interview

François le Hodey, CEO d'IPM: "La consolidation dans la presse est une évidence"

Selon François le Hodey, la reprise des Éditions de l'Avenir et des magazines Moustique et Télé Pocket n'entraînera pas de plan social ©BELGA

François le Hodey, patron du groupe IPM qui vient de faire main basse sur L'Avenir, Moustique et Télé Pocket, revient sur les enjeux de cette transaction tumultueuse.

Le groupe IPM s’apprête donc à racheter le quotidien L’Avenir et les magazines Moustique et Télé Pocket, soit l’essentiel du pôle presse de Nethys, le gratuit Proximag, à l'agonie, étant toujours sur le marché. Le prix n’a pas été dévoilé, mais l’éditeur de La Libre et de La DH/Les Sports avait proposé un incentive pour pouvoir reprendre les deux lots. D’après nos informations, la transaction tournerait autour de 5,5 millions, y compris une clause d’earn-out (prix ajusté en fonction des résultats à venir). À cela va s’ajouter une augmentation de capital de 3 millions.

"Il y a eu une énorme destruction de valeur aux Éditions de l'Avenir."
François le Hodey
CEO d'IPM

François le Hodey, patron d’IPM, ne commente pas ces montants. "La difficulté, c’était le bilan des Éditions de l'Avenir, se contente-t-il d’indiquer. Il y a eu une énorme destruction de valeur:  il n’y avait plus de cash, mais un endettement financier de 10 millions, alors que, quand l’ex-Tecteo l’a repris en 2013, il y avait 8 millions de cash et pas de dettes financières." Pour rappel: l'acquisition de ces titres et la couverture de leurs pertes ont coûté à Nethys plus de 50 millions d’euros.

Nouvelle société

IPM va à présent créer une nouvelle société avec les trois investisseurs avec lesquels il avait déjà montré son intérêt pour le dossier l’automne dernier - Bernard Delvaux, Pierre Rion et Juan de Hemptinne - ainsi que, conformément à l’accord, avec la coopérative Notre Avenir créée par le personnel fin 2019. "Nous avons insisté pour que sa participation ne soit pas que symbolique et qu’elle ait un administrateur garant de la ligne éditoriale", commente Muriel Gerkens, administratrice (Ecolo) de Nethys.

"S’il y a une coopérative dans le capital, pourquoi pas? Cela prouve l’attachement de ses employés et des lecteurs du journal.»
François le Hodey

C’est cette société qui va reprendre les activités des EDA et procéder à l’augmentation de capital. IPM en sera largement majoritaire, les trois investisseurs devraient posséder entre 10 et 15%  des parts, le poids de la coopérative étant encore à préciser. Elle a récolté à ce jour 400.000 euros, mais ambitionne de lever un million. "L’entreprise doit pouvoir assurer sa rentabilité seule, souligne François le Hodey, mais s’il y a une coopérative dans le capital, pourquoi pas? Cela prouve l’attachement de ses employés et des lecteurs du journal. On sera constructifs."   

Une évidence

François le Hodey paraît soulagé. Cette consolidation, il en parlait depuis des lustres. "Dans un marché comme le nôtre, comparable à un land allemand, elle est une évidence, car pour rentabiliser les investissements liés au numérique, il faut une taille critique. Dans le même temps, il faut assurer le pluralisme. Ici, on a les deux." Le marché de la presse quotidienne francophone verra ainsi s’affronter deux groupes de taille assez égale alors que, si Rossel s’était emparé des EDA, le marché aurait été déséquilibré. Il est désormais structuré comme le flamand avec deux grands acteurs : DPG et Mediahuis. "Avec EDA, nous allons réaliser un chiffre d’affaires dans la presse de cent millions, c’est un minimum pour être viable", ajoute le patron d’IPM.

Synergies

Qui dit rachat dit synergies, et donc économies d’échelle. François le Hodey met d’abord en avant la complémentarité des titres : un "quality", un populaire et un régional. Ce qui lui fait dire que l’emploi sera globalement préservé, car l’interaction entre La Libre et la DH (qui ont du contenu en commun) ne sera pas forcément étendue à L’Avenir, selon lui. "Il y aura certains partages de contenus, cela me paraît inévitable", estime toutefois Benoît Grevisse, président de l’École de journalisme de l’UCLouvain, en citant, par exemple, l’information générale. On peut aussi y ajouter les grilles télé – surtout avec la reprise de Moustique et de Pocket -, le sport, voire l’info locale, la DH et La Libre ayant des éditions régionales…

Il y aura aussi des synergies industrielles: logistique, informatique, marketing, commercial, administratif. Ce qui devrait entraîner des doublons… "Le personnel sort à peine d'une restructuration douloureuse, les syndicats n'accepteront pas une nouvelle braderie de l'emploi", prévient le syndicat CNE. François le Hodey se veut rassurant: "Il n‘y a pas de plan social dans les cartons."

À court terme, un des gros enjeux sera d’accélérer le virage numérique de L'Avenir qui affiche un gros retard en la matière. "IPM a beaucoup investi dans le digital, car nos lecteurs nous le demandaient, nous allons donc mettre cette expertise au service de L’Avenir", dit son patron. Pas évident a priori, car L’Avenir affiche le lectorat le plus âgé du marché et, donc, moins technophile : "Dans le même temps, c’est un public fidèle, 96% reconduisent leur abonnement chaque année, le défi sera donc de conquérir la jeune génération, c’est ça qui est passionnant."

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