L'Europe a fait un cadeau de 800 millions d'euros à Mittal

ArcelorMittal parvient à gagner de l'argent en se contentant de mettre des hauts-fourneaux à l'arrêt. ©Goos van der Veen/Hollandse Hoogte

Selon un rapport remis aux syndicats, ArcelorMittal a reçu un surplus de 165 millions de tonnes de CO2 gratuites sur 2008-2012 en Europe. Au prix de 4,9 euros la tonne, cela représente un cadeau de 808 millions. Dans le même temps, il y a réduit l’effectif de 40.000 emplois.

Même si l’Europe a revu les règles d’évaluation afin de réduire les quotas de CO2 gratuits que les Etats-membres peuvent dorénavant octroyer aux entreprises industrielles, ArcelorMittal semble avoir fait une bonne affaire pour la période 2008-2012. Selon une analyse du bureau français Syndex, remise fin de l’année dernière aux syndicats, le groupe sidérurgique a reçu davantage de droit de polluer que d’émissions de CO2 effectivement envoyées dans l’atmosphère. Selon le document dont nous avons eu connaissance, huit pays européens ont octroyé, sur la période écoulée, un total 435,57 millions de tonnes de CO2 à ArcelorMittal.

Express

Sur la période 2008-2012, ArcelorMittal a reçu de 8 pays européens dont la Belgique, un total de 435,57 millions de tonnes de CO2 gratuits pour ses productions d'acier. Mais il n'a émis que 270,527 millions de tonnes. Une analyse du bureau français Syndex indique que le groupe a accumulé environ 165 millions en raison de la fermeture des outils motivée par la crise. Au cours du quota de 4,9 euros la tonne en octobre, cela représente un gain de 800 millions d'euros.

Mais les constats réalisés a posteriori indiquent que le leader mondial de l’acier n’a en effet émis que 270,527 millions de tonnes de CO2. En définitive, il a donc reçu, en cadeau, un surplus de quelque 165 millions de tonnes (voir infographie). D’après les experts du bureau Syndex, qui est l’expert financé par le groupe pour éclairer les représentants de son conseil d’entreprise européen, c’est en raison de la crise que le groupe n’a pas pu utiliser les quotas gratuits reçus et qu’il les a donc accumulés. Le groupe a fermé des outils (temporairement ou définitivement) et réduit de facto sa production d’acier.

En octobre 2013, le quota de CO2 s’échangeait sur le marché au prix de 4,9 euros la tonne. Un calcul rapide renseigne ainsi que le groupe a ainsi bénéficié d’un cadeau des huit pays européens pour un montant total de quelque 808 millions d’euros.

286 millions d’euros de gains

D’après les informations recueillies par les experts de Syndex auprès des dirigeants d’ArcelorMittal, le groupe a échangé 21,8 millions de quotas de CO2 européen en 2012, ce qui a généré un produit de 166 millions d’euros, soit plus de 7 euros la tonne. Par ailleurs, il a vendu directement 16 millions de quotas, enregistrant au passage un gain de 120 millions d’euros. En 2012, ArcelorMittal avait donc tiré des recettes pour un total de 286 millions d’euros de la cession ou l’échange des quotas supplémentaires.

Perte de 40.000 emplois

Le groupe a utilisé ses gains pour financer des projets d’amélioration d’efficience énergétique (adaptation du processus industriel pour réduire les consommations d’énergie dans les hauts-fourneaux, réduction de la perte d’énergie, etc.). Le 23 novembre, le prix de la tonne de CO2 sur le marché a chuté à 4,4 euros, mais il s’agirait du prix plancher. Car les acteurs s’attendent à une remontée du cours. Il lui reste encore pour au moins un demi milliard d’euros de quotas.

Tout en bénéficiant de quotas de CO2 gratuits qu’il a valorisés sur le marché, ArcelorMittal a réduit drastiquement les effectifs en Europe, davantage que sur ses sites en Asie et en Amérique du nord. En 2008, le groupe occupait 130.051 travailleurs dans l’Union européenne à 27 (dont 125.194 dans les 8 pays européens cités). À fin 2012, l’effectif n’était plus que de 90.073 personnes (dont 86.913 dans les 8 pays) et 86.978 personnes à fin septembre 2013. Soit une perte de près de 40.000 travailleurs dans l’UE (27). En Belgique, ArcelorMittal, qui comptait 15.222 collaborateurs à fin 2008, n’en affichait que 10.136 à fin 2012. À fin septembre 2013, il occupait 9.700 travailleurs dans le royaume.

Sur la programmation 2013-2020, la Wallonie n’octroie que 6,55 millions de tonnes de CO2 à ArcelorMittal.

 

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