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Jean-Paul Philippot (RTBF): "La reprise de RTL ne sera pas la dernière opération de consolidation en Belgique"

Pour Jean-Paul Philippot, le rachat de RTL doit pousser la RTBF à renforcer sa mission de toucher tous les publics ©BELGA

En marge d’une rentrée sans véritable révolution à la RTBF, son administrateur général Jean-Paul Philippot revient pour la première fois sur le rachat de RTL Belgium par le tandem DPG-Rossel. Pour lui, ce n’est pas la dernière opération du genre.

Après les autres groupes audiovisuels, la RTBF fait à son tour sa rentrée médiatique. L’occasion, entre autres, de revenir avec son patron, Jean-Paul Philippot, sur l’événement médiatique de l’été: la reprise de RTL Belgium par Rossel et DPG Media.

Quel bilan tirez-vous de l’été?

Nous avons fait un bel été. Quand on compare les audiences, on atteint les meilleures performances depuis quatre ans en termes de reach (nombre de téléspectateurs touchés). Côté digital, on n’a jamais eu autant de trafic sur nos plateformes. Aujourd’hui, on a 120.000 heures de vision par jour. On voit clairement que les habitudes de consommation évoluent.

Pas d’inquiétude par rapport à la télévision linéaire?

Non, elle reste le média de l’événement, de l’émotion et du direct. On l’a encore vu avec l’été sportif et la dramatique actualité des inondations. Simplement, elle cohabite avec d’autres usages. Hélas, je le répète, les études du CIM ne sont plus d’aucune utilité pour le pilotage d’un média intégré comme le nôtre. Elles ne reflètent ni la réalité des usages ni celle de notre travail.

Quel bilan tirez-vous de Tipik (marque qui réunit les ex Deux télé et Pure radio, NDLR) lancée il y a tout juste un an? Le démarrage a été plutôt lent, non?

On a une forte croissance digitale, il y a une amélioration en radio et, en télé, Tipik a fait cet été près de 20% de mieux qu’en 2018, année de Coupe de Monde, quand elle s’appelait encore la Deux. On construit quelque chose et cela va mettre du temps. Car le public visé, les jeunes adultes, est versatile et exigeant. Mais c’est stimulant, car cela nous oblige à sortir de notre zone de confort.

Pourriez-vous dupliquer ce modèle avec vos autres médias?

Ce n’est pas à l’ordre du jour. Et cela n’a rien à voir avec les performances de Tipik.

Comment s’annonce la rentrée? A priori, il n’y a pas de grande nouveauté contrairement à l’an passé avec Tipik.

Il n’y a pas de bouleversement, mais plutôt des approfondissements. On a quand même quelques nouveautés comme la série d’humour Baraki. C’est la première fois qu’on dédie une série à Tipik. C’est un gros pari. Sur la Une, on va proposer encore davantage de séries belges, quatre à cinq, surtout en 2022 et il y aura un nouveau jeu le week-end. Quant à la Trois, il y a le nouveau magazine quotidien de décryptage de l’actualité, Déclic: il sera en partie en confrontation directe avec le JT, mais c’est un choix que nous assumons, car ce n’est pas le même format. On va aussi développer l’offre radio sur Tarmac et créer de nouvelles web radios sur Classic 21 et Musiq3. Toujours dans le digital, on a quelque 200 podcasts en développement ou en diffusion. Nous allons aussi lancer une offre d’infos sur TikTok et développer des programmes transversaux de gaming sur Tarmac (plateforme dédiée aux cultures urbaines, NDLR) et Tipik.

Le début de l’été a été marqué par le rachat de RTL Belgium par le tandem Rossel DPG Media. On ne vous a pas encore entendu sur le sujet…

(Il réfléchit longuement). Je pense que c’est le témoignage concret de l’accélération de la transformation du secteur des médias en Belgique, en Europe et dans le monde. D’abord, on a là trois acteurs puissants qui constituent une entité capitalistique d’une taille inédite en Belgique. Ensuite on a un groupe média totalement intégré sur son territoire national avec de la télévision, de la radio, de la presse quotidienne, des magazines de l’internet, des plateformes digitales gratuites et payantes ce qui est quasi unique par rapport aux pays voisins. C’est également un groupe actif dans les deux grandes communautés linguistiques.

"Le rachat de RTL, c’est le témoignage concret de l’accélération de la transformation du secteur des médias en Belgique, en Europe et dans le monde."
Jean-Paul Philippot
Administrateur général de la RTBF

Quelles seront les conséquences sur le marché?

Il faut avoir l’humilité et la patience d’attendre de voir quel sera leur projet sur le plan stratégique et éditorial. Mais ce qui est sûr, c’est que cela entraînera des répercussions sur quasi tous les acteurs du paysage médiatique belge et que ce type d’opération ne sera pas la dernière en Belgique. Pas forcément en matière capitalistique.

On peut s’attendre à d’importantes synergies à la suite de cette opération: cela vous inquiète?

Nous sommes évidemment attentifs. Il y a aura sans doute des synergies sur le plan commercial ou de contenus, de moyens de production, en termes éditorial, de plateformes, de technologie, d’IT, mais tout dépendra des balises que fixera l’Autorité belge de la concurrence. Mais, c’est vrai, potentiellement on aura un groupe qui pourra proposer une offre publicitaire nationale ce qu’aucun autre en Belgique n’est capable de faire. En tout cas, cela doit nous stimuler à rester le média de référence pour les Wallons et les Bruxellois en s’adressant à tous les publics quels qu’ils soient. Car, même s’ils vont s’en défendre, les nouveaux actionnaires de RTL auront sans doute des stratégies de production et de diffusion un peu moins ancrées localement.

La RTBF pourrait-elle s’intégrer dans ce processus, notamment via une plateforme de vidéo commune il en existe en France avec Salto qui réunit acteurs publics et privés?

Nous avons une stratégie de développement d’Auvio et le rachat de RTL ne la modifie en rien. Je suis très content que nos équipes n’aient pas attendu ce rachat pour la développer. Il y a aura probablement des opportunités, mais il y a encore beaucoup d’interrogations. On verra.

"Les nouveaux actionnaires de RTL auront sans doute des stratégies de production et de diffusion un peu moins ancrées localement."
Jean-Paul Philippot
Administrateur général de la RTBF

Un mot sur la grève de mardi. Alors qu’il y a de moins en moins de statutaires, les syndicats réclament la mise sous statut de fonctionnaire des plus de 51 ans. Que leur répondez-vous?

Notre conseil d’administration a examiné ces revendications en détail. Il n’en conteste pas le principe, mais financièrement cela n’est pas réaliste. Cela nous coûterait plus de 180 millions sur 12 ans. Et cela ne bénéficierait qu’à 40% des effectifs. Le CA a fixé comme priorité le maintien des 1.970 ETP et la formation du personnel afin de permettre de remplir nos missions. Cela dit, je n’ai pas l’impression que la mobilisation ait été très importante (en début de soirée mardi, les syndicats affirmaient que le mouvement avait été bien suivi, alors que la direction estimait que seuls 10 à 15% du personnel s’était déclaré en grève, NDLR).

Les phrases clés

  • "La télévision linéaire reste le média de l’événement, de l’émotion et du direct. On l’a encore vu avec l’été sportif et la dramatique actualité des inondations."
  • "Avec le rachat de RTL par DPG et Rossel, on aura un groupe qui potentiellement pourra proposer une offre publicitaire nationale ce qu’aucun autre en Belgique n’est capable de faire."
  • "Avec Tipik, on construit quelque chose et cela va mettre du temps. Car le public visé, les jeunes adultes, est versatile et exigeant."
  • "Nommer le personnel de plus de 51 ans n'est financièrement pas réaliste. Cela nous coûterait plus de 180 millions sur 12 ans."

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