analyse

Roularta quitte Medialaan pour Mediafin

©BELGA

Le groupe de presse de Roulers a revendu sa participation dans VTM au Persgroep, désormais seul à la barre de la chaîne commerciale. Ce dernier lui a cédé les 50% qu’il possède dans Mediafin, l’éditeur de L’Echo

Grandes manœuvres dans le paysage médiatique flamand et, par ricochet, francophone. Le groupe Roularta  (Trends, Le Vif, Knack, Deze Week….) a vendu sa participation de 50% dans Medialaan (VTM, 2BE, Q Music…) à son partenaire dans cette coentreprise, De Persgroep (Het Laatste Nieuws, De Morgen….).

Dans le même temps, il rachète au Persgroep 50% de sa participation dans Mediafin, l’éditeur de L’Echo et du Tijd, les 50 autre pourcents étant détenus par le groupe Rossel (Le Soir, Sudpresse…). Les deux transactions seront soumises aux autorités belges de la concurrence. La Banque Degroof Petercam et le cabinet Allen & Overy ont conseillé Roularta dans cette transaction. Décryptage de ce double deal.

Pourquoi cette opération ?

Détenu par la famille Van Thillo, De Persgroep a connu une forte croissance ces dernières années procédant à de nombreuses acquisitions, surtout aux Pays-Bas, ainsi qu’au Danemark. Au point que la Belgique ne représente plus qu’un gros tiers de son chiffre d’affaires, la majorité étant réalisée aux Pays-Bas. C’est un groupe qui s’est développé essentiellement dans les médias populaires, avec le journal le plus lu du pays, Het Laatste Nieuws, le magazine Dag Allemaal, n°1 en Flandre, les chaînes commerciales VTM et 2BE, etc. Afin de renforcer ce positionnement, acquérir les 50% de ces chaînes de télévision était devenu stratégique pour lui. En les contrôlant totalement il pourra développer davantage de synergies avec ses titres de presse, notamment dans le numérique.

"La convergence des médias sur l’internet devient chaque jour de plus en plus importante, indique son CEO, Christian van Thillo; nous voulons renforcer notre position sur le marché digital de manière significative afin de pouvoir rivaliser avec les géants technologiques (Facebook, Google, Amazon Netflix… cie, NDLR) qui dominent ce marché. La présence importante de Medialaan sur le marché ainsi que son expertise vont certainement contribuer à ce renforcement." Bien que très profitable, la participation dans Mediafin, éditeur de titre plus qualitatif n’est donc plus aussi stratégique.

De son côté Roularta, après avoir désinvesti en France, s’est replié sur son marché domestique et est en quête de nouvelles opportunités. "Nous sommes essentiellement actifs dans deux créneaux, les médias locaux et les magazines de qualité comme Le Vif, Trends ou Knack, indique le CEO de Roularta, Xavier Bouckaert, l’acquisition de 50% de Mediafin est donc stratégique car les titres de Mediafin sont dans notre ADN". "Acquérir des journaux était un rêve de Rik De Nolf", ajoute un proche du dossier, évoquant le nom de l’ancien CEO, aujourd’hui président du groupe dont il est l’actionnaire de référence. De fait, Mediafin devrait beaucoup apporter à Roularta, notamment parce qu’il a très vite anticipé la digitalisation de la presse: "L’an prochain, plus de la moitié de nos abonnés liront le journal en digital, confirme Dirk Velghe président du conseil d’administration de Mediafin, tout ceci alors que nous dégageons la meilleure marge du secteur."

"Nous n’avons pas l’intention de quitter la Bourse."
Xavier Bouckaert
CEO de Roularta

Quels sont les enjeux financiers?

A l’issue de cette double opération, Roularta encaissera 217,5 millions d’euros a-t-il communiqué. C’est plus que sa valorisation boursière vendredi soir (191 millions d’euros). D’après nos informations, Medialaan aurait été valorisé environ 600 millions d’euros. En se séparant des 50% qu’il détient dans l’entreprise audiovisuelle flamande, Roularta toucherait donc 300 millions.

Parallèlement, le groupe ouest flandrien débourserait environ 80 millions d’euros pour racheter 50% de Mediafin. D’où le montant net de 217,5 millions d’euros. Mediafin est donc valorisé environ 160 millions d’euros, soit plus de 13 fois son Ebitda. Cela peut paraître beaucoup pour une entreprise de média, mais la société est en excellente santé. En 2016, Mediafin a réalisé  56 millions d’euros de chiffre d’affaires et 12 millions d’Ebitda, soit une marge de plus de 20%. La société n’a pas de dette et dispose de 17 millions de cash. Selon diverses sources, pouvoir acquérir Mediafin était la condition posée par Roularta pour céder sa participation dans Medialaan qui lui rapportait de jolis dividendes.

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Quelles synergies possibles?

Les différents interlocuteurs restent prudents et ne s’avancent pas trop sur ce point. "Lorsque nous avons pris l’initiative de rapprocher L’Echo et du Tijd nous avons toujours fait en sorte que les deux titres restent totalement autonomes, cela ne changera pas", assure Bernard Marchant, CEO du groupe Rossel. "Nous avons toujours été indépendants de nos actionnaires, confirme Dirk Velghe, il y eu des synergies en terme de coûts comme l’imprimerie (L’Echo est imprimé chez Rossel et De Tijd chez de Persgroep, NDLR) et la distribution, mais pas en terme de revenus. Cela ne devrait pas changer." Xavier Bouckaert reste prudent et indique que cette question sera discutée avec le management de Mediafin et Rossel, mais que rien ne changera fondamentalement. Les synergies pourraient toucher le développement digital, les événements, la publicité, etc.

Roularta va-t-il rester en Bourse?

En septembre 2014, à la Bourse de Bruxelles, Roularta célébrait ses 60 ans ©rv

L’analyste de Degroof Petercam anticipe un retrait de Roularta de la cote, partant du constant que suite à cette opération, le groupe de Roulers a désormais les poches bien remplies. En outre, le flottant est relativement faible (environ 15 %) et le titre est peu liquide. Sauf lundi où il a clôturé en hausse de plus de 40%.

"A leur place je m’empresserais de retirer le titre de la cote", susurre un proche du  dossier. Interrogé à ce sujet, Xavier Bouckaert répond par la négative: "Nous n’avons pas l’intention de quitter la Bourse, nous préférons investir dans le développement de nos activités que dans un deslisting." Selon certaines sources,  une sortie de Bourse coûterait une centaine de millions à Roularta.

Y a-t-il des effets collatéraux ?

Sans doute. La vente de la part de Roularta dans Medialaan est un sérieux coup de frein aux velléités du groupe RTL d’arriver en Flandre. Philippe Delusinne, CEO de RTL Belgium, a pourtant plusieurs fois indiqué publiquement que, tôt ou tard, RTL y serait présent, évoquant une logique industrielle à y être implanté alors que le groupe est déjà actif en France, en Allemagne, en Belgique francophone, au Luxembourg et aux Pays-Bas. RTL espérait pour ce faire racheter les 50% de Roularta dans Medialaan. C’est raté.

Il ne lui reste donc plus qu’à y créer sa propre chaîne, sachant que SBS, qu’il convoitait également, est passé il a trois ans dans les mains de Telenet et Mediahuis... A moins que cela ne soit l’inverse! Et que De Persgroep ne s’intéresse à RTL Belgium, sous forme de prise de participation ou d’alliance publicitaire... En pleine phase de restructuration, RTL Belgium nous a indiqué ne pas vouloir se mêler d’une opération qui concerne deux groupes du nord du pays.

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