interview

Aline Muylaert, CitizenLab: "Apportons l'innovation que les communes n'ont pas les moyens de mettre en place"

©TEDxLiège

Ce dimanche se déroulait à Liège une nouvelle édition des désormais célèbres conférences TedX. L’occasion d’y entendre notamment Aline Muylaert, la cofondatrice de la plateforme CitizenLab récemment reconnue pas le magazine Forbes, comme l'une des innovatrices les plus influentes de cette année.

A seulement 25 ans, Aline Muylaert est à la tête de CitizenLab, une plateforme de démocratie directe permettant aux citoyens de proposer des idées et donner leur avis sur la politique locale. Un nouvel outil pour les gouvernements locaux qui n’a pas tardé à convaincre les communes mais aussi le magazine Forbes. Ce dernier a repris la jeune entrepreneuse dans son classement annuel "30 under 30", récompensant les innovateurs de moins de trente ans.

Qui sont vos clients?

Notre business model repose sur la vente de notre logiciel aux communes. Nous travaillons avec les villes de toutes tailles mais nous ne nous concentrons que sur les pouvoirs locaux. Aujourd’hui, 80 communes ont leur plateforme. Nous sommes présents dans huit pays, principalement en Belgique, en France et aux Pays-Bas.

"Nous souhaitons encourager la démocratie directe mais avec comme objectif de l’utiliser pour améliorer la démocratie représentative."

Pourquoi se focaliser sur les gouvernements locaux?

Il s’agit de l’échelon de pouvoir le plus proche des citoyens, où ils ont donc potentiellement le plus d’influence. La plateforme permet de parler de sujets qui concernent directement la vie quotidienne des gens. Nous avons par exemple travaillé avec Liège, où les citoyens étaient invités à proposer des idées pour réinventer la ville. La plateforme a enregistré plus de mille idées et 77 projets sont désormais en train de se mettre en place.

Constatez-vous des différences d’utilisation entre les villes?

Oui, ce qui intéresse les grandes villes, ce sont avant tout les données qu’elles peuvent récolter, notamment via les sondages. Pour les communes de plus petite taille, on remarque que l’objectif est avant tout de toucher un maximum de monde. Pour un projet sur la place principale de Marche-en-Famenne, près de 50% de la population ont réagi, ce qui exceptionnel.

Vous expliquez sur votre site que 45% des citoyens qui utilisent votre plateforme ont moins de 35 ans. Il y a donc une surreprésentation des jeunes. N’est-ce pas un problème ?

Ils sont effectivement plus que proportionnellement représentés mais nous ne considérons pas cela comme un souci. On a remarqué que via les autres moyens de démocratie directe, comme par exemple les sondages papier, il y a aussi une surreprésentation d’une partie de la population, les personnes plus âgées. La plateforme permet donc d’entendre davantage d’autres voix. Mais il est clair que notre solution doit rester un outil complémentaire à d’autres moyens.

"Nous allons effectuer une 2e levée de fonds pour faire grandir CitizenLab."

Est-ce le rôle d’une entreprise de mettre en place des moyens de démocratie directe?

C’est effectivement une discussion que nous avons régulièrement. Mais nous pensons que les entreprises peuvent apporter l’innovation que les communes n’ont pas le temps ou les moyens de mettre en place. Nous sommes les plus transparents possibles et ne servons pas les politiques. Nous travaillons d’ailleurs le plus souvent directement avec les fonctionnaires de la commune plutôt que les partis.

Stephen Boucher, un professeur de Solvay, expliquait récemment qu’il fallait se méfier de "la démocratie de canapé et la facilité de recourir à des solutions numériques toutes prêtes, qui donnent l’illusion de l’implication, mais ne montent pas assez haut dans l’échelle de participation". Qu’en pensez-vous?

Nous souhaitons effectivement encourager la démocratie directe mais avec comme objectif de l’utiliser pour améliorer la démocratie représentative. La démocratie directe n’est toutefois pas une solution pour toutes les phases ou questionnements de la société.

Pour quelles situations votre solution ne serait-elle pas adaptée?

Les questions qui entraînent beaucoup de réactions et d’émotions. C’est notamment le cas pour la migration. Nous avons pu constater dans plusieurs villes aux Pays-Bas qui devaient ouvrir des centres d’accueil que c’était un sujet qui faisait beaucoup parler. On peut en discuter sur internet mais c’est très important de se voir aussi hors ligne pour en débattre. Dans ce genre de cas, il faut toujours combiner les deux.

"Nous sommes à un moment important pour la démocratie collaborative."

Avec Wietse Van Ransbeeck, votre cofondateur, vous avez été nominés en début d’année par le magazine Forbes dans son classement "30 under 30". Pour quelles raisons, selon vous?

Nous sommes à un moment important pour la démocratie collaborative. La technologie peut jouer un rôle important dans son développement. Je pense donc que nous avons été sélectionnés car nous arrivons au bon moment. C’est très chouette d’avoir cette reconnaissance mais aussi très important car cela nous apporte une très grande légitimité.

Quels sont vos prochains objectifs?

Nous nous concentrons désormais sur le développement dans d’autres régions, notamment au Royaume-Uni et en Scandinavie. Nous souhaitons devenir l’un des principaux acteurs en Europe sur notre marché. Nous avons réalisé une première levée de fonds de 500.000 euros en septembre 2016. Nous allons prochainement en effectuer une seconde.

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