent 3% de tout ce que l'on produit et consomme comme plastique dans le monde...

"L'ONG américaine VERRA est en train de développer un standard pour le crédit plastique et on commence déjà à en vendre sur le marché."
Thomas de Groote
Fondateur, River Cleanup

Pour réduire cet énorme courant de pollution, des instances internationales planchent actuellement sur un système de crédits plastiques, à l'instar des crédits carbones, dont la distribution et la négociation sur un marché ad hoc encouragent, par la pression des prix, les entreprises à réduire leurs émissions de gaz à effet de serre. "L'ONG américaine VERRA est en train de développer un standard pour le crédit plastique et on commence déjà à en vendre sur le marché", explique Thomas de Groote, le Belge qui a lancé l'association River Cleanup. "Comme pour les crédits carbones, les organisations pourront devenir neutres en émissions de déchets plastiques après avoir calculé leur empreinte plastique, amélioré leurs processus là où elles peuvent recycler ou réduire ces déchets, puis acheté des crédits plastiques pour le solde."

L'argent ainsi dégagé pourra financer des opérations de nettoyage des rivières, fleuves et océans ailleurs dans le monde. Soit précisément ce que fait depuis près de quatre ans River Cleanup. "Au départ, j'étais consultant en soins de santé et je ne me préoccupais pas du tout de la problématique des déchets, explique de Groote. Jusqu'où jour où ma sœur m'a mis au défi de participer à une action publique de ramassage des déchets de tiers. Cela m'a ouvert les yeux. À partir de ce moment-là, j'ai commencé à voir... qu'ils sont partout!"

Trois techniques pour dépolluer les rivières

L'homme s'est documenté, a découvert l'ampleur de la pollution par les plastiques, puis lancé une première opération test de nettoyage le long du Rhin, en Allemagne. "Mon objectif était de rallier 10 communes et 1.000 personnes: 60 communes et 10.000 personnes y ont participé."

Cela servi de déclic. Depuis lors, l'association basée à Anvers a multiplié les opérations en combinant les formules de participation et les techniques de ramassage, et en ciblant les rivières les plus polluées d'Europe et du monde.

Elle recourt à trois techniques: le "trash boom", une sorte de barrière flottante qui concentre les déchets au fil de l'eau, le "river skimmer", qui comme les skimmers de piscine aspire les déchets par des ouvertures, et le "river whale", un outil en forme de V posé dans l'eau, bras ouverts, et qui filtre les déchets par des ouvertures évoquant les fanons de baleine. Une quatrième technique existe, qui recourt à des drones aspirants posés sur l'eau, mais elle s'avère beaucoup plus coûteuse (jusqu'à 80.000 euros par drone).

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million kg
River Cleanup a déjà ramassé 400.000 kilos de déchets plastiques en cours d'eau cette année, mais vise un million de kilos.

Elle propose des opérations ponctuelles ou récurrentes, souvent en partenariat avec des autorités et des entreprises ou ONG locales. Le 6 juin dernier, elle a multiplié les initiatives d'un jour pour le "River Cleanup World", tandis que le 18 septembre prochain, ce sera le tour du "World Cleanup Day". Des actions continues ont lieu sur une dizaine de cours d'eau parmi les plus pollués en Indonésie, au Ghana, au Cameroun et en Albanie. "On se concentre sur les fleuves ayant l'impact le plus substantiel sur la pollution des océans. Nous avons pour objectif de faire participer 200.000 personnes au total cette année, après 100.000 dans 45 pays en 2020. Les gens qui participent à un ramassage changent pour la plupart leur mode de consommation ensuite. L'effet est donc double."

L'objectif est aussi de nettoyer de plus en plus. "Cette année, on a déjà récolté 400.000 kilos de plastiques, mais on veut arriver d'ici fin décembre à un million, souligne le fondateur. Globalement, on voudrait arrêter ces 8 milliards de kilos de déversement d'ici à 2030. En combinant actions locales et globales, compensations et partenariats."

Dons, sponsors et crédits plastiques

L'association a trois sources de financement aujourd'hui: les dons privés, les dons d'organisations et le sponsoring. Si les crédits plastiques se développent, elle y trouvera une quatrième source. Sans compter que River Cleanup organise aussi des sessions de "team building", qui permettent à la fois de conscientiser les gens et de rentrer quelque argent. Parmi ses sponsors figurent des groupes comme Delhaize, Unilever, Henkel, VW ou encore Trivago.

"On accepte comme sponsors des entreprises dont l'empreinte plastique n'est pas encore parfaite, certes, mais qui s'engagent à s'améliorer."
Thomas de Groote
Fondateur, River Cleanup

"On accepte comme sponsors des entreprises dont l'empreinte plastique n'est pas encore parfaite, certes, mais qui s'engagent à s'améliorer. Il faut qu'elles prennent des actions en ce sens. Une fois par an, on fait une évaluation avec chacune d'elles." Un grand groupe a déjà été refusé, parce qu'il ne voulait pas prendre un engagement suffisant. L'association a aussi refusé plusieurs produits (marques), pour la même raison. Une question de crédibilité, puisque ces sponsors retirent des fruits de leur participation sous forme de visibilité.

"Si on veut changer les choses, on doit travailler ensemble avec tous ceux qui sont prêts à s'améliorer. Un euro égale un kilo de déchet plastique ramassé", conclut Thomas de Groote.

Le résumé

  • Huit milliards de kilos de déchets plastiques finissent chaque année dans les océans.
  • L'association belge River Cleanup rallie les populations, les autorités et les organisations pour ramasser les déchets en amont, dans les fleuves et rivières, en ciblant les cours d'eau les plus pollués.
  • Elle vise un million de kilos ramassés cette année.
  • Elle est co-financée par des sponsors comme Delhaize ou Unilever et compte aussi sur l'apport financier des futurs crédits plastiques.

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