Guillaume Collard, CEO d'Eleven Belgique: "Une chaîne de télé dédiée à 100% au foot belge, c’est une première"

Guillaume Collard, CEO d'Eleven Belgique, estime que le foot est un produit de fidélisation des clients pour les opérateurs télécoms. ©Photo News

Dans un gros mois débutera le nouveau championnat de Belgique du football avec un nouveau détenteur de droits médias pour cinq saisons, le groupe Eleven. Pour son CEO, Guillaume Collard, jamais le football n’aura connu pareille exposition.

Mercredi, le groupe Eleven, qui a raflé les droits médias de la Pro League pour les cinq saisons à venir présentera son offre. En avant-première, son CEO, Guillaume Collard, nous en a commenté les grandes lignes même si pas mal d’incertitudes demeurent encore à ce stade. Car Eleven a dû jongler avec les aléas de la crise sanitaire, le changement de formule des play-offs, l’incertitude sur les licences, etc. Finalement, le contrat a été signé il y a à peine une semaine. Avec quelles compensations, vu que le championnat sera amputé de 66 matchs? "C’est confidentiel, répond le jeune CEO de 35 ans, mais quantité n’est pas forcément synonyme de qualité. Et puis je crois que cette nouvelle formule sera bien plus attractive."

"Jamais le football belge n'aura connu pareille exposition."
Guillaume Collard
CEO d'Eleven

L’offre d’Eleven s’articulera autour de trois chaînes, dont une active 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. C’est elle qui diffusera la totalité des matchs qui, c’est une première, seront tous programmés à des créneaux horaires différents, du vendredi soir au dimanche soir. S’ajoutera du contenu additionnel: magazines, interviews, coulisses des clubs, foot féminin, jeunes, etc. " Pareille chaîne dédiée à 100% au football belge c’est une première, s’enthousiasme Guillaume Collard, jamais le football belge n’aura connu pareille exposition. " Les deux autres canaux seront utilisés en cas de conflit horaire (ce qui devrait être le cas en fin de la phase classique et de fin des play-offs) et pour la D1B.

Onze lots

Pour rappel, Eleven a acquis l’ensemble des onze lots mis en vente par la Pro League, mais il ne les exploitera pas tous lui-même. Il semble acquis que ceux dédiés aux résumés et aux magazines du lundi seront diffusés sur la RTBF, comme avant. " C’est notre volonté qu’ils soient présents sur des chaînes gratuites, car c’est une vitrine pour nous ". En revanche rien n’est encore décidé pour la Coupe de Belgique naguère dans le giron de la RTBF.  

500
millions d'euros
C'est le prix payé par Eleven pour acquérir les droits médias du football belge pendant 5 saisons.

Eleven va à présent devoir rentabiliser cet investissement conséquent, soit 500 millions sur 5 ans (100 millions par saison) alors qu’en Belgique il ne pèse que 20,4 millions d’euros de chiffre d’affaires. Pour ce faire, il sera appuyé par sa maison mère présente dans 11 pays. Il va d’abord devoir signer des accords de distribution avec les opérateurs télécoms, anciens détenteurs de droits. A quels tarifs? " C’est leur liberté de packager commercialement cela comme ils l’entendent, comme ils le font déjà avec nos trois chaînes actuelles (dédiées aux foot espagnol, allemand et italien, au basket, aux arts martiaux… NDLR)", répond le CEO.  A ce jour un seul a signé : Orange. Que cet opérateur, le seul qui n’a jamais diffusé de foot, soit le premier est symbolique de sa volonté de bousculer les grands. Et quand on suggère à Guillaume Collard que pour les opérateurs établis comme Proximus ou Telenet ou Voo le foot n’est peut-être plus un outil de conquête de clients comme avant, il ne se laisse pas démonter: " Au contraire, répond cet ancien de Proximus; pour s’assurer de sa fidélité, il faut lui proposer des services de qualité, le foot c’est devenu aujourd’hui un produit de rétention."

Netflix du foot belge

La deuxième source de revenus, c’est le digital. Eleven va lancer une offre " over the top " uniquement sur l’internet, une sorte de Netflix du football belge. Le prix devrait tourner autour des 8 euros par mois ou 80 euros par an. Objectif: capter " plusieurs centaines de milliers d’abonnés " d’ici cinq ans. Il sera aussi possible de ne suivre que le club de son cœur. " Le digital permet d'élargir notre clientèle et de toucher les plus jeunes qui sont plus mobiles ", explique Guillaume Collard. De même une app payante proposera les highlights des matchs (goals…) via une app payante. Enfin, troisième étage de la fusée : la vente d’espaces publicitaires sur ces différentes plateformes.

"Le digital permet d'élargir notre clientèle et de toucher les plus jeunes qui sont plus mobiles."
Guillaume Collard
CEO d'Eleven

Côté casting – commentateurs, consultants -, l’équipe est constituée à 99%. L’ex Diable Rouge Philippe Albert formera en principe un duo avec l’ertébéen Benjamin Deceuninck, " prêté " pour les matches en direct par la chaîne publique.

Et puis cette semaine, Eleven a annoncé un partenariat avec le géant espagnol du sport business Mediapro. Ce dernier se chargera de la captation des matchs en direct, " mais avec du personnel local qui a le know-how de notre compétition", précise Guillaume Collard. Les prestataires belges habituels (Videohouse, Woestijnvis, NEP) ne seront pas mis de côté mais pourraient assurer d’autres prestations techniques. Mediapro assurera aussi la vente des droits internationaux du football belge que la Pro League jugeait jusqu’alors insuffisamment valorisés. Là aussi, il y a du business à aller chercher sous formes production de contenus, la moitié des clubs belges étant détenus par des investisseurs étrangers, estime Guillaume Collard. " Il y a un avant et un après Covid, conclut-il, dans le contexte actuel qui a mis la planète foot sous pression, de grands  groupes complémentaires comme Eleven et Mediapro doivent s’allier, je pense qu’il y aura d’autres consolidations de ce genre à l’avenir. "

Lire également

Publicité
Publicité

Messages sponsorisés