analyse

La lutte pour Sky n'est pas finie

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Le dossier évolue de surenchère en surenchère: 21st Century Fox de la famille Murdoch relève son offre sur les 61% qu'il ne détient pas dans Sky, immédiatement suivi par une hausse de l'offre de Comcast. Disney reste en coulisse. Retour sur cette saga lancée en 1990.

Le groupe américain 21st Century Fox de la famille Murdoch a relevé son offre d'achat sur le groupe de télévision britannique Sky. L'offre est donc supérieure à celle de Comcast (NBC, studios Universal, DreamWorks, USA Network). La réponse de Comcast ne s'est pas faite attendre avec une nouvelle contre-offre. La bataille se poursuit des deux côtés de l'Atlantique entre géants d'un secteur en bouleversement.

Dans un communiqué, le groupe américain de médias, déjà premier actionnaire de Sky (39%), annonce faire passer sa proposition de 10,75 livres par action Sky à 14 livres, afin d'acheter les 61% du capital qu'il ne possède pas encore. Ce faisant, Sky est valorisé désormais à 24,5 milliards de livres (27,7 milliards d'euros). En février dernier, un autre géant américain, Comcast, mettait sur la table 22 milliards de livres (25 milliards d'euros) pour ravir Sky à Fox. Aujourd'hui, il relève son offre à 26 milliards.

24,5 milliards de livres
surenchère
La nouvelle offre de Fox sur Sky valorise cette dernière à près de 28 milliards d'euros.

D'après Fox, le "comité indépendant" de Sky soutient cette nouvelle offre. Il est composé de dirigeants du groupe de télévision britannique non membres de la galaxie Murdoch, qui est déjà présente à la direction du groupe. Même son de cloche, pour Comcast. 

Cette proposition de Fox reste soumise toutefois à l'autorisation des autorités britanniques, qui se penchent depuis de longs mois sur le possible passage de Sky sous le giron des Murdoch. Les autorités britanniques sont inquiètes pour la pluralité des médias au Royaume-Uni où la galaxie Murdoch contrôle déjà des quotidiens à grand tirage. Celle de Comcast a, elle, déjà été validée.

L'autorité britannique de la concurrence (CMA), qui a enquêté sur ce sujet à la demande du gouvernement, a statué dans ses conclusions que cette proposition de rachat de Fox pourrait être "contraire à l'intérêt du public". Le verdict est tombé ce jeudi: Le gouvernement britannique autorise la tentative de rachat de Sky par Fox. 

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Disney, Comcast, Fox, Sky: qui veut quoi?

Si 21st Century Fox et Comcast luttent pour reprendre Sky, un autre groupe regarde très attentivement le combat: Disney. En effet, le groupe de divertissement est plus que partie prenante dans ce dossier puisqu'il avait conclu un accord avec Fox pour acquérir certains de ses actifs... dont Sky. Mais reprenons la saga depuis le début.

  • 1990, Rupert Murdoch à la tête de plusieurs titres de journaux sent le succès arriver dans la télévision payante. Il crée ainsi au Royaume-Uni Sky. Immédiatement, la chaîne décolle, devenant une poule aux yeux d'or. Mais le groupe Murdoch n'en détient que 39%.

  • 2011: Face à la rentabilité de Sky, Murdoch veut accroître sa participation. Mais son offre se soldera par un scandale retentissant: on évoque des mises sur écoutes téléphoniques. Le milliardaire fait donc face à un échec qui restera amer dans la bouche de la famille.

  • Avec l'arrivée de James Murdoch, le fils de Rupert, cette vieille rancoeur ressortira. Fin 2016, 21st Century Fox lance donc une offre, une nouvelle, sur les parts qu'il ne détient pas encore dans Sky. Levée de boucliers du régulateur britannique des médias. C'est que l'empire Murdoch détient déjà les titres Times, Sun et la chaîne en continu Sky News.

    Le vieux Murdoch, toujours aux aguets, trouve la parade. En décembre 2017, il noue un accord avec Disney:  le groupe de divertissement se montre acquéreur des activités de cinéma, de télévision et internationales de Fox. Montant 52,4 milliards de dollars en dollars. Avantage pour Disney: il s'arme face à la concurrence d'Amazon et de Netflix. Cette parade va-t-elle satisfaire le régulateur britannique?  Car dans la manne laissée à Disney, il y a les 39% de Sky et l'engagement des Murdoch de poursuivre sa quête des 61% restants.  

    Mais les choses se compliquent. En février 2018, Comcast décide défier Murdoch et lance une OPA sur Sky. La société britannique qui avait déjà apporté son soutien à la Fox le retire.
    Pour Comcast, Sky est une "opportunité stratégique d'acquérir un leader de la production et la diffusion de contenus au Royaume-Uni et en Europe". Cette offre de Comcast sur Sky a, elle, reçu l'aval des autorités britanniques.

  • Au lendemain du feu vert britannique à l'achat par AT&T de Time Warner en juin dernier, nouveau coup de théâtre: Comcast lance une surenchère (+19% à  65 milliards dollars) sur les activités de Fox convoitées par Disney

    La réponse de ce dernier ne se fera pas attendre. Une semaine plus tard, Disney améliore son offre: 38 dollars l'action. Le conseil d'administration de Fox se positionnera en faveur de l'offre de Disney la jugeant "supérieure par son montant, sa composition et sa solidité" à celle de Comcast. Il ne faudra que quelques jours à Justice américaine pour valider cette offre à condition pour Disney de vendre des chaînes sportives.
Bob Iger, CEO de Disney ©AFP

Pour Bob Iger, CEO de Disney, les parts détenues par Fox dans Sky sont "le joyau de la couronne". Ceci ouvre la voie à la création d'un mastodonte: Disney possède à Hollywood la saga Star Wars ou les superhéros Marvel. Dans la télévision, il possède les chaînes du groupe ABC et surtout les sportives ESPN. Avec Fox s'ajoute les studios de cinéma 20th Century Fox, la chaîne de télévision National Geographic, la participation de Fox dans le service de streaming Hulu et au Royaume-Uni la part dans Sky.

Fox et Disney travaillent même de concert sur l'offre sur les 61% de Sky.

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Qu'en pensent les analystes?

Moody's semble privilégier une combinaison Disney-Fox. "La capacité de Disney à monétiser la propriété intellectuelle dans tous ses secteurs d'activité est sans pareil dans l'industrie. Un mariage Comcast-Sky a un sens stratégique parce que les deux sont des fournisseurs de télévision payante et que Comcast est un distributeur de câble d'abord, une société de contenu ensuite."

"Si Disney ne fait pas offre sur les actifs de Sky, peut-être que Comcast lui permettra d'enlever Fox pour 38 dollars l'action. Comcast se contentera de Sky permettant aux deux de ne pas surpayer les actifs convoités et s'éviter beaucoup de tracas."
Jonathan Chaplin
analyste chez New Street Research

Et pourquoi pas un abandon de chaque côté. Selon Jonathan Chaplin, analyste chez New Street Research interrogé par CNBC, Disney pourrait abandonner Sky, si Comcast renonce à Fox. Or pour l'heure, les deux protagonistes ne peuvent communiquer entre eux, Disney étant lié par l'accord avec Fox. "Si Disney ne fait pas offre sur les actifs de Sky, peut-être que Comcast lui permettra d'enlever Fox pour 38 dollars l'action. Comcast se contentera de Sky permettant aux deux de ne pas surpayer les actifs convoités et s'éviter beaucoup de tracas." 

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Toutefois personne ne semble enclin à lâcher prise. Fox insiste même: il reste engagé dans l'acquisition de Sky et envisage actuellement ses options. "L'achèvement de l'acquisition de Sky n'est pas une condition à l'obligation de l'une ou l'autre des parties de réaliser les transactions."

Et Chaplin de conclure: "Je pense que Comcast poussera Fox à payer un maximum pour Sky et à perdre. Avec un trésor de guerre de 100 milliards de dollars, et si Comcast veut réellement Sky, il l'obtiendra. Sky est stratégiquement important pour Comcast alors que Disney peut se contenter des studios cinéma." 

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