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Le coup de poker (manqué) de Nethys pour vendre L'Avenir à Stéphan Jourdain

©BELGA

Nethys a tenté de profiter de l’été pour vendre L’Avenir à Stéphan Jourdain. Une vente en douce et rapide qui a fini par capoter.

Dans le courant de l’été, une belle partie de poker menteur s’est jouée autour de la vente du groupe L’Avenir. D’après nos informations, les responsables de Nethys ont mis la pression sur l’homme d’affaires Stéphan Jourdain afin de le pousser à acheter le quotidien avant le 15 août. Pour achever de le convaincre, les responsables de Nethys expliquaient que les groupes de presse Rossel et IPM étaient également dans la danse. Il n’en était rien.

Jourdain intéressé depuis... 1999

Pour saisir les contours de la pièce qui vient de se jouer, il faut remonter dans le temps. En 1999, l’évêché de Namur, qui détient 74% du groupe Mediabel (L’Avenir et 66% de La Libre Belgique et de la DH) décide de vendre sa participation. Le reste des actions est détenu par les familles fondatrices de titres de presse repris au fur et à mesure par Mediabel.

Arrière-petits-fils de Louis Jourdain, le fondateur de La Libre Belgique en 1884, l’homme d’affaires Stéphan Jourdain est intéressé. En solo, il achète les parts des familles (26%) pour 250 millions de francs belges avant de se lancer dans les négociations avec l’évêché de Namur pour acheter les 74% restants. Le prix fixé? 750 millions de francs belges. En 1999, Mediabel est donc valorisé à un milliard de francs belges.

Pour l’acquisition de cette tranche de 74%, l’homme d’affaires se fait entourer et il monte au front en compagnie de Jean-Pierre de Launoit (GBL, AXA, RTL), Dominique Collinet (Carmeuse), Jean-Marie Delwart (Floridienne) et Yves de Chaisemartin (successeur de Robert Hersant à la tête du Figaro). Un accord est signé avec l’évêché de Namur et l’affaire aurait dû être portée jusqu’au Vatican pour être ratifiée, comme c’est le cas pour toutes les transactions de plus de 100 millions de francs belges.

Stéphan Jourdain n’ira cependant jamais au Vatican. L’accord fuit dans la presse le… 1er avril, déclenchant un barnum de tous les diables qui, en bout de course, fera capoter le deal, Corelio emportant alors le morceau. L’homme d’affaires attaquera l’ASBL évêché de Namur en justice et obtiendra un dédommagement de 105 millions de francs belges. De quoi se consoler.

Nouvelle approche en catimini

Ma vie actuelle de préretraité me satisfait pleinement et je travaille sur un projet à Cuba qui m’amuse plus que tout autre chose.
Stéphan Jourdain

On le voit, l’intérêt de Stéphan Jourdain (en son temps éditeur de l’Eventail à 50/50 avec Albert Frère et Pan avec l’ancien Premier ministre Paul Vanden Boeynants) pour les médias n’est donc pas feint. Raison pour laquelle il est à nouveau sorti du bois il y a un an environ pour se porter acquéreur de L’Avenir. Il a alors relancé un mini-tour de table afin de réunir autour de lui des patrons bruxellois et wallons soucieux de faire passer un message libéral dans les médias. Ils sont trois à suivre Jourdain et le groupe se baptise N4.

À différentes sources, nous apprenons que plusieurs rencontres ont alors eu lieu entre le groupe N4, Stéphane Moreau et Pol Heyse, respectivement administrateur délégué et directeur financier de Nethys. Puis les contacts se distendent et chacun vaque à ses occupations.

Avant l’été, irrités par un nouveau mouvement de grogne à la rédaction de L’Avenir, les responsables de Nethys reprennent langue avec le groupe N4. Le message est le suivant: êtes-vous capable de réunir des fonds et de faire offre sans condition avant le 15 août? Oui, deux fois oui. N4 veut y aller. On lui dit alors qu’il n’est pas le seul en piste. On évoque la présence de Rossel (Le Soir, Sud Presse) et d’IPM (La Libre, DH). Le prix évoqué pour L’Avenir est de 20 millions d’euros.

Échec de la vente

Lors d’une rencontre récente avec L’Echo, les principaux responsables de Nethys ont encore confirmé la présence de Rossel et d’IPM dans les négociations. À ce moment, Bernard Marchant, administrateur délégué de Rossel et François le Hodey, CEO d’IPM, nous ont assuré ne pas être au courant de la vente de L’Avenir. En on, en off, dans toutes les langues, ils l’assurent, ils ne se sont pas assis à la table des négociations, contrairement au groupe N4 qui a même signé un accord de confidentialité lui donnant accès à une data room.

Mais les choses qui devaient aller vite se mettent à traîner, l’été passe et un gouvernement wallon est formé. La vente en catimini de L’Avenir ne se fera pas. Le sort du quotidien ne se réglera pas comme celui de Win ou d’Elicio. Entre-temps, face à tant de complications, Stéphan Jourdain s’est retiré du groupe pour être remplacé par un autre investisseur. "Je ne veux pas commenter ces rumeurs. Ma vie actuelle de préretraité me satisfait pleinement et je travaille sur un projet à Cuba qui m’amuse plus que tout autre chose", nous a seulement déclaré Stéphan Jourdain. Nous n’avons pas réussi à joindre Pol Heyse.

Ce mardi matin, suite à nos révélations, Nethys a réagi par voie de communiqué en démentant avoir tenté de vendre les quotidiens L'Avenir à Stéphan Jourdain. "Monsieur Jourdain, comme d'autres investisseurs potentiels, a manifesté un intérêt relatif à ce dossier il y a quelques mois, mais cette marque d'intérêt n'a donné lieu à aucune suite concrète", affirme Nethys.

Pas de procès pour Stéphane Moreau?

Stéphane Moreau a conclu une transaction pénale avec le parquet, indiquait lundi Le Soir. C’est le procureur général de Liège Christian De Valkeneer qui le confirmait au quotidien.

Le nom de Stéphane Moreau apparaît dans plusieurs dossiers, dont celui de l’affaire Tecteo-Ogeo. Dans cette affaire, il est suspecté d’avoir avalisé des emprunts "douteux" au nom d’Ogeo et d’avoir prétexté, en 2011, d’un séminaire professionnel à Abu Dhabi, organisé par UBS, pour s’y rendre à des fins privées au Grand Prix de F1.

Le Soir affirme que cette transaction porte également sur d’autres affaires: la construction d’une centrale hydroélectrique au Congo, la gestion de la Société de Logement du Plateau à Ans, dont Stéphane Moreau était le vice-président, et ce qui est devenu "l’affaire de la pergola", une affaire d’arbre tombé chez un voisin qui avait débouché sur un non-lieu auprès de la chambre du conseil au printemps 2018.

Si la transaction pénale était acceptée par la chambre du conseil, cela signifierait que Stéphane Moreau, moyennant le paiement d’une somme d’argent dont le montant n’est pas encore connu, échapperait à un procès pour ces affaires.

Ni Stéphane Moreau ni son avocat n’ont réagi à l’information.

 

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