interview

Face aux Gafan, Philippot plaide pour "l’intelligence collective"

Selon Jean-Paul Philippot, si la RTBF a bien presté sur le plan opérationnel en 2020 ce n'est pas seulement grâce au confinement, mais aussi grâce à la spécificité de son offre. ©BELGA

La RTBF sort d’une année record sur le plan opérationnel, mais terminera dans le rouge, crise oblige. Ce qui préoccupe aujourd'hui son patron, Jean-Paul Philippot, c’est surtout la prédominance des plateformes.

Peu après RTL, la RTBF s’accorde elle aussi un beau bulletin en 2020, un exercice hors norme, marqué par la crise sanitaire. Si la chaîne privée pointait son leadership sur les cibles commerciales (18-64 ans), le service audiovisuel public revendique, lui, sa domination sur l’ensemble des publics en télé (4 ans et +) avec 3,6% de croissance, malgré le report de l’Euro de football. En radio, la RTBF a gagné 9% d’auditeurs (1,3 million) entre janvier et juin (dernières données disponibles) dans un marché en léger recul. Mais c’est surtout son bond digital qui la fait fanfaronner, avec une croissance de 30% du nombre d’internautes par mois (2,2 millions) ce qui en fait, dit-on à Reyers, "le nouveau leader du marché".

+30%
En 2020, la RTBF a enregistré 2,2 millions d'internautes par mois soit +30%.

Dans ces périodes de confinement, l’audiovisuel est, de fait, à la fête. "C’est une nouvelle année record pour nous et on a profité des circonstances", reconnaît l’administrateur général Jean-Paul Philippot. "Mais c’est aussi lié aussi à la spécificité de notre offre. On n’a jamais autant investi dans la création qu’en 2020 avec le plan Restart. Et puis, notre stratégie 360 degrés initiée en 2018 est bien adaptée à ce que nous vivons, comme le montre le lancement de Tipik (qui réunit anciennement La Deux et Pure FM, NDLR)."

"On n’a jamais autant investi dans la création qu’en 2020 avec le plan Restart."
Jean-Paul Philippot
Administrateur général de la RTBF

Prudence cependant: le patron affirme moins s’inquiéter de ses concurrents traditionnels que des plateformes internationales. Et de citer une récente étude de l’Union belge des annonceurs auprès d’une quarantaine d’entre eux. "Les plateformes ont augmenté leurs investissements publicitaires entre 2018 et 2019, mais uniquement au profit des géants étrangers qui n’investissent pas en Belgique."

Plateforme ouverte

Selon lui, "aucun acteur n'a la masse critique pour contrer les Gafan". Il en appelle donc à "l’intelligence collective" et à l’alliance d’acteurs locaux notamment via la plateforme Auvio qui poursuit sa croissance avec 101.000 heures de vision par jour soit +34%. "Auvio a vocation à être un outil ouvert. On accueille déjà Arte, Sooner (cinéma indépendant), AB, Radio Canada, etc.", poursuit Jean-Paul Philippot, qui dit observer attentivement deux modèles : Streamz (qui réunit les chaînes de télé flamandes et Telenet) et Salto (alliance des grandes chaînes publiques et privées en France). "C’est un peu tôt pour se prononcer car notre priorité est de renforcer Auvio, gratuitement, avec en complément un modèle transactionnel."

"Notre priorité est de renforcer Auvio, gratuitement, avec en complément un modèle transactionnel."
Jean-Paul Philippot

Mais encore? RTL ou un telco ou un pourrait-il entrer dans la danse? "RTL, ce sont désormais des Allemands (les éditeurs de presse ont vendu leur 34% à RTL Group, NDLR), c’est comme Brussels Airlines avec la Lufthansa, et je ne connais pas leur stratégie", assène-t-il. "Mais il y a d’autres possibilités d’alliance, avec des telcos pour les datas, d’autres services publics, des acteurs locaux. Et puis, face aux Gafan, tout dépendra aussi de l’évolution de la législation, la Fédération Wallonie-Bruxelles étant occupé à transposer la directive Services Médias Audiovisuels, dont un des buts est de faire contribuer les plateformes US à la production locale."

Dans ce contexte tendu pour les acteurs locaux, confrontés à la fois à la crise (la RTBF finira 2020 et 2021 dans le rouge suite au recul de ses recettes pub) et aux géants du Net qui siphonnent leurs recettes publicitaires, le patron de la RTBF ne manque pas non plus de lancer une énième pique à l’égard du CIM, le Centre d’information sur les médias. "Ses outils de mesure d’audience ne sont plus du tout adaptés aux réalités de nos métiers, elles fonctionnent en silos média par média, alors que tous sont omnicanaux et les consommateurs multiplateformes. Il est urgent de faire évoluer tout cela."  

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