Une étude met en doute la pertinence des aides au GNL

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La Wallonie et l’État belge ont-ils raison de soutenir le développement du gaz naturel liquéfié (GNL) comme carburant pour les poids lourds? Le GNL pollue en tout cas autant que le diesel, selon une étude commandée par le gouvernement néerlandais et diffusée ce jeudi par la coupole d’ONG Transport & Environment.

Les subsides pleuvent en Belgique pour soutenir le déploiement de poids lourds au gaz naturel liquéfié (GNL), pourtant la performance environnementale de ce carburant pourrait être surévaluée. Une étude commandée par le gouvernement néerlandais et diffusée par la plateforme d’ONG Transport & Environment (T&E) conclut que, en conditions réelles, les camions au GNL émettent plus d’oxyde d’azote (NOx) que ceux au diesel, que leurs émissions de particules fines sont équivalentes, tout comme leur impact climatique.

Deux fois plus de NOx

Selon l’étude menée par le centre de recherche indépendant TNO, les camions testés sur route propulsés au GNL se sont révélés deux à cinq fois plus polluants en NOx que les camions au diesel les plus performants. Les trois types de camions au gaz testés produisent des niveaux d’émissions de particules fines comparables aux camions diesel. Et si les camions au gaz réduisent leurs émissions de gaz à effet de serre de 3% à 14% par rapport au diesel, c’est sans compter l’impact climatique de l’extraction et du transport du gaz liquéfié: lorsqu’on en tient compte, le bilan carbone est soit moins bon que celui du diesel, soit peu significatif, relève T&E.

Subsides wallons

En Belgique, on ne paye pas d’accises sur le GNL. Les pouvoirs publics encouragent le développement de stations de recharge de gaz liquéfié – il devrait y en avoir 25 en Wallonie à la fin de la prochaine décennie. Et en mars dernier, le gouvernement wallon avait annoncé une prime de 24.000 euros par camion pour l’achat ou la transformation de poids lourds au gaz naturel liquéfié ou compressé (GNC) – 2,5 millions d’euros avaient ainsi été budgétés pour 2019, la mesure doit être appliquée trois ans au moins. En l’annonçant, le ministre de l’Économie Pierre-Yves Jeholet (MR), avait expliqué que ce subside visait à diminuer l’emprunte climatique du secteur et favoriser sa compétitivité.

La Belgique s’inscrit dans un mouvement européen: depuis 2014, une directive européenne sur le déploiement d’une infrastructure pour les carburants alternatifs encourage le soutien au GNL. Elle demande notamment aux États membres l’installation d’ici à 2025 d’un "nombre de points approprié le long du réseau transeuropéen de transport".

"Mauvaise direction"

La plateforme T&E considère aujourd’hui que la réglementation européenne "pousse les États membres dans une mauvaise direction". Et plaide pour que les gouvernements taxent le GNL et cessent de subsidier son déploiement. Elle demande aussi à la Commission européenne de réorienter ses aides à la recherche: au cours de la période de financement actuelle (2014-2019), les fonds de R&D ont été plus de deux fois plus élevés pour les technologies au gaz que pour l’électrification et les batteries. Les financements publics devraient aux yeux de la plateforme servir à soutenir l’émergence des camions hybrides, électriques voire propulsé à l’hydrogène. T&E plaide pour des infrastructures de charge ultra-rapide pour les batteries électriques de camions dans les zones urbaines ou encore l’installation de caténaires pour camions hybrides. "Vu la densité du réseau routier belge, électrifier quelques tronçons permettrait d’économiser beaucoup de CO2", souligne Stef Cornelis, manager clean trucks chez T&E.

En mai, la Natural & biogas Vehicle Association (NGVA), qui défend le secteur au niveau européen, a célébré l’installation de la 200e station de gaz naturel liquéfié d’Europe.

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