Le Mediapark va-t-il devenir "the place to be" pour les médias à Bruxelles?

L’actuel site de la RTBF et de la VRT à Reyers accueillera sur huit hectares le futur Mediapark. ©BELGA

Une étude interuniversitaire dresse un état des lieux du secteur des médias à Bruxelles et identifie les défis du futur Mediapark voulu par le gouvernement à Reyers.

La Région bruxelloise veut faire des médias un axe de sa politique de développement. Une étude de Media Clusters Brussels, un projet universitaire (ULB, VUB, Saint-Louis), entend guider les décideurs dans leur choix de faire du site de Reyers à Schaerbeek un futur Mediapark. Ce cluster médias accueillera sur 8 hectares grandes entreprises, PME, écoles, logements, commerces et espaces verts. Objectif: créer un écosystème favorisant interactions et émulation.

1,7 milliard €
C’est la valeur ajoutée des médias à Bruxelles. La capitale pèse 39% de celle du secteur en Belgique.

Le potentiel bruxellois est indéniable. La capitale génère ainsi 39% de la valeur ajoutée du secteur des médias en Belgique, soit près de 1,7 milliard d’euros, et 2,4% de l’ensemble de l’économie bruxelloise. Grâce aux chaînes publiques (RTBF, VRT) et privées (RTL, Be tv…), 49% de la valeur ajoutée se trouve dans l’audiovisuel. Suivent la pub (19,3%), les médias imprimés (16,8%) et les nouveaux médias (13,3%). L’emploi évolue de manière contrastée. On compte 15.000 employés et 1.300 indépendants. Mais le nombre de salariés recule au profit des indépendants. Il y a une précarisation des conditions de travail: près de 40% des travailleurs ont un CDD ou sont intérimaires, alors que le niveau de qualification est élevé: plus de 50% des travailleurs ont un master.

Ces gens travaillent surtout dans quatre clusters: le quartier européen, Ixelles, le canal et Reyers. Abritant la RTBF la VRT, RTL, Be tv, Nostalgie, NRJ, etc., "ce cluster est le plus remarquable en termes de valeur ajoutée nette et de nombre d’emplois", notent les auteurs de l’étude. "Il n’est donc pas surprenant que le gouvernement ait décidé d’y focaliser ses efforts à l’égard des médias." Le quartier concentre les plus grandes entreprises du secteur et, au niveau foncier, il permet le plus de perspectives de développement dans un cadre cohérent. Outre les nouveaux bâtiments de la RTBF et de la VRT qui y seront érigés d’ici 2020-2021, on y trouvera aussi la future "maison des médias". Baptisée Frame, ses travaux débuteront en 2019. Elle abritera BX1, l’Ihecs, Screen.brussels, (services régionaux de soutien l’audiovisuel), un espace de coworking, des équipements collectifs (auditorium, salle de projection), de l’horeca, etc.

Pour les auteurs de l’étude, "la réussite du Mediapark dépendra dans une large mesure de sa configuration, qui sera fonction des choix que feront le gouvernement et les autres parties prenantes dans un avenir proche." Et de formuler quelques observations et avertissements. Séduisant sur papier, le Mediapark pourrait ainsi "siphonner" les activités des trois autres clusters médias. Ce sera au politique de décider s’ils misent tout sur lui au risque d’affaiblir les autres.

Autre préoccupation: qu’il y ait un certain équilibre entre grandes entreprises et plus petites, lesquelles recourent à de nombreux indépendants: "Il faut aussi miser sur le développement du capital humain, ce qui n’est pas évident dans un secteur où une certaine précarité est de mise." Et puis, pointent-ils, "il ne faut pas négliger les tensions que génère un projet". Région et communauté ont chacune leur propre logique. La première privilégie le développement territorial et immobilier, les secondes l’industrie culturelle et les médias. "Il faudra que la rencontre s’opère", disent-ils. Il faudra aussi faire des arbitrages entre soutien à l’industrie locale et volonté d’attirer des acteurs internationaux, ce dont manque Bruxelles. Les deux ne s’excluent pas mutuellement mais le projet semble plutôt s’orienter vers le développement de l’industrie locale/régionale. Enfin, faut-il renforcer la spécialisation audiovisuelle de Reyers ou créer un cluster médias plus large? Ce sera là aussi aux porteurs du projet de prendre position.

Pour les chercheurs du projet mediaclusters, il y a en tout cas "tout intérêt à favoriser un engagement plus systémique de tous les acteurs de l’industrie des médias ainsi que d’autres administrations aux niveaux communautaire et fédéral, de manière à coordonner les stratégies afin de faire de ce cluster le meilleur outil possible pour soutenir l’industrie des médias à l’échelon local."

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