Sauvetage de Nyrstar: qui perd, qui gagne?

©nyrstar

Nyrstar a présenté ce lundi matin un plan de recapitalisation devant lui permettre de se libérer du poids de son énorme dette. A qui profite le plus le scénario qui prévoit la prise de contrôle à 98% par Trafigura?

Après des mois de négociations avec ses créditeurs - pour la plupart des fonds vautours - Nyrstar a enfin présenté un plan de sauvetage destiné à pérenniser ses activités et à assurer l’emploi de ses 4.100 employés dont une partie travaillent en Belgique.

Sa dette colossale (surtout mise en regard avec son Ebitda avec un ratio de 15) étranglait de plus en plus le leader européen du zinc qui voyait approcher avec angoisse le remboursement d’un emprunt de 350 millions d’euros en septembre de cette année. Une échéance qu’il aurait été bien incapable d’honorer.

Il fallait donc agir et vite pour éviter une faillite pure et simple.

 

Cessez-le-feu

Trafigura, spécialiste du commerce des matières premières et actionnaire de référence de Nyrstar avec une participation de 24,4% a réussi à convaincre 44,8% des créditeurs du groupe autour d’un plan de restructuration. Une sorte de "cessez-le-feu" a été conclu entre les parties suspendant les remboursements de capital et intérêts le temps de convaincre les autres obligataires et de mettre en place ce plan.

On savait qu’il passerait par une dilution massive des actionnaires existants. Plusieurs analystes financiers évoquaient l’hypothèse d’un échange de dette contre de nouvelles actions à émettre comme ce fut le cas pour la société Option devenue Crescent entretemps.

NewCo

Le scénario finalement retenu se révèle fort différent. Les activités opérationnelles de Nyrstar seront transférées dans un nouvelle société ("NewCo") à créer qui sera détenue à hauteur de 98% par Trafigura. Le solde de 2% sera logé dans Nyrstar. "Cela représente une dilution massive pour les actionnaires actuels de Nyrstar", souligne Wim Hoste ("réduire"; 0,30 euro) de KBC Securities. "Mais comme l’a indiqué la société un échec dans la mise en œuvre de ce plan conduirait fort probablement à l’insolvabilité du groupe impliquant dans ce cas une perte totale pour les actionnaires."

A ce stade rien ne semble acquis en effet. Il faut encore que 75% des créditeurs dans chaque classe d'obligation marque son accord le 29 avril au plus tard pour mener à bien ce projet. En échange de leurs créances sur Nyrstar totalisant 955 millions d’euros, ils recevront de Trafigura un package comprenant des obligations perpétuelles, des billets de premier rang et des instruments liés au prix du zinc pour un total de 568,1 millions d’euros.

Trafigura, seul maître à bord

Alors de Trafigura, des actionnaires de Nyrstar et des fonds vautours qui tire le mieux son épingle du jeu dans ce scénario de la dernière chance ?

Sans aucun doute, les petits porteurs paieront le prix fort mais avec Nyrstar c’est devenu une habitude depuis son IPO en 2017. Ils resteront actionnaires d’un holding détenant 2% de la future entité opérationnelle. Mais, en cas de faillite, rappelons que les actionnaires sont toujours les derniers à être pris en compte lors de la liquidation.

De son côté, Trafigura prend désormais tous les risques liés aux activités de Nyrstar et s’endette en conséquence. Mais si le prix du zinc grimpe et que les promesses de Port Pirie se confirment, il pourra, à terme s’y retrouver voire plus. Tous les bénéfices (à 98%), si bénéfices il y a, lui reviendront. Il pourrait être en sortir gagnant.

Quant aux obligataires, ils acceptent certes une décote significative sur leurs titres mais obtiennent en échange un transfert du risque sur un groupe nettement plus solide que le vacillant Nyrstar.

Quant aux collaborateurs de Nyrstar, ils ne peuvent que se féliciter de voir le spectre de la faillite s'éloigner. Mais rien ne dit que Trafigura ne va pas concocter, à plus long terme,un plan de restructuration.

Bien sûr, au final, les seuls gagnants dans ce genre de dossier sont les cabinets d’avocats et les conseillers financiers qui ont épaulé les différentes parties lors des négociations.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect