Umicore accusé de pollution dans le Gard

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Le géant minier gérait entre 1914 et 1971 plusieurs mines dans le sud de la France. Aujourd'hui à l'arrêt, ces mines continuent de polluer les sols, les eaux, les végétaux avec des répercussions sur la santé des riverains. Les autorités attaquent, Umicore se défend.

Umicore aux prises avec les autorités françaises du Gard. Le géant belge qui compte 5 sites miniers dans les communes de Saint-Félix de Pallières et Thoiras (au nord de Nîmes) est accusé d'avoir infecté les sols, l'eau et les végétaux par le plomb et le cadmium. On estime qu’il reste 600.000 tonnes de résidus sur le site de la mine Joseph et 1,5 million de tonnes sur celui de la Croix de Pallières; des résidus jamais nettoyés. 

En juillet 2018, le préfet du Gard avait mis en demeure Umicore, l'obligeant de confiner ces déchets. Umicore conteste toute responsabilité. L'entreprise est certes encore propriétaire de 2 à 3 hectares renfermant des stériles (résidus miniers) sur lesquels la végétation n’a pas repris depuis l'arrêt de la production il y a plus de 50 ans.

Aujourd'hui, les riverains s'inquiètent face à une bataille judiciaire qui pourrait durer 15 ans. "Et pendant ce temps les riverains sont pris en otages", explique François Simon, président de l'Association pour la dépollution des anciennes mines de la Vieille Montagne (ADAMVM).

Umicore a agi...

La société de la Vielle Montagne qui exploitait les mines jusqu'en 1971 avait été intégrée en 1914 à ce qui désormais s'appelle Umicore. L'extraction du zinc, du fer, du plomb et de l'argent avait été arrêtée en 1971. Des travaux de réaménagement du site et de protection des zones avaient été entrepris dans les années 90, avec des travaux d'entretien en 2016.

Explications d'Umicore sur l'exploitation minière dans le Gard

 

... mais pas suffisamment

Malgré toutes les précautions, une étude de la Santé publique dévoilait en juillet 2018 des taux d’imprégnation en arsenic et en cadmium supérieurs à ceux de la population générale. Dans ses conclusions, l'étude ne parvenait cependant pas à démontrer le lien cette pollution et les cancers développés dans la région. Néanmoins, on trouve chez les habitants des taux anormalement élevés de métaux dans le sang. 

2,6 millions de tonnes
résidus
On estime qu’il reste 600.000 tonnes de résidus sur le site de la mine Joseph et 1,5 million de tonnes sur celui de la Croix de Pallières; des résidus jamais nettoyés.

Le Préfet était entré en action obligeant Umicore de confiner les résidus polluants.

De son côté, Umicore se dit uniquement responsable de "la digue Umicore", cette barrière étanche censée retenir les résidus miniers. "Depuis l’arrêt définitif des travaux miniers, Umicore n’a jamais quitté la région et surveille très régulièrement l’état de ses parcelles, et plus particulièrement celle sur laquelle est située l’ancienne digue à stériles", lit-on sur leur site. Le groupe rappelle ne plus être en activité depuis 50 ans sur ces sites et avoir donc respecté toutes ses obligations en matière de droit minier.

©Document Umicore

Le préfet reconnaît effectivement le respect par Umicore de ses obligations en matière de droit minier, mais soulève des carences sur le "droit des déchets". "Du point de vue juridique, on estime qu'ils restent détenteurs des déchets qu'ils ont produits", précise le préfet.

Habitants pris en otages

Les habitants se disent de leur côté encore plus démunis. D'abord, ils dénoncent le silence qui a entouré cette pollution des années durant. En effet, les premiers rapports mettant en lumière une contamination datent du début des années 2000. Les riverains n'ont été tenus au courant que 14 ans plus tard. 

On demande la création d'un fonds d'indemnisation de type Barnier puisque le code minier ne prévoit rien pour l'après-mine.
ADAMVM

Depuis mars 2016, une cinquantaine de plaintes contre X pour "mise en danger de la vie d'autrui" ont été introduites auprès du pôle santé du tribunal de grande instance de Marseille. Plusieurs autres ont été introduits auprès du tribunal administratif de Nîmes. Aucune de ces procédures n'a abouti.

Outre les conséquences sur leur santé, ils pointent aussi du doigt un impact sur l'immobilier de la région. Ils sont en effet nombreux à se retrouver propriétaires de biens invendables. 

L'ADAMVM a recensé une quinzaine de foyers qui pourraient prétendre à une indemnisation, mais les riverains doutent de l'issue. "Nous avons fait une lettre au président de la République dans laquelle on demande la création d'un fonds d'indemnisation de type Barnier (Fonds de Prévention des Risques Naturels Majeurs, NDLR) puisque le code minier ne prévoit rien pour l'après-mine," indique un membre de l'association.

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