analyse

La consolidation de la presse magazine se poursuit

©AFP

Fort du cash dégagé dans le cadre de la vente de sa participation dans Medialaan (VTM) au Persgroep, Roularta reprend la dizaine de titres féminins du groupe Sanoma.

La cure d’amaigrissement du groupe finlandais Sanoma se poursuit donc en Belgique. Après avoir ces dernières années cédé à Nethys les hebdos télé Moustique et Télé Pocket et à De Persgroep les magazines Humo et Story, cette fois c’est son pôle presse féminine que Sanoma Media Belgium s’apprête à céder, illustrant par là un nouveau mouvement de concentration dans la presse belge.

Le groupe Roularta a en effet lancé une offre contraignante pour la reprise d’une dizaine de titres féminins dont certains sont des marques fortes comme Libelle, Femmes d’Aujourd’hui, Flair, mais aussi Feeling, Gaël, La Maison Victor, SheDeals, Loving You, Zappy, Communiekrant et Kids Only. Les sites web (dont Flair.be, Libelle.be…), les "line extensions" et les comptes de ces titres sur les réseaux sociaux ont également été inclus dans cette transaction valorisée à hauteur de 33,7 millions d’euros, l’ensemble de ce portefeuille ayant réalisé 78 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017.

En échange, Roularta va céder pour un million d'euros (déduits du prix d'acquisition de 33,7 millions) les titres Je vais construire et Ik ga bouwen, à Sanoma Media Belgium qui se recentre de facto sur le secteur de la maison au sens large - bricolage, décoration, habitation, construction - avec un portefeuille de titres comprenant désormais Feeling Wonen, Gael Maison, Wonen Landelijke Stijl, Maison de Charme, Ariadne@Home, Stijlvol Wonen, Pure Maison et vtwonen, une marque originaire des Pays-Bas. Soit des magazines très ciblés qui n’intéressent pas trop Roularta.

Restructuration

Roularta ne reprend cependant pas les équipes commerciales, IT et de support de ces magazines. Ce qui se traduira par une nouvelle et lourde restructuration chez Sanoma Media Belgium puisque 96 emplois passeront à la trappe, soit près de 40% des effectifs du groupe. En juin 2016, 55 postes avaient déjà été supprimés.

Tout ceci confirme la mauvaise passe que traverse depuis des années Sanoma, victime de l’érosion des ventes de ses titres, de la concurrence du Web et de la crise du marché publicitaire dans les magazines. L’an dernier, ce marché a encore vu ses recettes publicitaires fondre d’environ 10% selon des estimations de l’agence médias Space. En 2016, derniers chiffres disponibles, Sanoma avait déjà enregistré en Belgique une perte de 9,4 millions d’euros pour un chiffre d’affaires de 87 millions. Actif en grande partie dans la presse magazine lui aussi, Roularta vit également des moments compliqués. Dans la foulée de l’officialisation de l’opération avec Sanoma, il a annoncé un avertissement sur résultats pour 2017, puisqu’il prévoit un résultat opérationnel négatif en raison, entre autre, de la baisse des recettes publicitaires et des différents investissements.

Synergies

Dans ce contexte, les éditeurs n’ont pas d’autre choix que de se consolider. En France, un vaste mouvement de rapprochement est ainsi en cours dans le secteur entre trois grands groupes: Lagardère (Elle, télé 7 jours…) Mondadori (Closer, Sciences & Vie…) et Marie Claire (Marie-Claire, Cosmopolitan…).

A un niveau plus modeste, l’opération annoncée ce mardi en est une autre illustration.

"Reprendre ces titres féminins de Sanoma est une opportunité formidable pour Roularta; ce sont des marques fortes avec des communautés de lecteurs importantes dans un segment où nous n’étions pas encore présents." (Xavier Bouckaert, le CEO de Roularta)

Roularta est en effet actifs dans le news magazine (Le Vif L’Express), l’économie (Trends Tendances), le sport (Sport Foot Magazine), la presse télévisée (Télépro), les seniors (Plus Magazine) et le style de vie (Nest).

Quant aux synergies, elles sont nombreuses selon Xavier Bouckaert: "Cela va de la régie publicitaire aux abonnements en passant par le digital et l’imprimerie." La reprise de magazines de Sanoma procurera en effet du travail supplémentaire à l’imprimerie du groupe à Roulers, d’autant qu’à l’issue du deal, des titres néerlandais de Sanoma devraient y être imprimés à l’avenir. "Des magazines comme Nest ou Plus ont des lectorats assez proches de ceux de Femmes d’Aujourd’hui ou Libelle", ajoute le CEO de Roularta

Roularta dispose en outre de suffisamment de cash pour réaliser l’opération. Le double deal annoncé en octobre dernier – la vente de 50% de Roularta dans Medialaan (VTM) à son partenaire de Persgroep et le rachat à ce dernier de ses 50% dans Mediafin (L’Echo, De Tijd) se traduira pour Roularta par une plus-value de 145 millions d’euros. Rappelons que la première a été approuvée par l’Autorité belge de la concurrence fin 2017 alors que la seconde lui a été notifié en fin de semaine dernière. Si bien qu’après un cru 2017 difficile, 2018 s’annonce meilleure. "Une baisse des frais, la nouvelle participation de 50 % dans Mediafin, les nouvelles acquisitions Landleven (Pays-Bas) et Sterck (Anvers et Limbourg) et les autres nouvelles activités apporteront une contribution positive au résultat", prédit le groupe.

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