Benjamin Maréchal choque avec un débat sur le viol

©RTBF

Ce vendredi matin, l'animateur phare de VivaCité, la radio populaire de la RTBF, Benjamin Maréchal a une nouvelle fois dérapé avec un débat consacré à la jouissance des femmes pendant le viol. La RTBF s'est excusée en début de soirée, alors que le CSA a indiqué avoir été saisi de 12 plaintes.

Moins de deux mois après la polémique née suite à son débat sur la mort d’un scout de 12 ans projeté dans l’Escaut par un véhicule et pour lequel il a posé la question: "Rouler au-delà de 60-70km/h quand on approche une troupe de scouts, c’est forcément un risque ou pas toujours?", Benjamin Maréchal a de nouveau choqué ce vendredi matin.

Thème du jour: le viol. Sauf que l'animateur phare de VivaCité a décidé d'en parler à partir d'un angle bien particulier et évidemment contestable, celui de la jouissance des femmes pendant le viol. Cette idée, il l'a eue suite à l'intervention, mercredi soir sur une chaîne de télévision française, de Brigitte Lahaie. Cette animatrice de radio et ancienne actrice de films X est l'une des signataires de la tribune du Monde, également signée par Catherine Deneuve, qui a fait polémique cette semaine après avoir appelé à "la liberté d'importuner" des hommes et s'être affichée "contre le puritanisme".

"On peut jouir lors d’un viol je vous signale."
Brigitte Lahaie

Sur le plateau de BFM TV et face à la militante féministe Caroline de Haas, qui lui demandait: "Comment peut-on redonner aux femmes la puissance de leur corps, le plaisir, la jouissance?", avant d'ajouter: "Il y a un truc très simple, c’est d’arrêter les violences. Parce que les violences empêchent la jouissance. Quand vous avez été victimes de viol, vous jouissez moins bien en général", Brigitte Lahaie a répondu du tac au tac: "On peut jouir lors d’un viol je vous signale".

Se rendant compte de son erreur, l'animatrice radio s'est excusée le lendemain, en larmes, à la télévision. Cette histoire aurait pu en rester là, sauf que Benjamin Maréchal en a décidé autrement. Ni une ni deux, l'animateur a proposé à ses auditeurs de débattre ce matin autour de la question: "'On peut jouir lors d’un viol je vous signale', a dit Brigitte Lahaie sur BFM TV. Vous lui répondez quoi?"

Un débat bien évidemment malvenu et inadéquat pour un média du service public, qui plus est pour ce qui est le programme le plus écouté en matinée par les Belges.

Marcourt et Simonis interpellent la RTBF

Le ministre wallon de l’Enseignement supérieur et des médias Jean-Claude Marcourt a annoncé sa volonté d’interpeller la RTBF concernant l'émission incriminée. "C’est intolérable d’aborder un sujet aussi sensible et grave de cette manière", a-t-il indiqué sur Twitter. "Ce n’est pas acceptable pour un média de service public", a-t-il ajouté.

Isabelle Simonis, la ministre des Droits des femmes et de l’Egalité des chances en Fédération Wallonie-Bruxelles, s’est également exprimée sur Twitter.

Quant au CSA, il a indiqué avoir été saisi de 12 plaintes. "Le CSA entame une analyse pour juger la recevabilité des plaintes reçues et la suite qui leur sera apportée", a réagi l'instance vendredi en fin d'après-midi dans un communiqué.

Maréchal réagit sur Facebook

"Non Benjamin Maréchal n'a jamais demandé à des femmes violées si elles jouissaient. Cette manière de salir un débat au cours desquelles des femmes ont eu le courage et la force de venir dire la réalité du viol en recadrant Brigitte Lahaie est vraiment abjecte. Le viol est un crime. Donner l'occasion au public de le dire en répondant à Brigitte Lahaie ne l'est pas. Le débat fait rage en France et il est capital. Ne l'occultez pas en saisissant une mauvaise occasion de me tirer dessus", a réagi l'animateur sur sa page Facebook.

Les excuses de la RTBF

La RTBF a tenu à réagir, par voie de communiqué, à la polémique. "La RTBF regrette que l’énoncé du sujet ait heurté la sensibilité de nombreuses personnes, créé des amalgames et une ambiguïté sur la portée éditoriale de l’émission et par là-même sur la position sans équivoque du service public. La RTBF tient à leur présenter ses excuses, rappelant que le viol est un crime puni par la loi, un acte de violence intolérable et un véritable drame, comme l’ont rappelé l’animateur et les différents intervenants à maintes reprises en cours d’émission", a indiqué le média public.

"La réflexion en cours depuis septembre dernier sur l’évolution de 'C’est vous qui le dites' après 10 années d’existence, se poursuit en interne, en étroite collaboration avec l’équipe de l’émission et les responsables éditoriaux de l’entreprise."
RTBF

"La position de la RTBF est sur ce sujet sans nuance et sans ambiguïté, comme l’atteste encore l’engagement récent de la rédaction concernant l’information sur les violences contre les femmes et son traitement de ce problème crucial au sein de notre société. Il ne saurait être question de banaliser ces violences contre les femmes, même si elles sont dramatiquement répétitives. (…) Nous nous engageons (…) pour le respect des victimes à utiliser les mots pour nommer ces meurtres, assassinats ou violences", a-t-elle ajouté.

"Sensible aux multiples réactions suscitées par le débat de ce vendredi et soucieuse d’éviter de telles situations dans le futur, la RTBF prend dès à présent toutes les mesures utiles pour s’assurer qu’à l’avenir l’énoncé des sujets de l’émission ne puisse plus donner lieu à des interprétations et malentendus. Enfin, la réflexion en cours depuis septembre dernier sur l’évolution de 'C’est vous qui le dites' après 10 années d’existence, se poursuit en interne, en étroite collaboration avec l’équipe de l’émission et les responsables éditoriaux de l’entreprise", a conclu l'entreprise dans un communiqué.

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