analyse

Des rendements records pour les fonds audiovisuels régionaux en 2019

©Kwassa Films

Les fonds audiovisuels régionaux ont connu une année 2019 record en terme de rendement. Le Tax shelter étant sous pression, les fonds constituent une source de financement importante pour l’audiovisuel.

Alors que les revenus issus du Tax shelter sont sous pression, les fonds audiovisuels régionaux représentent une source de financement bienvenue pour les producteurs tout en générant des retombées non négligeables pour les industries audiovisuelles régionales. Car il ne s’agit pas de subsides, mais de fonds économiques qui doivent générer un retour sur investissement.

Pionnier en la matière, Wallimage, qui fête ses 20 ans cette année, exige un return de 150%. Autrement dit, le producteur qui reçoit un euro du fonds wallon doit en investir au moins 1,5 dans l’industrie audiovisuelle régionale: techniciens, décors, effets spéciaux, post-production, musique, etc. À Bruxelles, le règlement du screen.brussels fund indique que le producteur d’un long-métrage doit pouvoir prouver que 40% du budget global du film est déjà sécurisé mais aussi s’engager à dépenser au moins 250.000 euros dans l’industrie audiovisuelle locale.

Au-delà des attentes

S’inscrivant sur la durée, les séries nécessitent davantage de ressources techniques et humaines. Tout profit pour le secteur audiovisuel.

En réalité, on est bien au-delà. Les chiffres le montrent chaque année. Et encore plus en 2019 selon des données collationnées par L’Echo. En Wallonie, le fonds Wallimage qui dispose d’une enveloppe annuelle de 6,5 millions a investi l’an dernier dans 41 projets audiovisuels qui ont généré près de 38 millions de dépenses audiovisuelles wallonnes, soit un retour de 575%.

Doté de 3,1 millions d’euros, le screen.brussels fund, a quant à lui soutenu 31 projets qui ont entraîné 37 millions de dépenses audiovisuelles en Région bruxelloise, soit un ratio de plus de 1.100%! Évidemment, Bruxelles bénéfice de son statut de capitale, abritant beaucoup de professionnels et de sociétés audiovisuelles. Et puis, ce chiffre a été dopé par la production de Bigfoot Superstar, du studio nWave, le "Pixar belge". Le screen.brussels fund y a investi 250.000 euros, mais comme ce film d’animation est presqu’entièrement produit à Bruxelles, le return est de 4.000%!

De son côté, Screen Flanders ne dispose pas encore de chiffres définitifs. Il n’a investi que dans 16 productions pour un montant total de 2,4 millions soit 53,5% de son budget annuel total de 4,5 millions. Pourquoi? Car le dernier appel à projet ne sera traité que début février. Il n’empêche, ces 16 projets ont entraîné 19,2 millions de dépenses en Flandre, soit un return de 780%.

Au total donc, les 12 millions (sur 14,1 disponibles) investis par les pouvoirs publics ont entraîné un retour de plus de 94 millions pour l’industrie, laquelle à son tour génère des revenus pour les Régions (impôts, taxes) et l’État fédéral (TVA). "Nous jouons clairement notre rôle de fonds économique structurant pour l’ensemble de l’industrie puisque nous investissons dans tous types de projets, assure Noël Magis, directeur du screen.brussels fund. "Nous avons soutenu des productions très légères – des longs métrages à 350.000 euros –, des premiers films belges, des web-séries, des documentaires, etc. En outre, deux-tiers des projets que nous avons soutenus sont majoritairement belges." Et de pointer que "depuis la création du fonds en 2016, 58 entreprises audiovisuelles ont été créées, se sont relocalisées ou ont ouvert un bureau à Bruxelles." Lors de la dernière campagne électorale, Noël Magis a d’ailleurs mené un intense lobbying pour obtenir plus de moyens afin de conserver et développer l’audiovisuel à Bruxelles, mais on lui a répondu que les priorités du budget de la Région étaient ailleurs pour l’instant.

Le boom des séries

La diversité est aussi de mise chez Wallimage, mais ce qui frappe son directeur, Philippe Reynaert, c’est l’évolution sensible des dossiers qui lui ont été soumis. "Il y a une nette montée en puissance de la télévision", note l’homme aux lunettesblanches; "naguère le cinéma représentait 80% des dossiers qui nous étaient soumis, en 2019 nous sommes à du 50/50."

Résultat, Wallimage a consacré plus de 3,2 millions de son enveloppe aux projets télé, largement plus du double qu’en 2018. "Grâce au fonds RTBF Fédération Wallonie-Bruxelles, les producteurs sont moins complexés par rapport à la série", estime Philippe Reynaert. "Le développement des plateformes de vidéo est une belle opportunité pour eux. D’ailleurs, le succès des séries belges a attiré l’attention d’un géant comme Netflix et de producteurs internationaux: sur les 13 séries que nous avons financées, 9 viennent de l’étranger."

Et puis, les séries ont des effets vertueux: s’inscrivant sur la durée, elles nécessitent davantage de ressources techniques et humaines. Tout profit pour le secteur audiovisuel. À lui seul, le spécialiste des effets spéciaux, Benuts, basé à La Hulpe a engrangé un contrat de 2,5 millions pour la série historique norvégienne de prestige Atlantic Crossing. De son côté le studio d’animation carolo Dreamwall a obtenu 2/3 de la production de la nouvelle série animée des Schtroumpfs, destinée à une carrière internationale.

Mais à chaque médaille son revers, le nombre de projets d’initiative belge soutenu par Wallimage a baissé avec, par exemple, seulement 4 des 21 longs métrages soutenus, contre 11, un an plus tôt. Une situation conjoncturelle, selon Philippe Reynaert, pointant une production en longs métrages relativement pauvre l’an passé et l’absence de réalisateurs réputés comme Frédéric Fonteyne ou Stephan Streker qui n’ont, cette fois, pas été soutenus par Wallimage car la configuration de leurs nouvelles productions ne générait que peu de retombées en Wallonie.

Le défi du Tax shelter

Pour la suite, 2020 s’annonce pleine de défis. Les patrons de Wallimage et du screen.brussels fund redoutent la deuxième vague du tax shift (baisse de l’impôt des sociétés) qui rendra le système du Tax shelter moins intéressant pour les investisseurs. "Même si les levées de fonds ont repris fin décembre, on l’a déjà senti lors de notre dernière session en octobre, où on n’a reçu que 13 dossiers contre 24 l’an passé, cela montre que les producteurs peinent à lever des fonds et que notre rôle est d’autant plus indispensable", relève Noël Magis.

"Les deux outils, les fonds régionaux et le Tax shelter, sont complémentaires, mais ce dernier doit rester attractif pour attirer chez nous des productions internationales", estime Philippe Reynaert. "Il ne faut pourtant pas faire la révolution pour l’améliorer, quelques amendements suffisent."

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