"Cela ne sert à rien de diaboliser les Gafa, il faut être pragmatique" (Bibiane Godfroid)

©JULIEN LUTT - CAPA Pictures

Ex-présentatrice du JT de RTL-TVI, la Belge Bibiane Godfroid dirige Newen, filiale de production de TF1. Newen s’est lancée dans une stratégie d’expansion à l’international. Elle vient de racheter la société de production belge De Mensen. Face aux Gafa, la société se veut pragmatique et travaille avec Netflix et Amazon.

Détenue par TF1, Newen est une holding comprenant plusieurs sociétés de production audiovisuelle: Telfrance, CAPA, 17 Juin et Blue Spirit, Tuvalu. La société revendique le leadership sur son marché domestique en nombre d’heures produites (plus d’un millier par an): émissions de flux (jeux, talk-shows), documentaires fictions (téléfilms, séries). C’est elle qui produit la série de prestige "Versailles" (vendue dans 135 pays) et les soaps "Plus belle la vie" et "Demain nous appartient", que la RTBF pré-diffuse en Belgique. Employant 380 personnes auxquels il faut ajouter 800 intermittents ETP par mois en moyenne, Newen distribue également quelque 5.000 heures de programmes à l’international.

Newen est pilotée depuis l’an dernier par la Belge Bibiane Godfroid, qui, dans les années 80-90, présenta le journal de 19h sur RTL-TVI. Depuis, elle mène une brillante carrière dans le PAF au sein duquel elle a fait quasiment toutes les chapelles: France Télévision, Canal +, Fremantle (RTL), M6.

Stratégie de diversification

"La Belgique est devenue une terre de créativité."
Bibiane Godfroid

Sous son impulsion, Newen a mené ces derniers mois une stratégie de diversification, permettant de travailler avec toutes les chaînes et toutes les plateformes, et avec Romain Bessi son directeur général délégué, une intense politique d’acquisitions. Elle a repris les producteurs danois Nimbus, et néerlandais Pupkin. Il y a une semaine, elle est entrée à hauteur de 60% dans le capital du producteur flamand De Mensen, actif dans la fiction, les jeux télévisés, le Tax shelter… (soit 35 millions d’euros de chiffre d’affaires en 2017). Sa filiale bruxelloise, Les Gens, a notamment produit la très décalée émission de téléréalité "Les héros du gazon" qui a fait un tabac sur la RTBF. Et ce n’est sans doute pas fini. D’ici juin, Bibiane Godfroid devrait annoncer une nouvelle acquisition et peut-être une autre d’ici décembre.

la belgique

Pas de retour prévu

Bibiane Godfroid a passé l’essentiel de sa carrière en France. Un retour en Belgique est-il possible? Un poste paraît en effet taillé sur mesure pour elle: la direction du pôle contenus de la RTBF, que va bientôt quitter François Tron. "Jean-Paul Philippot (patron de la RTBF, NDLR) aurait bien aimé il y a quelques années me faire revenir en Belgique, dit-elle. Aujourd’hui, je suis très heureuse chez Newen car il y a un énorme travail à faire dans ce secteur, une réflexion stratégique à mener par rapport aux Gafa." Bref, la réponse est non.

Pourquoi cet appétit? "Lorsque TF1 est entré dans le capital de Newen en 2015, le but était de se développer à l’international via des partenariats et des acquisitions, nous explique-t-elle. Notre potentiel de croissance est en effet limité en France car on travaille déjà pour toutes les chaînes de télé." Par sa proximité, la Belgique était une cible naturelle. "La Belgique est devenue une terre de créativité, commente Bibiane Godfroid. C’est le cas depuis longtemps en Flandre et à présent dans la partie francophone du pays, grâce notamment aux fonds de la RTBF pour les séries. De Mensen est parvenue très vite à nouer des partenariats à l’international. C’est comme cela qu’on les a rencontrés. Ils nous ont approchés sur plusieurs projets. On a le même ADN. D’ailleurs, ils travaillaient déjà avec des équipes de CAPA et TF1 a adapté sa série Professor T."

Suite à l’arrivée de TF1 sur le marché publicitaire belge en septembre 2017, on aurait pu penser que Newen investirait plutôt dans la production francophone.

Une autonomie essentielle

"Publicité et production ne sont pas liées, ce sont des activités autonomes, répond Bibiane Godfroid. Gilles Pélisson (PDG de TF1, NDLR) comprend très bien que l’autonomie de Newen est essentielle et que nous avons intérêt à travailler avec toutes les chaînes internationales. On a regardé beaucoup de sociétés belges, des francophones et des flamandes mais De Mensen correspondait le plus à ce que l’on cherchait car elle a des visées internationales. Elle est complémentaire et on pourra monter avec elles des productions internationales." Cette opération n’empêchera cependant pas Newen de continuer à coproduire avec des sociétés francophones.

Mais la stratégie d’internationalisation de Newen est aussi dictée par l’invasion des Gafa. "Nos concurrents ne sont plus les sociétés de production traditionnelles, ce sont ces plateformes, assure Bibiane Godfroid. Car dès qu’elles produisent un programme, il est visible partout dans le monde. Voilà pourquoi on a besoin de se développer à l’international."

Certes, Netflix, Amazon et cie viennent brouter dans le pré carré des chaînes linéaires comme TF1 en captant leurs audiences avec leurs séries et leurs films de qualité, mais Bibiane Godfroid refuse de les diaboliser. "Cela ne sert à rien, dit-elle. Mieux vaut être pragmatique. Ce n’est pas nous qui allons faire reculer les plateformes. Pour des sociétés comme la nôtre, il est nécessaire d’acquérir du savoir-faire, de travailler avec ces plateformes qui ont d’autres méthodes que les nôtres."

Newen a ainsi coproduit pour Amazon la série "Deutsch-les-Landes" et a produit la série "Osmosis" pour Netflix. "Et puis, poursuit Bibiane Godfroid, elles vont de plus en plus avoir besoin de nouveaux contenus. Netflix va subir la raréfaction des programmes puisque Disney, Fox et autres vont créer leurs propres plateformes et ne plus leur céder leurs contenus. On devra donc s’entendre avec ces plateformes."

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