Jean-Paul Philippot, CEO de la RTBF: "Réduire mon salaire? Le gouvernement décidera, je n'ai pas le choix"

Jean-Paul Philippot ©Photo News

Sur les cibles généralistes en télévision, le service public audiovisuel devance désormais le groupe privé. Mais ce qui réjouit sans doute le plus la RTBF, c’est sa stratégie "360°", malgré ses maladies de jeunesse.

C’est une première depuis des lustres. En tout cas depuis l’Audimétrie actuelle. Après avoir fait jeu égal avec elle en 2018, la RTBF a, en 2019, dépassé pour la première fois RTL en télévision. En tout cas sur la cible généraliste, le 4 ans et +. Grâce à une rentrée de septembre réussie, ses trois chaînes ont atteint 24,9% de parts de marché, contre 24,4% pour les chaînes françaises et 24,2% pour les trois chaînes de RTL Belgium.

24,9%
de PDM
En 2019, la part de marché de la RTBF télé (24,9%) sur la cible 4 ans et + devance celle des chaînes françaises (24,4%) et de RTL (24,2%)

Si sa part de marché est en léger recul (25,1% en 2018), tout comme le nombre de téléspectateurs touchés (1,913 million, soit 43,6% des francophones contre 1,964 million et 44% des francophones un an plus tôt), c’est essentiellement parce qu’en 2018, ces chiffres avaient été dopés par la Coupe du Monde de football.

Il n’empêche, avoir dépassé RTL, qui plus est dans une année sans grand événements sportif majeur, est une double satisfaction. Evidemment, chez RTL, on répliquera que ces chiffres comptent moins que ceux enregistrés sur les "cibles commerciales", les "PRA 18-54 ans" où le groupe audiovisuel privé, qui ne vit que de la publicité, continue de faire la course en tête.

Plan de transformation

Mais au-delà de ces chiffres symboliques, ce qui réjouit sans doute le plus la RTBF, c’est de voir sa croissance sur le net. Elle compte 1,724 million d’internautes par mois, soit une hausse de 12%. Grâce notamment à de nouveaux contenus inédits (fictions, documentaires...), sa plateforme de vidéo Auvio a crû de 6% sur base mensuelle et comprend au total 2,862 millions de comptes, soit un taux de pénétration de 60% (chiffres arrêtés au 30 novembre dernier).

"Les choix stratégiques que nous avons opérés, à savoir cette combinaison transversale médias-contenus, s’imposent plus que jamais pour rencontrer l'évolution des usages du public."
Jean-Paul Philippot

De quoi valider en quelque sorte la stratégie "360°" initiée par l’administrateur général Jean-Paul Philippot et lancée – non sans douleur - début septembre 2018. Alors que la consommation des médias s’est fortement fragmentée, télé et radio continuant de s’éroder, celle-ci se veut agnostique en terme de plateformes médias pour diffuser les contenus.

"La multiplication des manières de consommer des contenus audiovisuels s'est accélérée en 2019 en Wallonie et à Bruxelles, insiste Jean-Paul Philippot; les choix stratégiques que nous avons opérés, à savoir cette combinaison transversale médias-contenus, s’imposent donc plus que jamais pour rencontrer l'évolution des usages du public."

Durant l’année qui débute, cette stratégie sera approfondie tout en s’efforçant de soigner ses maladies de jeunesse. Ainsi, les relations tendues, avec la rédaction sont, assure Jean-Paul Philippot, à l’apaisement avec l’ébauche des solutions constructives pour gommer les couacs de fonctionnement dénoncés par les journalistes.

Nouveaux programmes

Par ailleurs, alors qu’une bonne demi-douzaine d’émissions ont été supprimées (car jugées trop onéreuses ou ayant fait leur temps), la RTBF planche sur leurs successeurs. Un nouveau magazine d’investigation remplacera l’offre existante (Questions à la Une, etc) à partir du 25 mars tandis que trois nouveaux programmes destinés à capter, sur La Deux, "les jeunes actifs" sont en chantier: un magazine dédié à l’actualité du digital, un talk-show culturel et une émission de divertissement "événementielle".

Enfin, l’année 2020 s’annonce sportive – Euro de foot, JO d’été, etc. De quoi permettre sans doute à la RTBF de confirmer ses performances de 2020.

3 questions à Jean-Paul Philippot, CEO de la RTBF

1/ Comment vivez-vous l’affaire liée à votre salaire?
Mon salaire a été fixé en 2014. On a commis une erreur dans sa communication dans le rapport annuel 2018. Je le reconnais. Ce n’est jamais gai d’être mis ainsi en évidence. Mais je dépasse cela. Certains se sont déchaînés sur les réseaux. Je n’ai pas beaucoup de respect pour ceux qui font des commentaires sous couvert d’anonymat.

2/ Le gouvernement veut réduire fortement votre salaire. Votre réaction?
Je m’inscrirai dans le cadre qu’il adoptera. Je suis demandeur de la plus grande transparence pour éviter à l’avenir pareille saga. Je pense toutefois qu’il n’est pas illogique dans la fixation d’un salaire que l’on tienne compte d’une certaine ancienneté dans la fonction. Le gouvernement décidera. Je n’ai pas le choix.

3 Sauf le choix de partir, non?
C’est certain, c’est ma liberté… Mais aujourd’hui, je prépare mon audition au CSA le 14 janvier dans le cadre du renouvellement de mon mandat.Je suis focalisé sur la poursuite de mon job ici. Mon projet s’inscrit dans le long terme. J’attends que le gouvernement fixe le cadre et les conditions.

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