Attaquée de toutes parts, Be tv réduit à son tour la voilure

De grosses cartouches de Be tv, comme House of cards, sont désormais concurrencées par d'autres séries haut de gamme de Netflix. ©David Giesbrecht/Netflix

Après L’Avenir, c’est au tour de Be tv de plancher sur un "plan de transformation". Le business model de la chaîne à péage de l’intercommunale Nethys apparaît de plus en plus sous pression.

Décidément, le pôle télécoms-médias de l’intercommunale Nethys (Voo, Be tv, L’Avenir…) est pris dans la tourmente. Après le plan de transformation de L’Avenir (60 emplois menacés sur 281), c’est au tour de la chaîne à péage de plancher sur une réduction de coûts, même si les deux dossiers sont étrangers l’un à l’autre.

Dans l’entretien accordé à L’Echo jeudi dernier, Jos Donvil, patron de ce pôle, avait annoncé la couleur: "Nous sommes en train de revoir la structure de Be tv." Le lendemain soir, La Libre évoquait le départ de 23 personnes sur les 200 que compte la société. Information qui nous a été confirmée. Les départs seront étalés sur huit mois. Treize membres du personnel technique pourraient quitter l’entreprise. De même qu’une dizaine provenant d’autres départements.

Ce plan de transformation, dénommé Reboot en interne, s’explique par différents motifs. Comme l’incertitude sur les droits sportifs. Plusieurs contrats doivent être négociés d’ici 18 mois et la chaîne ignore si elle pourra les conserver. Ces dernières années, Eleven est ainsi venu lui chiper de nombreux droits de football. De la conservation ou non de ces droits dépendra, entre autres, le renouvellement du matériel, soit des investissements conséquents.

Il y a aussi des questions logistiques. Be tv est actuellement localisée en trois endroits: l’ex-siège de la chaussée de Louvain à Bruxelles, où se situent encore la rédaction et le studio dédié aux émissions de football, le nouveau siège du pôle telcos-médias de Nethys, avenue Ariane à Bruxelles (où l’on trouve le marketing…) et le zoning de Gosselies où se trouve la régie finale.

L’idée est de rationaliser tout cela, de quitter les bureaux que la chaîne louait à la chaussée de Louvain et, dans la foulée, de réduire le personnel excédentaire. La facture sociale aurait toutefois pu être plus lourde. Car il a été à un moment donné question d’externaliser toute la partie technique auprès d’un prestataire extérieur. Avec un risque de casse sociale bien plus grand puisque cela concernait 60 personnes.

En accord avec le personnel, le choix a donc été fait de garder ce savoir-faire en interne mais de diminuer les coûts, opération rendue possible grâce à des moyens de production plus légers et donc moins gourmands en ressources humaines. Dans la foulée de la fermeture de la chaussée de Louvain, certains services rejoindront l’avenue Ariane, tandis que les installations techniques vont être rapatriées à Gosselies, là où se trouve la régie finale. Quant au studio, le choix n’a par encore été fait.

Netflix et consorts

L’objectif de toute cette opération est évidemment de faire des économies et d’anticiper l’avenir. "La direction entend répondre à la concurrence croissante de plateformes comme Netflix, au téléchargement illégal et à l’augmentation des droits sportifs", indique Yves Flamand, permanent Setca. La direction, elle, ne commente pas. Mais la situation de Be tv est compliquée. Pendant des années, ses dirigeants ont martelé que Netflix et consorts ne lui faisaient pas d’ombre parce que ce sont des offres différentes, mais la réalité a fini par les rattraper. Car Netflix ne propose plus seulement de vieux films multidiffusés, l’ogre américain produit et diffuse de plus en plus de séries haut de gamme qui concurrencent frontalement l’offre de Be tv, principalement alimentée par le catalogue d’HBO.

La chaîne a cru trouver la parade en 2016 en scindant son offre en deux – fiction et sport – afin de permettre aux abonnés de choisir l’une ou l’autre. D’où des tarifs divisés par deux pour ceux qui n’adhéraient qu’à l’une des deux. Ce qui a poussé les revenus à la baisse, le nombre d’abonnés restant, lui, tabou. En 2017, le chiffre d’affaires abonnés a ainsi chuté de près de 20%, alors que le total des ventes et prestations a reculé de 81,6 à 79,2 millions d’euros.

Afin de s’adapter aux nouvelles habitudes de consommation des téléspectateurs (qui consomment de plus en plus en non linéaire), Be tv a aussi renforcé la disponibilité de son offre. Après un accord de distribution avec Proximus, elle est devenue accessible sur tous les appareils et a lancé un service en ligne sans décodeur. Tous ces investissements ont affecté ses résultats. En 2017, Be tv est tombée pour la première fois dans le rouge, affichant une perte nette de 1,045 million pour un bénéfice de 116.600 euros un an plus tôt. Le plan n’a donc pas la même justification que celui de RTL, dicté par la chute du marché de la pub et l’arrivée de TF1 sur le marché publicitaire belge.

De là à dire que l’opération vise aussi à embellir la mariée, bien malin qui pourrait l’affirmer car de multiples supputations entourent le pôle télécoms-médias de Nethys, comme on le voit avec le dossier L’Avenir. Mais si on en juge par les déclarations faites la semaine dernière dans ces pages par Jos Donvil, qui allaient dans le sens de davantage de synergies entre les différentes entités, ce scénario ne paraît pas à l’ordre du jour. Du moins pour l’instant.

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