Apple prêt à se réinventer

©AFP

Payer tous les mois un abonnement d’une dizaine d’euros pour avoir accès à une plateforme au contenu très large. La dernière idée du géant Apple a comme un petit air de déjà-vu. Autre futur possible corde à son arc: un service de streaming.

Bien sûr comme à son habitude, Apple ne fait aucun commentaire, mais les rumeurs grouillent. L'enseigne à la pomme se prépare à une annonce de taille le 25 mars prochain. Elle pourrait frapper fort avec des stars comme Jennifer Aniston, Reese Witherspoon ou le réalisateur J.J. Abrams invitées à l'événement...

Si Apple a déjà un pied dans la vidéo via iTunes (achats à la pièce) ou Apple TV, qui permet l'accès à des plateformes tierces, ou encore avec une émission comme "Carpool Karaoke", c'est encore timide. 

L'étape suivante ne fait plus guère de doute: lancer son propre service de streaming, nourri de programmes exclusifs et de stars pour attirer le chaland. Une concurrence frontale avec Netflix et Amazon Prime. 

Fin janvier, le patron Tim Cook avait de nouveau affirmé ses ambitions "dans les contenus originaux", rappelant avoir signé un contrat avec la papesse de la télé américaine Oprah Winfrey. "Je suis super confiant et nous aurons d'autres choses à dire un peu plus tard", avait-il ajouté.

Sur le modèle d'Apple Music, son abonnement de streaming musical ouvert en 2015, Apple pourrait lancer son équivalent en vidéo d'ici quelques mois, selon la presse américaine.

Apple active dans le streaming, l'idée a aussi traversé l'esprit de JP Morgan mais par un autre biais. Il y a quelques semaines, la banque proposait à Apple de racheter Netflix (ou d'autres) pour utiliser sa montagne de cash .

Bien que déjà largement occupé - Netflix et Amazon seront bientôt rejoints par Disney ou WarnerMedia- le marché du streaming vidéo a encore un potentiel de croissance énorme, à mesure que les consommateurs changent leurs habitudes.

Et la presse?

Autre nouveauté: une plateforme proposant des contenus de presse, en collaborant avec les plus grands médias américains. Pour réaliser ce kiosque numérique, Apple s’appuiera sur son app Apple News mais qui subira une sérieuse métamorphose. Lancée en 2015, elle est disponible dans seulement quelques pays anglophones et propose la consultation d’articles gratuits. Ailleurs, Apple News est présent sous forme de Widget, reprenant quatre liens d’articles gratuits.

Concrètement, l’idée du vendeur d’Iphone serait de mettre en place un abonnement mensuel de 10 dollars, donnant accès à tous les articles d’un maximum de grands médias. L’entreprise ne part toutefois pas d’une feuille blanche. En mars dernier, Apple a racheté Texture, une plateforme fournissant déjà ce service. Dans son catalogue se trouve le Time, Forbes ou encore Sport Illustrated. Une base à laquelle les patrons d’Apple aimeraient ajouter des noms comme le Wall Street Journal, le New York Times et le Washington Post, notamment. Des discussions seraient d’ailleurs en cours assure le Wall Street Journal. L’affaire est toutefois encore loin d’être pliée. La tarification imaginée par Apple n’emballe pas vraiment les éditeurs. Sur les 10 dollars mensuels, Apple aimerait en conserver la moitié. Beaucoup trop pour le trio.

La Belgique peu enthousiaste

En Belgique actuellement, la principale offre comparable est fournie par Belga. Lancé il y a une quinzaine d’années, son service Gopress permet un accès à tous les médias belges, quelques journaux étrangers et à un moteur de recherche pour retrouver des articles précédemment publiés. Une offre néanmoins uniquement dédiée au marché BtoB. Pour Olivier Delbrouck, son COO, une offre comme celle d’Apple ne serait pas réaliste en Belgique. "Il est évident que l’information de qualité a un coût et doit donc être payante. Avec un marché francophone de 4 millions de Belges, appliquer un tel tarif n’est pas réaliste. Cela correspondrait à un abonnement mensuel à moins d’un euro par mois par éditeur. Ce n’est pas tenable pour un marché si étroit", explique le COO.

"Il y a plusieurs exemples d’échecs qui montrent que le modèle des kiosques en ligne n’a toujours pas montré sa rentabilité."
Olivier Delbrouck
responsable de Gopress

Sans entrer dans les détails, le responsable explique que les tarifs actuellement demandés sur sa plateforme sont bien supérieurs à ceux d’Apple "avec une part qui va aux éditeurs bien plus conséquente", glisse-t-il. Les éditeurs ne seraient d’ailleurs pas vraiment intéressés. "Nous pourrions y penser si on voyait de l’intérêt sur le marché mais nous n’avons pour le moment pas de demande de leur part", explique le responsable de Gopress. Les différentes expériences comparables chez nos pays voisins ne l’encouragent d’ailleurs pas vraiment à se lancer. "Il y a plusieurs exemples d’échecs qui montrent que le modèle des kiosques en ligne n’a toujours pas montré sa rentabilité", assure encore le patron.

Avec de telles conditions, l’initiative d’Apple n’enthousiasme pas plus Daniel Van Wylick, le président de Lapresse.be. "Toutefois, la transition vers le numérique est indispensable pour la presse et est même une question de survie. Il ne faut donc pas être fermé à toutes les initiatives", précise-t-il. "Mais dans un premier temps, les éditeurs ont d’abord intérêt à peaufiner leur offre personnelle quitte à éventuellement passer par la suite via un tiers comme la plateforme que souhaite mettre en place Apple", explique le président. Cette nouvelle version d’Apple News devrait voir le jour dans les mois à venir.

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