La direction de Nice-Matin informée du pré-accord trouvé avec Niel, selon Nethys

Xavier Niel ©Photo News

Dialogue de sourds ce lundi entre la direction du quotidien Nice-Matin et son actionnaire minoritaire belge Nethys. Le premier reproche au second de l’avoir mis devant le fait accompli en entamant des négociations exclusives de revente de ses parts avec l’homme d’affaires français Xavier Niel. Nethys s’inscrit en faux et insiste pour aboutir rapidement et relancer durablement l’outil, qui perd du terrain.

A la suite de l’annonce faite par Xavier Niel ce week-end de négociations exclusives entamées avec Nethys pour le rachat des parts détenues dans les sociétés éditrices de Nice-Matin (34%) et La Provence (11%) via la société belge L’Avenir Developpement, la direction du journal niçois a vivement réagi ce lundi. Elle critique ouvertement cette annonce unilatérale d’une prise de participation imminente de l’homme d’affaires français et copropriétaire du quotidien Le Monde et se plaint de n’avoir "pas été informée" des négociations en cours.

"Faux et archi-faux!", s’étrangle un haut responsable de Nethys, qui souhaite conserver l’anonymat pour ne pas envenimer les discussions en cours. "Durant des mois, nous avons tenté de trouver une solution pour sortir par le haut de ce dossier avec l’homme d’affaires Iskandar Safa. Au début des discussions, celui-ci se disait intéressé par le rachat pour un montant proche de celui que nous avions déboursé pour acquérir 34% des parts de Nice-Matin, soit 20,9 millions d’euros. Mais un peu plus tard, Iskandar Safa a revu son offre à la baisse, de 4,5 millions d'euros, en profitant de la pression que faisaient peser sur ce dossier certains hommes politiques belges et certains médias. Nous avons alors dû nous résoudre à chercher d’autres repreneurs durant des mois encore. Plusieurs tractations ont capoté. Puis nous avons rencontré Monsieur Niel. Ses équipes ont rapidement et positivement réagi", confie notre source.

"Ce week-end - et pas avant-, nous avons donc concrétisé le début de négociations exclusives avec Xavier Niel, tout en tentant, à plusieurs reprises, de concrétiser une rencontre avec la direction de Nice Matin, ce qu'elle a refusé."
Nethys

Elle poursuit: "Mercredi matin, nous avons prévenu la direction de Nice-Matin – à savoir Jean-Marc Pastorino, le PDG, et Jean-François Roubaud, le Président du Conseil de surveillance - que nous avions sur la table un pré-accord non-engageant avec Monsieur Niel plus intéressant que l'offre d'Iskandar Safa, toujours insuffisante à nos yeux malgré des mois de tractations. Et nous en avons également averti Monsieur Safa, que nous avons rencontré à Nice mercredi et qui a d'ailleurs revu son offre à la hausse, mais de façon insuffisante. Ce week-end - et pas avant-, nous avons donc concrétisé le début de négociations exclusives avec Xavier Niel, tout en tentant, à plusieurs reprises, de concrétiser une rencontre avec la direction de Nice Matin, ce qu'elle a refusé. La raison est claire: quoi qu’en disent certains, nous sommes profondément préoccupés par l’avenir du journal et de ses salariés. Xavier Niel a un vrai plan industriel et est prêt à dégager les moyens financiers nécessaires pour le mettre en œuvre rapidement, en y intégrant l’avenir du quotidien La Provence avec, notamment, des effets de synergies entre les titres et des économies d’échelle sur l’impression papier. Ce que permet le rachat de L'Avenir Developpement et du pacte d'actionnaires inclus dans les statuts de la société".

"Une seule offre, pas deux"

"Cette prise de participation indirecte n’apporte aucune solution aux besoins de développement du groupe", rétorquait pour sa part ce lundi la direction de Nice-Matin dans un communiqué distinct. "Des réunions sont prévues et une analyse sera faite. Dans l’immédiat, nous sommes dans l’attente de la réponse de Nethys à l’offre d’Iskandar Safa. Je n’ai qu’une seule offre en main, pas deux", précisait ce lundi Jean-Marc Pastorino à nos confrères du quotidien Libération.

"Cette prise de participation indirecte n’apporte aucune solution aux besoins de développement du groupe."
Nice-Matin

Pour rappel, Nice-Matin est dirigé depuis 5 ans en coopérative par 456 salariés actionnaires qui ont investi leur 13e mois pour racheter 66% du capital. Selon une source proche du dossier, Iskandar Safa, le magnat franco-libanais des chantiers navals civils et militaires, également propriétaire de l’hebdomadaire Valeurs Actuelles et estampillé très à droite sur l’échiquier politique, aurait proposé aux travailleurs fédérés en SCIC (Société coopérative d’intérêt collectif) de racheter leur mise de départ multipliée par cinq et de rembourser intégralement Nethys, ce que ses dirigeants réfutent totalement aujourd’hui.

Procédure de sauvegarde

"Nous espérons toujours pouvoir rencontrer la direction de Nice Matin avec Xavier Niel pour qu’il puisse rapidement rassurer le personnel sur ses intentions."
Nethys

Enfin, concernant la procédure de sauvegarde ouverte vendredi dernier par le tribunal de commerce de Nice à la demande de la direction de Nice-Matin, celle de Nethys précise encore, "tout particulièrement à l’attention du personnel, très préoccupé par la situation actuelle", qu’il n’est pas question ici de défaut de paiement: "Nethys a toujours rempli ses obligations financières depuis 2016 et continuera à le faire jusqu’à cession de ses parts à un prix raisonnable pour les deux parties. L’offre de Xavier Niel est de nature, pensons-nous, à rassurer le mandataire judiciaire nommé par le tribunal de commerce et les syndicats. Nous espérons toujours pouvoir rencontrer la direction de Nice-Matin avec Xavier Niel pour qu’il puisse rapidement rassurer le personnel sur ses intentions. N’oublions pas qu’avec les sociétés de distribution, ce sont près de 800 emplois qui sont concernés par ce nouveau projet!", insiste la direction de Nethys, qui rappelle au passage "l’excellent travail de redressement des finances du journal Le Monde effectué depuis l’arrivée de Monsieur Niel dans son actionnariat sans toucher à l’indépendance rédactionnelle du titre".

De son côté, l’intéressé principal indiquait par communiqué que "l’objectif de l'opération en cours est en effet d’accompagner la stratégie de développement des titres et de leurs déclinaisons, dans le strict respect de l’histoire et de l’identité des journaux, avec l’ambition de conforter leur indépendance éditoriale tout en construisant un modèle économique pérenne".


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