Les députés divisés sur le futur de la RTBF

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Le Parlement n’est pas parvenu à rédiger un texte de recommandations communes sur le contrat de gestion de la RTBF. Le ministre Marcourt a les mains libres pour négocier avec la RTBF.

Après des mois d’auditions (dirigeants, personnel, experts, groupes de pression, régulateur…), les députés de la commission médias du Parlement de la Fédération Wallonie Bruxelles devaient remettre leurs recommandations au gouvernement sur le contrat de gestion de la RTBF, à charge pour lui de le négocier avec la direction. Dans un monde idéal, le parlement aurait dû remettre un texte collectif afin de peser davantage sur la négociation. Mais les partis (PS, MR, cdH, Ecolo) ne sont pas parvenus à s’entendre. Pire, même la majorité PS-cdH n’a pas trouvé de consensus. C’est donc chacun de leur côté que les partis ont présenté leurs recommandations. "Cette absence de consensus va donner un blanc-seing au ministre Marcourt (ministre PS des médias, NDLR) pour négocier avec la RTBF", regrette Christos Doulkeridis (Ecolo). Difficile dès lors de synthétiser les propositions. Pourtant on peut en dégager des lignes de force.

Missions. Informer, divertir, cultiver et éduquer sont les missions de la RTBF. Mais les députés estiment la nécessité de renforcer l’information. Le cdH en fait une priorité. Le PS estime qu’une info de qualité ne peut se faire qu’en portant une attention accrue aux conditions de travail de ceux qui la produisent. PS et MR plaident aussi pour le maintien de l’emploi actuel (1970 ETP). Les partis s’accordent par ailleurs sur la nécessité de développer l’éducation permanente, comme l’éducation aux médias, pollués par les fake news selon Ecolo, et à la médiation, peu valorisée pour le MR. Les partis insistent sur le renforcement de l’offre culturelle, qui ne doit pas être limitée à certaines chaînes ou aux fins de soirées, la mise en avant des artistes de la Fédération, voire sur une hausse des quotas de diffusion.

"L’absence de consensus donne un blanc-seing au ministre Marcourt pour négocier le contrat de gestion avec la RTBF."
christos doulkeridis
député Ecolo au parlement de la fédération wallonie-bruxelles

Financement. Pas question de toucher à la dotation de la RTBF. Dans ce budget, la publicité fait l’objet d’une attention particulière. Le PS comme Ecolo rêvent de sa disparition. En attendant ce grand soir, le PS est contre la hausse des plafonds et suggère de supprimer la pub sur une chaîne comme La Première. Globalement, la pub doit être mieux encadrée, dit-on ici et là. L’info doit en être totalement isolée, le MR recommandant ainsi que le magazine "Questions à la Une" ne soit plus coupé par de la pub. Certains partis comme Ecolo et le MR plaident pour un retour en arrière en interdisant le placement de produits et en supprimant (Ecolo, cdH) ou en diminuant (MR) la pub pour certains alcools et les médicaments sans prescription. Enfin, le MR s’oppose aux desiderata du patron Jean-Paul Philippot d’un mécanisme assurantiel afin de faire face aux conséquences de l’arrivée de TF1 en Belgique, dispositif qu’il assimile à un chèque en blanc. Le PS nuance en indiquant qu’un mécanisme de concertation avec le gouvernement en cas d’événement imprévisible ou de charges nouvelles imposées à la RTBF existe dans le contrat de gestion actuel. Il propose de l’adapter.

Collaborations. Le PS encourage les échanges et les partenariats avec la presse. Mais le climat est tendu. Un des griefs faits à la RTBF est sa tendance à concurrencer sur ses sites web la presse écrite en multipliant les contenus écrits. cdH et Ecolo, souhaitent qu’ils soient en lien direct avec du contenu audiovisuel et le MR plaide pour que la RTBF insère des hyperliens vers les sites des éditeurs quand elle reprend leurs informations. Les partis plaident pour davantage de collaborations avec les télés locales et avec les producteurs indépendants. Ecolo note ainsi que la RTBF ne consacre que 7,2 millions par an à l’aide (achats de contenus) à la production indépendante. C’est cinq fois moins que la VRT.

Technologies. La RTBF doit être présente sur toutes les plateformes afin d’être en lien avec tous ses publics. À commencer par les jeunes, dont la consommation reflète un changement des usages selon le cdH. Le MR observe ainsi que le public de la RTBF est âgé: 56 ans en moyenne pour celui de La Une et 57 ans pour celui de La Première. Le PS demande dès lors que la RTBF augmente significativement la production de contenus pour supports mobiles et digitaux. Concernant les "big data", PS et cdH s’accordent pour que la RTBF puisse gérer des algorithmes de recommandation afin d’exposer au mieux les contenus émargeant de ses missions.

Gouvernance. Les partis veulent davantage de transparence. MR et cdH demandent que soient publiées les rémunérations des membres du comité de direction et du conseil d’administration. Ecolo veut la publication d’un organigramme clair des instances de la RTBF. Il est aussi question d’une relecture technique du contrat de gestion par le CSA et d’une évaluation à mi-parcours du respect de ses dispositions.

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