portrait

Arnaud Lagardère, l'héritier déchu

L’héritier du groupe d’édition et de médias va en perdre le contrôle absolu. Il reçoit toutefois la garantie de rester PDG pour six ans de la future organisation.

À 60 ans, le pourtant réputé indétrônable Arnaud Lagardère perdra finalement lors de l'AG du 30 juin prochain le contrôle du groupe de médias (Europe 1, Paris Match, RFM...) et d'édition (Hachette Livre) hérité de son père. Le conseil de surveillance a en effet donné son go à un projet de transformation de la société en commandite simple en société anonyme, mettant ainsi fin à un long bras de fer sur la gouvernance de l'entreprise.

C'est donc une page qui se tourne pour celui qui a fait toute sa carrière au sein du groupe familial dont il se voit toutefois promettre de rester PDG pendant six ans. Un petit séisme dans l'empire familial.

Dès l'obtention de son diplôme d'économie en 1986, celui qui n'a encore que vingt ans est nommé administrateur par son père, artisan de la fusion entre l'avionneur Matra et l'éditeur Hachette. Trois ans plus tard, il se voit propulsé directeur général, puis envoyé aux États-Unis à la tête de l'éditeur d'encyclopédie Grolier récemment acquis afin de lui trouver des relais de croissance dans le numérique. Là-bas, il gagne ses galons de dirigeant et adopte "la culture managériale à l'américaine", analyse le journaliste Thierry Gadault, auteur de l'ouvrage "Arnaud Lagardère, l'insolent".

2003, le basculement

Puis, c'est le basculement. En 2003 son père, Jean-Luc, décède brutalement des suites d'une intervention chirurgicale. Le quadra et fils unique se retrouve donc propulsé aux commandes du groupe où, premier fait d'armes, il décide de rompre avec l'aventure paternelle initiée dans l'aéronautique et la défense. Gêné par liens troubles entre classe politique et industries de défense, il cède pour plus de deux milliards d'euros les parts de Lagardère dans Airbus (alors EADS).

"Arnaud Lagardère a reçu une marguerite dont il a arraché les pétales année après année."
Yves Sabouret
Un de ses ex-lieutenants

Pour le reste, force est de constater qu'il gère en réalité le navire "exactement comme le faisait son père, considérant qu'il n'a pas à s'immiscer dans le quotidien des patrons en qui il place sa confiance". Ce qui ne plait pas à tout le monde, car certains voient dans cet éloignement des affaires quotidiennes le signe d'un patron dilettante et désinvolte. Après tout, l'homme adopte le style de l'entrepreneur moderne et s'affiche sans complexe par presse interposée aux bras du top-modèle belge Jade Foret de 30 ans sa cadette par exemple. De même, passionné de tennis, il investit plus d'un milliard d'euros dans le sport business (droits marketing, représentation d'athlètes et droits TV) avant de se voir forcé à abandonner une diversification manquée.

Le temps passe. Le groupe en arrive à se désengager des médias (Canal+, Elle, Marie Claire, Doctissimo,...) pour se concentrer sur l'édition et la distribution dans les gares et aéroports (via les boutiques Relay notamment) qu'Arnaud Lagardère s'engage personnellement à redresser, sans succès. Pire, alors que le groupe avait habitué ses actionnaires à de généreux dividendes, la perte s'est creusée à 660 millions d'euros en 2020, non sans l'aide de la crise du coronavirus.

Un de ses ex-lieutenants, Yves Sabouret, résume aujourd'hui: "Arnaud Lagardère a reçu une marguerite dont il a arraché les pétales année après année".

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