Pour Nyrstar, il est minuit moins zinc

Ce n'est pas encore le bout du tunnel pour Nyrstar. ©Nyrstar

La situation financière de Nyrstar s'est encore dégradée au cours du quatrième trimestre, ce qui a poussé le spécialiste du zinc à lancer un nouvel avertissement sur résultats. La corde se serre un peu plus autour du cou du groupe qui doit rembourser un emprunt de 350 millions d'euros en septembre prochain.

On pensait que Nyrstar avait touché le fond et que l’étude en cours de sa structure de capital allait enfin assainir le bilan du groupe et lui permettre de sortir la tête de l’eau.

C’était sans compter sur la capacité sans cesse surprenante du spécialiste du zinc de s’enfoncer toujours plus profond dans le puits de la poisse.

Vendredi soir, Nyrstar a publié un long communiqué de presse (méfiez-vous toujours d’un communiqué de presse qui tombe à ce moment-là, c’est souvent mauvaises nouvelles et compagnie) dans lequel il fait le point sur sa situation opérationnelle et financière.

On peut en retenir plusieurs éléments:

  • Le groupe a élaboré un "business plan" à cinq ans qui doit servir de base pour les négociations visant à assurer une structure durable du capital.
  • Sa mine de Myra Falls et son site de Port Pirie ont dû interrompre momentanément leurs activités, le second pendant le mois de décembre pour des raisons de maintenance. De nouvelles prévisions financières ont été revues à la baisse pour ce joyau de la couronne.
  • En raison des prix de l’énergie en Europe et de l’arrêt de Port Pirie, Nyrstar ne prévoit plus qu’un Ebitda sous-jacent compris entre 110 millions et 130 millions d’euros pour 2018 ce qui implique un Ebitda négatif compris entre -24 millions et -4 millions au quatrième trimestre, ont calculé des analystes. En septembre, il signalait simplement que l’Ebitda du second semestre serait inférieur à celui de 120 millions d’euros généré lors de la première partie de l’année.
  • Afin de s’aligner sur l’examen de la structure de son bilan, le groupe a décidé de postposer la publication de ses résultats annuels initialement prévue le 21 février au 30 avril. L’assemblée générale aura lieu, elle, le 25 juin.

Pas étonnant donc que l’action prenne un nouvelle claque ce matin (-34% à l’ouverture), aidée par les cinq gros "shorteurs" qui font leur miel des déboires de Nyrstar.

Nouveau choc

"Ce nouvel avertissement sur résultats est un choc supplémentaire pour la société et il nous pousse à être plus prudent pour nos prévisions de 2019 et au-delà" souligne Wim Hoste de KBC Securities. Selon ses calculs, le ratio de dette nette sur Ebitda se situe désormais autour de 15. Rappelons qu’à partir d’un seuil de 5, la situation devient très préoccupante. Chez AB InBev, par exemple, on tourne autour de 4-4,5 et chez Greenyard on évoque le chiffre de 6.

"Une large restructuration de la dette semble absolument nécessaire pour assurer la survie de Nyrstar", assure l’analyste mais on ne sait toujours pas quelle forme elle prendra : échange de dette contre de nouvelles actions ou décote de celle-ci.

En attendant, il a abaissé son objectif de cours à 30 centimes par action contre 50 centimes avant. Sa recommandation reste à "réduire".

Dix centimes l'action

De son côté, Stijn Demesteer d’ING ("vendre" ; 40 centimes) estime que l’aggravation de la situation opérationnelle et financière du groupe va entraîner une opération qui sera hautement dilutive en capital avec un impact clairement négatif pour les actionnaires existants.

L’analyste Frank Claassen de chez Degroof Petercam est encore plus alarmiste. "S’il peut exister une sortie de secours pour Nyrstar, elle aboutira inévitablement à une dilution très lourde pour les actionnaires existants. L’obligation à haut rendement de 350 millions d’euros arrive à échéance en septembre et l’heure tourne." Il a divisé son objectif de cours par 5 à 10 centimes et conseille de rester à l’écart de la valeur.

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