interview

Cédric Klapisch (LaCinetek.com): "Les gens ont besoin de sens, donc de films"

©AFP

Le site préféré des cinéphiles débarque en Belgique. Des classiques à la demande? Par les temps qui courent, on en raffole...

Il suffisait d'y penser. LaCinetek.com, c'est 50 réalisateurs emblématiques (Scorsese, Verhoeven,  Chabat, Van Dormael...) qui vous donnent leurs bons tuyaux en matière de films. Arguments à l'appui. A l'unité (à partir de 2 €) ou à l'abonnement (30 €/an), le meilleur de la production mondiale d'avant 2000, en excellente définition, et directement chez vous. Une demande du public, mais aussi un business qui marche. Rencontre avec Cédric Klapisch, co-fondateur.

Tout est parti d'une frustration personnelle?

Oui! Il y a 8 ans quand on a eu l'idée, la VOD démarrait à peine. Nous, on voulait que les rééditions en DVD de classiques en bonne qualité existent aussi sous la forme d'une cinémathèque en ligne, comme un énorme vidéoclub.

Qui clique?

Tout le monde, mais surtout un public très jeune. C'est devenu branché, la cinéphilie. Avant, ça pouvait être poussiéreux, ringard. Ici, on passe par un site que l'on espère attractif, qui attire vraiment une nouvelle génération. Au moment de Noël, c'est un peu le cadeau typique d'une grand-mère pour ses petits-enfants, vous offrez à la fois du cinéma et de la culture.

"On s'est lancés totalement naïvement. Aujourd'hui, le site est rentable et s'auto-alimente."

Vous aviez un business plan?

On l'a fait totalement naïvement. On voulait que ça existe, et on s'est posé les questions après. Le CNC a donné de l'argent pour le lancement du site, en disant "il faudra être autonomes en 5 ans". On a dit oui, sans trop y croire, car la VOD n'était pas du tout aussi implantée. Si on avait fait une projection, on aurait hésité. On a reçu une aide de l'Europe dans un second temps. Aujourd'hui, le site est rentable et s'auto-alimente.

+600%
La fréquentation
Pendant le premier confinement, LaCinetk a vu sa fréquentation bondir de 600%.

2020, une bonne année?

Pendant le premier confinement, on a vécu un sursaut à +600% de fréquentation. En restant chez eux, les gens "consomment" beaucoup de films. C'est une manière de se cultiver, comme la lecture, et de trouver du sens. Et puis croyez-moi, une fois qu'on goûte, ça devient comme une drogue. La qualité est tellement grande. Moi je suis un gros utilisateur du site, mais je n'ai pas encore fait le 100ème de ce que j'aimerais faire. On n'a pas des dizaines de milliers de titres comme Netflix, mais 1.400. Sauf qu'ici on a envie de tout voir.

Ce qui frappe c'est la variété...

Regardez Scorsese ou Bong Joon-ho ("Parasites"), ils citent toutes sortes de films. Les critiques de cinéma ont souvent une niche qu'ils adorent. Les réalisateurs, eux, mélangent: films très sérieux, politiques, grosses comédies, films d'aventures, pour enfant... C'est à l'image du cinéma: ce qui nous plaît à tous, c'est de mélanger, avec l'effet de surprise, de perle rare. Je ne sais pas ce que je vais regarder ce soir. Mais je m'en réjouis quand même.

Comment fonctionne la négociation?

Le monde des ayants droit est très complexe. Parfois le problème est financier, parfois juridique... On a trois personnes à temps plein rien que pour négocier les droits. Il existe de gros catalogues, dont les majors américaines. Par exemple, "Vertigo" ("Sueurs froides"), le film le plus recommandé par nos réalisateurs, qui sera disponible le mois prochain, avec 5 autres films  d'Hitchcock. Je me souviens que dans le catalogue Warner on voulait 120 films. Eux, soit ils cèdent leurs 30.000 films, soit rien. La négo a duré des années. Ils ont compris l'intérêt d'utiliser ces films incroyables comme une vitrine. La visibilité que nous offrons a résolu le problème commercial.

Car un film a la vie longue...

Notre avantage en ne reprenant que des films qui ont plus de 15 ans, c'est qu'on sort de la logique commerciale des grosses plateformes. Le filtre du temps est énorme. "La règle du jeu" (1939) de Renoir n'a pas du tout marché en salles à l'époque. Aujourd'hui, c'est un des plus grands films de l'histoire du cinéma, plus moderne que beaucoup de films récents.

Quels films, dans ce "Netflix des classiques"?

Si vous pensiez que les réalisateurs ne regardent que des palmes d'or ou des films russes muets en noir et blanc sur la vacuité, détrompez-vous. Que diriez-vous d'un film noir très stylisé au charme années 80, qui soit aussi le premier film des frères Cohen ("Blood Simple", 1984, dans la liste de Jacques Audiard)? Ou d'une fantaisie burlesque où des pin-ups très bien dotées au niveau mammaire ridiculisent l'un après l'autre les mâles d'un petit patelin américain? ("Megavixens" de Russ Meyer, recommandé par Cédric Klapisch)? Evadons-nous avec "La vallée de Gwangi" (1969), western improbable où les cow-boys capturent un dinosaure, pour le faire "jouer " dans un cirque mexicain... Proposé par qui  Alain Chabat, évidemment. Le miracle de LaCinetek, ce n'est pas seulement de proposer des films "entre amis", mais de nous montrer comment s'est construit l'univers de nos réalisateurs préférés.

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