Concurrence, investissements et licenciements creusent les pertes de BeTV

Malgré une concurrence très forte des plateformes de vidéo, Be TV parvient toujours à diffuser des pépites comme, cet été, la série Chernobyl. ©Aude Vanlathem

Tombée dans le rouge en 2017, BeTV affiche à nouveau des pertes en 2018. La chaîne a péage de Nethys doit faire face à une concurrence féroce dans la fiction et le sport.

En rouge pour la première fois en 2017 (-1,045 million d’euros) depuis sa création en 2004, BeTV a creusé ses pertes lors de l’exercice 2018. La perte d’exploitation de la filiale de télé à péage du groupe Nethys frôle les 4 millions d’euros et la perte nette dépasse légèrement les 4 millions.

39,1
millions
Le chiffre d’affaires proprement dit, soit la vente d’abonnements, régresse, lui aussi, passant de 43 à 39,1 millions.

Les revenus sont également à nouveau en baisse, passant de 79,2 à 74,2 millions (- 6,3%). Ils comptent deux grands postes. D’un côté, le chiffre d’affaires; de l’autre, les autres produits d’exploitation, c’est-à-dire, des prestations techniques effectuées pour Nethys et Brutélé, les actionnaires de l’opérateur télécoms VOO: fabrication de chaînes sportives, mise à disposition de personnel spécialisé, etc. Ce dernier poste est en léger recul, passant de 36,2 à 35 millions d’euros.

Le chiffre d’affaires proprement dit, soit la vente d’abonnements, régresse, lui aussi, passant de 43 à 39,1 millions. Il était encore de 47 millions en 2016. C’est le résultat à la fois d’une nouvelle baisse du nombre d’abonnés – dont le nombre reste tabou – mais aussi de la politique commerciale adoptée en 2016. Cette année-là, BeTV a en effet scindé son offre en deux, les abonnés pouvant choisir soit la fiction (films, séries), soit le sport. Ils ne sont plus obligés de prendre les deux. Ce qui a logiquement poussé les revenus à la baisse. Par ailleurs, depuis la même année, BeTV ne vend plus ses abonnements en direct, mais passe par les opérateurs télécoms, qui perçoivent logiquement une marge.

Concurrence féroce

Aux yeux des dirigeants de BeTV, cette stratégie commerciale était indispensable pour séduire le téléspectateur aimanté par des offres moins chères et qualitatives de plateformes comme l’inévitable Netflix, Amazon, en attendant les Disney, Apple, Warner et autre NBC Universal.

Car si l’offre de BeTV reste premium, la chaîne à péage ne peut plus jouer la carte de l’exclusivité comme lors de ses débuts, ce qui lui avait permis d’engranger de confortables profits (malgré les pertes des deux dernières années, l’entreprise affiche toujours un bénéfice à reporter de 12,6 millions).

"Notre offre reste exceptionnelle, on est au-dessus de Netflix en termes de nombre d’Emmy Awards gagnés."
Edouard Rodriguez
Directeur général de BeTV

C’est le cas dans le sport: en foot, parmi les compétitions majeures, seule la Premier League anglaise reste dans son escarcelle. Mais également dans les séries où, malgré des contrats bétonnés avec HBO, Canal + ou Showtime, elle doit affronter la concurrence d’un Netflix qui dépense des milliards dans la production de séries adulées par les aficionados. Idem dans le cinéma: si la chaîne a renouvelé ses contrats avec les grands studios hollywoodiens, ceux-ci voient de plus en plus de réalisateurs prestigieux céder aux sirènes de… Netflix.

Pas de quoi décourager Edouard Rodriguez, le directeur général de BeTV: "Notre offre reste exceptionnelle, on est au-dessus de Netflix en termes de nombre d’Emmy Awards (sorte d’Oscars de la télévision) gagnés, tranche-t-il. Avec la multiplication annoncée des offres, un agrégateur comme BeTV aura donc toujours sa place dans le marché."

Modèle sous pression

Une vision très (trop?) optimiste? À voir. En tout cas, les bouleversements du marché ont mis le modèle de BeTV sous pression. Lors de l’arrivée de Netflix en Belgique il y a bientôt cinq ans, ses dirigeants ont sous-estimé l’impact de la plateforme créée par Reed Hastings. Mais face à la déferlante, ils ont dû réagir. D’abord, avec la scission de l’offre commerciale évoquée plus haut, ensuite, en travaillant à la fois sur les coûts et les investissements.

Côté coûts, BeTV a supprimé 23 emplois sur 200 et quittera le mois prochain ses locaux de la chaussée de Louvain à Schaerbeek pour se recentrer sur ceux de Woluwe-Saint-Lambert et de Gosselies.

Côté coûts, BeTV a supprimé 23 emplois sur 200 et quittera le mois prochain ses locaux de la chaussée de Louvain à Schaerbeek pour se recentrer sur ceux de Woluwe-Saint-Lambert et de Gosselies. Côté investissements, outre les programmes et le marketing, la chaîne a travaillé sur la disponibilité de son offre – "là où se joue la bataille", estime Edouard Rodriguez – accessible désormais sur toutes les plateformes. Elle a adapté ses processus de production, investi dans de nouvelles régies, développé un partenariat avec la société Keywall (une filiale de la RTBF) spécialisée dans les studios virtuels, etc.

Ces opérations se poursuivent cette année au cours de laquelle sont soldés les départs non comptabilisés en 2018 alors que le travail de réorganisation et de développement technologique sera clôturé fin septembre. Par contre, annoncée il y a un an la nouvelle offre de vidéo à la demande à 15 euros par mois censée concurrencer Netflix se fait attendre. "Le produit existe déjà mais il ne nous satisfait pas encore d’un point de vue technologique", indique Edouard Rodriguez qui préfère, à ce stade, ne pas trop avancer de date de lancement officiel.

Lire également

Publicité
Publicité

Echo Connect