Henri PFR, meneur de foules

©Arno Partissimo

Ils n’ont pas encore trente ans mais sont déjà des pointures dans leur domaine. Chaque samedi durant cinq semaines, L’Echo part à la rencontre de jeunes Belges bourrés de talent. Rencontre avec Henri PFR, l’un des meilleurs DJ de notre pays, devenu une star dès le lendemain de sa majorité.

Tomorrowland, Ronquières, les Francofolies de Spa, Pukkelpop, Brussels Summer, les Ardentes… Henri Peiffer apprécie les festivals. En trois ans, il en fait un sérieux paquet. Le jeune homme ne s’y rend pas dans la fosse, mais directement sur scène, les mains s’affairant sur ses platines. Plus connu sans ses voyelles, Henri PFR est, à seulement 23 ans, l’un des DJ belges les plus célèbres du royaume. Un statut acquis à grands coups de hits comme "Until the end" ou son dernier "Going on" que les radios passent en boucle pour le moment.

Profil
  • Âge: 23 ans
  • Formation: étude secondaires au Collège Saint-Michel à Bruxelles
  • Fonction: DJ
  • Plus beau succès: Trois passages à Tomorrowland cet été.

 

Déjà disque d’or à plusieurs reprises, le jeune artiste a commencé dès l’adolescence à faire ses premiers mix dans la cave familiale. Et forcément, lorsqu’on est né bien après l’invention d’internet, la première scène se nomme YouTube. Pour se faire un nom, le jeune homme y publie à la pelle ses créations. La plupart y passent complètement inaperçues, noyées dans la masse de l’offre. "Je dois en avoir posté une trentaine qui n’ont quasiment pas été vues", sourit-il. Son "Summer Memories" est l’exception. Dès sa publication, la vidéo cartonne, sans véritable raison. Le jeune DJ a néanmoins un début d’explication et peut notamment remercier l’horeca et la vente. "Comme c’était un mix de plus d’une heure, les restaurants et les magasins le mettaient en fond sonore, sourit le jeune homme. J’ai vraiment compris l’ampleur du phénomène lorsque j’étais en voyage aux Etats-Unis et que j’ai entendu mon mix dans un restaurant."

La vidéo atteint très vite des sommets. "Elle a été visionnée plus de 100 millions de fois", explique le jeune homme. Dix fois plus que ce qui est pourtant affiché sur le site de partage. "Elle a été supprimée durant un moment à cause des droits d’auteur. On l’a republiée une fois que c’était en ordre, mais on a perdu du coup quelques dizaines de millions de vues", se marre Henri PFR.

Les millions de vues sur YouTube, c’est forcément plutôt agréable pour l’ego. Mais elles ont d’autres atouts. Comme, par exemple, de susciter l’appétit des boîtes de production qui ne vont pas tarder à repérer la future star. Armada est la première à sauter sur l’occasion. La maison néerlandaise a de solides arguments à commencer par son cofondateur, Armin van Buuren, considéré comme l’un des meilleurs DJ au monde. Henri PFR ne peut refuser et s’engage pour un premier projet. Sa carrière est lancée.

Merci la chance. Oui, mais pas que. "Effectivement, je sais qu’il y a une part de hasard qui a fait que cela a bien fonctionné, reconnaît l’artiste avant d’embrayer. Mais j’ai toujours un problème avec ceux qui dénigrent les personnes qui ont émergé avec les réseaux sociaux. Par exemple, beaucoup de gens s’en prennent à Kim Kardashian en expliquant qu’elle gagne sa vie en ne faisant rien à part des photos et que tout le monde peut le faire. C’est bien plus complexe. Sinon tout le monde ferait pareil et aurait le même succès."

Henri PFR | Tomorrowland Belgium 2019 - W2

Chez Sony Music à 19 ans

Aujourd’hui, le jeune homme poursuit l’aventure avec Sony Music qui lui a encore fait plus confiance que le groupe néerlandais. "J’y ai signé en tant qu’artiste et non plus pour un seul projet", explique Henri PFR. Le jeune homme parle tout naturellement. C’était pourtant il y a quatre ans, avant même qu’il souffle ses 20 bougies. "Ce n’est pas courant, mais cela arrive de plus en plus, nuance le jeune homme, mais c’est effectivement un rêve."

Devenu une star au lendemain de sa majorité, le jeune homme n’a donc pas de diplôme. "J’ai débuté des études à Solvay sans vraiment savoir ce que je voulais faire après. Mais j’ai abandonné après mon premier blocus pour tenter ma chance à fond. Je ne pouvais pas faire des études à moitié et de la musique à moitié", explique-t-il. Le pari est néanmoins mesuré. "Je me suis alors donné un an pour y arriver, c’était un risque assez calculé puisque c’était comparable à faire une nouvelle rhéto à l’étranger. Je faisais aussi le point avec mes parents tous les trois-quatre mois." Pari gagné.

"Je suis un grand stressé, il n’y a pas une journée où je ne me pose pas des questions."
Henri PFR

Henry PFR est donc désormais un habitué des grandes scènes. Voire des très grandes. "Cette année, j’ai joué trois fois à Tomorrowland. J’ai aussi récemment fait l’AccorHotels Arena (Paris-Bercy). J’ai aussi eu quelques grosses scènes en Suisse."

L’international prend de l’ampleur. Mais pourtant, Henri PFR n’est pas encore tout à fait prophète dans son pays. Star largement reconnue côté francophone, il y a encore du boulot en Flandre. Rien de vraiment anormal en réalité pour le plat pays. "C’est assez étonnant de voir ce contraste. Bazar remplit trois jours de suite le Sportpaleis et est inconnu du public francophone. À l’inverse, personne ou presque ne connaît Puggy au nord du pays. Mais je vois que les choses commencent à évoluer de mon côté", explique le spécialiste de l’électro.

S’il a envie d’enchaîner les dates, le jeune homme souhaite aussi devenir une pointure reconnue par ses pairs. "J’aime autant la production que la scène. Ce sont deux plaisirs totalement différents. Quand j’enchaîne une tournée, cela me démange de retourner en studio pour produire. À l’inverse, il y a toujours un moment où j’ai besoin de l’adrénaline que suscite la scène, explique le DJ. Mon idole est Max Martin. Il est complètement inconnu, mais il est le producteur du plus grand nombre de hits dans le monde.".

À plus long terme, Henri PFR se verrait d’ailleurs bien dans un autre registre que devant des dizaines de milliers de spectateurs. "Je me vois bien me reconvertir plus tard dans la production de musique de film comme Hans Zimmer. Je travaille déjà sur un premier projet, mais ce n’est pas pour tout de suite", glisse-t-il encore.

La loi de l’offre et la demande

©Emy Elleboog

En attendant sa seconde vie professionnelle, le jeune homme a déjà tout d’un chef d’entreprise. "Au début, lors des réunions chez Sony, nous étions trois autour de la table. Désormais on est une quinzaine", sourit-il. Manager, publisher, booker… une petite armée entoure désormais la jeune star. "J’ai toujours le dernier mot et je tranche sur toutes les questions, aussi bien sur l’aspect créatif que sur le budget à débloquer pour investir dans une nouvelle scène", assure-t-il. Et peu importe si autour de la table il est la plupart du temps le plus jeune. "Ce n’est pas un problème pour moi, car je me sens légitime. Puis, si je ne prends que des mauvaises décisions, j’en serai le premier affecté", sourit-il.

Outre le conseil des pros qui l’entourent, Henri PFR a néanmoins gardé quelques réflexes liés à son âge: "Je fais beaucoup confiance à mon père et je lui demande beaucoup de conseils. Je suis un grand stressé, il n’y a pas une journée où je ne me pose pas des questions."

L’artiste a néanmoins une vision assez claire de ce qu’il veut et les moyens à mettre en place pour y arriver. "J’ai fait plusieurs choix, comme par exemple ne me focaliser que sur mon style, la deep house. Je pourrais m’adapter en fonction des demandes et mixer des styles différents comme d’autres le font, mais je ne crois pas que ce soit la bonne solution à long terme, explique Henri PFR, qui a visiblement retenu quelques-unes des notions apprises de son passage express à Solvay. Pour continuer à grandir, je fais attention à mon offre, en la rendant assez rare par rapport à la demande. Je refuse des dates pour pouvoir me focaliser sur les plus intéressantes." En moyenne, 120 concerts par an quand même.

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