portrait

Denis Olivennes, un homme de réseaux à la tête de Libération

En pleine métamorphose, le journal français de gauche, qui va se transformer en fondation pour la presse, voit arriver à sa tête un nouveau patron, connu pour ses nombreuses connexions dans les médias, le monde politique et la culture.

Homme de gauche revendiqué, ce titre manquait sans doute à son brillant palmarès. C'est désormais chose réparée. Denis Olivennes (59 ans), grand professionnel des médias, vient en effet d'être nommé directeur général et co-gérant de Libération, une institution de la presse de gauche en France. Il remplacera Clément Delpirou, qui était à ce poste depuis près de deux ans.

Libération fait donc appel à un personnage incontournable du monde de la presse. Enarque, ex-auditeur de la Cour des Comptes, celui qui est par ailleurs le compagnon d'Inès de la Fressange (ex-égérie de Chanel), affiche un CV et une carrière déjà longs comme les bras. Parmi les innombrables entreprises à être passées sous sa houlette, figurent de nombreux poids lourds du secteur médiatique.

Air France, Canal+, la Fnac, Europe1... Denis Olivennes a dirigé quelques-uns des plus beaux fleurons du capitalisme et des médias français.

Dernier en date, CMI France. Depuis 2019, ce haut fonctionnaire, à la barbe grise et au teint hâlé, présidait ce groupe créé par le milliardaire tchèque Daniel Kretinsky (Elle et ses déclinaisons, Version Femina, Télé 7 jours, Télé 7 jeux, France dimanche et Ici Paris ainsi que l'hebdomadaire Marianne).

Tour à tour patron d'Air France, de Canal+ (1999-2002), puis de la FNAC (2003-2008), Denis Olivennes a également dirigé Le Nouvel Obs entre 2008 et 2010. Après ce passage au sein de l'hebdomadaire proche des socialistes, il a ensuite succédé à Alexandre Bompard à la direction de la station Europe 1 et celle de toute la branche média de Lagardère en 2011. Il quittera finalement le navire en 2018 après avoir cédé à Daniel Kretinsky les magazines de Lagardère, hors JDD et Paris Match.

Indépendance éditoriale

Aujourd'hui c'est un nouveau défi qui l'attend. Car Libération est à la veille d'une véritable révolution. En mai dernier, Altice France, groupe de Patrick Drahi, propriétaire du journal, a en effet pris tout le monde de court en annonçant vouloir se séparer du quotidien pour le transférer à une société à but non lucratif. A cette fin, Altice France - également propriétaire de BFMTV, RMC et SFR - va créer un Fonds de Dotation pour une presse indépendante (FDPI), lequel acquerra, via une filiale, le journal, sa régie et sa société de développement technologique.

"Avec les équipes de Libération, nous allons travailler ensemble à construire l'avenir du journal, dans la fidélité à son histoire et le respect scrupuleux de ses valeurs de quotidien de gauche."
Denis Olivennes
Nouveau patron de Libération

"Cette nouvelle structure garantit à Libération sa totale indépendance éditoriale, économique et financière ", avait alors indiqué la direction d'Altice France. Celle-ci a d'ailleurs promis de verser une dotation d'une soixantaine de millions d'euros à ce fonds en vue d'éponger les dettes du groupe (40 à 45 millions d'euros) et d'assurer la trésorerie nécessaire pour tenir quelques années. Rappelons que ce dispositif est relativement inédit en France. Il s'inspire de celui qu'avait adopté le groupe Mediapart en 2019, lui-même imaginé à partir du modèle unique au monde du "Scott Trust", qui protège depuis les années 1930 le quotidien britannique The Guardian.

Après les remerciements d'usage à l'égard de Patrick Drahi pour "lui avoir accordé sa confiance", Denis Olivennes a tenu à rassurer les salariés et journalistes.

"Avec les équipes de Libération, nous allons travailler ensemble à construire l'avenir du journal, dans la fidélité à son histoire et le respect scrupuleux de ses valeurs de quotidien de gauche, incomparable sur le plan culturel, libre et provocateur dans son approche, rigoureux en termes d'information", a-t-il promis dans un courriel interne à la société. Nul doute qu'après des années d'incertitudes sur l'avenir et un passé financier houleux, les équipes aimeraient le prendre au mot.

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