interview

Nyrstar n'exclut pas de vendre plusieurs mines

Arrivé depuis huit semaines seulement à la tête du groupe minier et de raffinage belge, Bill Scotting a hérité d’une situation délicate, qui l’a obligé à prendre des mesures d’urgence. Au programme: la restructuration du capital et la réévaluation des mines du groupe. Les trois mines péruviennes sont à vendre, celles Myra Falls et de Campo Morado pourraient aussi être cédées.

Vous projetez de lever des fonds par augmentation de capital ou par endettement? Si vous choisissez l’augmentation de capital, ce sera la troisième en cinq ans pour Nyrstar. Cela fera beaucoup…

"Suite à la nouvelle chute des prix, j’ai dû poser un regard beaucoup plus affûté sur les affaires."

C’est exact. Ce n’est pas le genre de chose qu’une société devrait idéalement projeter de faire. Le moteur de pareille opération relève toujours de l’exceptionnel. Quand je suis arrivé aux commandes, il y a deux mois, il était clair que la compagnie devait changer. C’est ce qu’attendaient les actionnaires - aussi bien les petits porteurs que les principaux actionnaires avec qui j’ai parlé… Malheureusement, les prix du zinc se sont effondrés; ils ont continué à chuter depuis la mi-août. À mon arrivée chez Nyrstar , on avait programmé diverses étapes pour la transformation du groupe à travers ses performances et ses prestations. Ce processus était en cours, mais suite à la nouvelle chute des prix, tout est devenu plus urgent et j’ai dû poser un regard beaucoup plus affûté sur les affaires.

"J’examine ce que je peux faire, à quel moment, en me concentrant sur ce qu’on peut réaliser urgemment pour relever nos performances."

Première chose à faire: que puis-je réaliser en interne pour arrêter l’hémorragie dans le segment des mines, même si cela signifie placer plusieurs mines en entretien et maintenance ou céder certains actifs? Car il n’est pas question de dépenser le capital de nos actionnaires dans de mauvais projets. La deuxième chose à faire, c’est examiner quels sont les besoins en capital de nos opérations (la reconversion de notre raffinerie de Port Pirie, en Australie, est notre principal investissement en cours) et, à travers toutes nos activités, envisager des réductions de coûts. J’examine ce que je peux faire, à quel moment, en me concentrant sur ce qu’on peut réaliser urgemment pour relever nos performances. Cela me donne une vue sur les besoins en capital de nos activités. Il faut en outre analyser ce que le niveau actuel des prix du zinc pourrait signifier pour le bilan de la compagnie. Nous avons des rendez-vous financiers l’an prochain; je dispose à présent d’une meilleure compréhension de la situation, de sorte que j’ai une vue plus réaliste de ce qui est requis.

Peut-on savoir combien d’argent vous devrez récolter?

Il serait prématuré de le dire aujourd’hui. Ce que je peux vous dire, c’est que c’est une question de semaines, pas de mois, avant que je ne dise ce que nous avons l’intention de faire, à la fois en interne (réduction de coûts) et en externe (bilan). Nous disposons d’une large gamme d’options.

Vous avez suspendu l’activité dans plusieurs de vos mines et vous en avez placé d’autres en entretien.

"Avec les prix du zinc à ce niveau, je vais examiner chaque mine, quels sont ses besoins…"

Exactement. Au deuxième trimestre, quand la compagnie a cessé d’exploiter plusieurs mines, on a néanmoins continué de dépenser de l’argent à Myra Falls, au Canada, afin de mettre l’installation en état de pouvoir redémarrer l’an prochain. Même chose à Campo Morado, au Mexique, où nous avons investi dans diverses opportunités de traitement. J’ai décidé d’arrêter ces dépenses, pour sauvegarder le cash. Et j’ai décrété que si quelqu’un d’autre possède le cash nécessaire pour Myra Falls ou Campo Morado, nous pourrions envisager de les lui revendre. C’est un processus en démarrage. Je vais aussi regarder plus loin. Avec les prix du zinc à ce niveau, je vais examiner chaque mine, quels sont ses besoins… Il y a certes un noyau de mines qui sont intégrées avec notre activité de fonderie, mais il y en a une série d’autres. C’est le travail que je fais pour le moment.

Quid de vos mines au Pérou?

On y a trois mines. L’une des trois est fermée, la deuxième est un partenariat avec une société qui explore son potentiel, la troisième est actuellement en exploitation. À ce point, on a enclenché un processus en vue de vendre ces mines.

Les trois mines?

Oui. La discussion porte actuellement sur deux des trois, mais j’aimerais vendre le tout, si possible.

À quoi doit-on s’attendre pour Myra Falls et Campo Morado l’an prochain?

Actuellement, je ne prévois pas d’y dépenser plus d’argent que le minimum pour l’entretien et la maintenance. J’ai stoppé le programme d’investissement. Et compte tenu du niveau de prix du zinc, je ne prévois pas de dégager le capital pour redémarrer le travail là-bas dans un proche avenir. Myra Falls est suspendue, Campo est en entretien pour une durée indéfinie. Je vais voir s’il y a un candidat pour acquérir ces deux mines.

Dans votre communiqué, vous dites attendre une remontée des prix du zinc à moyen et long terme. Pouvez-vous développer?

"Le zinc est surtout consommé en cycle tardif. C’est pourquoi il a tenu si longtemps, avant de capituler."

Il y a différentes manières d’envisager cette question. Vous pouvez consulter toutes les prévisions, tous les consensus, et tous restent positifs pour le zinc à moyen et long terme. Si vous regardez la demande, le zinc est une commodité à cycle tardif. Ce métal n’est pas tellement utilisé dans les infrastructures, mais plutôt dans l’industrie automobile, dans le roofing, la galvanisation, ces types d’applications. Le zinc est surtout consommé en cycle tardif. C’est pourquoi il a tenu si longtemps, avant de capituler.

Même si la croissance de l’économie chinoise ralentit, son économie est en train de glisser des infrastructures vers les biens de consommation. Une part de cette consommation concerne l’automobile (classes moyennes). La Chine est aujourd’hui un des principaux marchés automobiles; la demande de zinc devrait donc continuer à croître. Et si l’on regarde du côté de l’offre, on sait que la mine de Century est basiquement fermée, que d’autres mines importantes ont été retirées, que Glencore a aussi fait une annonce en ce sens… On va donc vers une réduction des capacités; la demande sera restimulée et les prix remonteront. C’est pourquoi nous croyons en cette prévision à moyen et long terme. La demande sera au rendez-vous et l’offre de remplacement sera faible en raison de ces coupures majeures. Cela devrait bouger.

Quand vous avez accepté de devenir CEO, voici quelques semaines, vous attendiez-vous à devoir gérer une situation aussi difficile?

"J’ai été nommé pour redresser les affaires. Cela reste l’objectif."

Je travaille dans ce secteur des mines depuis longtemps, je sais qu’il est cyclique, que le zinc a connu des temps difficiles et d’autres très bons. Je ne m’attendais toutefois pas à une chute à un tel rythme au troisième trimestre, compte tenu des fermetures de mines et de ce qu’on lit sur les fondamentaux. Quand j’ai accepté le poste, j’étais conscient des performances de la compagnie, de son histoire, de l’insatisfaction des actionnaires. J’ai été nommé pour redresser les affaires. Cela reste l’objectif.

Tout ce qui est arrivé a resserré les délais et les contraintes. C’est pourquoi j’ai pris des actions. Et je crois que je devrai en prendre de plus radicales que ce qui aurait été requis dans un environnement "zinc" élevé. J’aurais pris plus de temps pour évaluer les options. J’ai dû prendre des décisions plus dures en peu de temps. On a déjà fait beaucoup. Cela ne fait que huit semaines que je suis CEO. J’ai déjà couvert un certain parcours, mais il reste beaucoup de choses à faire vu l’état du marché. On a déjà identifié pour 40 millions d’euros d’économies. Ce n’est pas assez, le marché le sait, je le sais, mais on progresse, et on va en faire davantage.

40 millions €
Nyrstar a déjà identifié 40 millions d’euros d’économies, mais ce n'est pas encore assez selon le CEO.

Vous n’êtes en place que depuis huit semaines, c’est évidemment très peu…

Oui, et le marché ne m’attend pas! Mais le défi est là. Et j’aime les défis.

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