Les médias européens veulent s'inspirer de l'Australie pour faire payer Google

En Australie, le bras de fer entre Google et le gouvernement s'est finalement conclu sur un accord. Derrière en embuscade, on retrouvait Rupert Murdoch et Microsoft. ©AFP

Les éditeurs de presse européens et Microsoft demandent la mise en place d'un mécanisme "à l'australienne" en Europe pour assurer une rémunération équitable.

Microsoft et les éditeurs de presse européens qui font front commun, l'image n'est pas banale. Une alliance de circonstance et opportuniste. Le but? Obtenir une meilleure rémunération des éditeurs de presse européens pour l'utilisation de leurs contenus par les géants numériques comme Facebook et Google. Le timing n'est pas anodin et s'inspire directement de ce qui se passe en Australie en ce moment.

Les yeux de la planète média sont rivés depuis plusieurs jours sur l'île continent dont les autorités et les médias accusent Facebook et Google de tirer profit de leurs contenus en affichant des aperçus de leurs articles sur son moteur de recherche pour l'un et son fil d'actualité pour l'autre, sans partager les revenus qu'ils en tirent.

"Grâce à ces changements, nous pouvons désormais travailler à [...] rétablir dans les jours à venir pour les Australiens les informations sur Facebook."
Will Easton
Directeur général de Facebook Australia

Le bras de fer et les discussions font rage, chaque camp faisant monter la pression à son tour. Google a menacé de quitter le territoire avec ses services. Facebook a restreint le partage d'articles et de vidéos d'information par les éditeurs et les utilisateurs australiens. En face, le gouvernement négocie avec, comme menace ultime, une loi très contraignante pour les deux géants américains.

Un compromis finalement trouvé

Jusqu'à ce qu'on apprenne, mardi, qu'un compromis a été trouvé entre Facebook et les autorités australiennes. Le réseau social a ainsi annoncé la levée du blocage des contenus d'actualité, le gouvernement ayant accepté d'amender cette fameuse loi qui vise à contraindre les géants de la tech à rémunérer les médias pour la reprise de leurs contenus.

"Grâce à ces changements, nous pouvons désormais travailler à poursuivre notre investissement dans un journalisme d'intérêt public et rétablir dans les jours à venir pour les Australiens les informations sur Facebook", a déclaré le directeur général de Facebook Australia, Will Easton.

L'Australie adopte la loi

Le compromis de dernière minute, trouvé au moment où le Parlement examine le projet de loi, signifie que Facebook et Google ne feront pas l'objet de sanctions s'ils arrivent à conclure certains accords avec des médias locaux pour payer les informations. Un délai de deux mois supplémentaires leur a été octroyé afin de négocier ces arrangements.

Le groupe de Mark Zuckerberg a annoncé investir "au moins" un milliard de dollars dans les contenus d'actualité sur les trois prochaines années.

La loi a ensuite été adoptée jeudi par le Parlement australien. Google va désormais payer "des sommes significatives" pour le contenu d'actualités qui apparaît dans son nouvel outil baptisé Google News Showcase, et Facebook devra payer les fournisseurs qui apparaissent sur son produit News, qui doit être déployé en Australie plus tard cette année. Le groupe de Mark Zuckerberg a ainsi annoncé investir "au moins" un milliard de dollars dans les contenus d'actualité sur les trois prochaines années. Cette nouvelle enveloppe, communiquée mercredi dans un article de blog de Nick Clegg, le responsable des affaires publiques du géant des réseaux sociaux, s'ajoute aux 600 millions de dollars injectés dans les médias depuis 2018.

La fin de cette saga, donc? Ou le début d'une autre, des milliers de kilomètres plus loin.

Et en Europe?

Les éditeurs de presse européens réunis via différentes associations rêvent ainsi de voir instaurée cette loi contraignante en Europe. Ils demandent de rendre obligatoire le paiement de l'utilisation des contenus des éditeurs de presse par les Gafa et d'inclure des dispositions d'arbitrage, afin de garantir que des accords équitables soient négociés.

Vu d'Europe, l'Australie apparaît comme un chevalier blanc face aux géants que sont les Gafa.

Ces dispositions devraient, selon eux, prendre en compte le modèle établi par la loi australienne, qui permet à un organe d'arbitrage d'établir un prix équitable sur la base d'une évaluation des avantages que chaque partie retire de l'inclusion des contenus d'information sur les plateformes comme Facebook et Google.

Vu d'Europe, l'Australie apparaît comme un chevalier blanc face aux géants que sont les Gafa. La réalité est plus nuancée, puisque le bras de fer était en réalité une lutte de pouvoir avec non pas l'Australie, mais Rupert Murdoch, le magnat des médias qui possède deux tiers de la presse quotidienne australienne, face à Facebook et Google.

De son côté, Microsoft reste en embuscade. Le géant américain se range aux côtés des éditeurs de presse, défend le droit à une presse libre et communique à tout va sur le sujet depuis plusieurs jours.

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