LN24 réorganise sa direction et se dote de nouveaux moyens

La crise du Covid-19 a profité aux chiffres d'audience de LN24. ©LN24

Alors que Belfius et Besix injectent de nouveaux capitaux dans la chaîne d’info en continu, Philippe Lhomme devient président du conseil d’administration.

Comme la plupart des médias, la crise du Covid-19 profite à LN24. Alors qu’elle affichait un modeste 0,5% de part d'audience en début d’année, la nouvelle chaîne d'info en continu dépasse en effet depuis la mi-mars les 2% sur son coeur de cible, les 25-54 ans (avec un pic à 2,7%) et 1,5% sur les cibles généralistes (4 ans et +).

Dès le début de la crise, la chaîne s’est mobilisée, augmentant son offre de journaux, multipliant débats et analyses. Et pourtant, elle a pris de plein fouet le virus avec, dès le début, 3 personnes infectées et 15 cas suspects (sur 70 collaborateurs, soit 50 ETP), tous guéris aujourd'hui. "La crise les a quelque part sauvés", observe un proche du dossier. A présent, tout l'enjeu pour elle sera de confirmer sur la durée, une fois le soufflé du coronavirus retombé. "Cette crise a fortement augmenté notre notoriété, reconnaît Joan Condijts (ex-rédac-chef de L'Echo), qui occupe désormais le poste de CEO. Mais il ne faut pas oublier que nous n’avons que huit mois. Toutes proportions gardées, une chaîne d’info comme LCI, qui appartient à TF1, ne fait pas mieux en termes de part de marché après vingt ans d’existence."

2,7%
de part d'audience
Depuis le début de la crise, les audiences de LN24 sont en progression avec un pic de 2,7% sur son public cible (25-54 ans).

Suite au départ mouvementé fin 2019 de Boris Portnoy, cofondateur de la chaîne avec Joan Condijts et Martin Buxant, LN24 a en effet réorganisé son management. Aux côtés du CEO, on trouve Stephan Salberter (Ecole 19, etc.) à la direction générale, tandis que Martin Buxant reste rédacteur en chef. Actif dans les salons, les médias, les télécoms et le divertissement (Batibouw, Crazy Horse, Imagix, Psychologies...), Philippe Lhomme est le nouveau président du conseil d’administration. A l’écouter, l’homme d’affaires, cofondateur de l'ex Canal+ Belgique, se voit comme un facilitateur. Son carnet d’adresses est épais et il a plus de 30 ans d’expérience dans les médias et les télécoms. "Mon rôle dans cette aventure est notamment de veiller que la machine soit alimentée en temps utile par les moyens financiers nécessaires", souligne-t-il.

Levée de fonds

Et de moyens, LN24 en a besoin. Déjà modestes, ses revenus pub se sont effondrés – comme ceux de tous les médias - depuis la crise. Entre janvier et avril, elle n’a enregistré que 156.000 euros de recettes "brutes" (avant remises commerciales d’usage), selon les données de l'institut Nielsen, collationnées par l'agence médias Space. En outre, la chaîne n’a pu compter, comme elle l’avait escompté, sur les revenus des télédistributeurs. Résultat : les 4,5 millions investis par les actionnaires - les cofondateurs, Belfius, Besix, Giles Daoust et Jean-Pierre Lutgen (Ice Watch) - ont vite été avalés.

"Il y aura sans doute, comme pour toute start-up, d’autres levées de capitaux."
Philippe Lhomme
Président du conseil d'administration de LN24

Besix et Belfius qui avaient mis chacun 1,8 million lors du premier tour de table viennent de remettre au pot, chacun à parts égales. Combien? "Plusieurs millions d’euros", répond laconiquement Philippe Lhomme. Au total ce serait cependant moins que leur mise initiale, entend-on. Interrogés, les protagonistes se cachent derrière la confidentialité. "La crise a prouvé que ce projet était nécessaire et viable, nous continuons donc à le soutenir", dit-on, sans plus, chez Besix. "Ce ne sera cependant pas suffisant, reconnaît Philippe Lhomme. Il y aura sans doute, comme pour toute start-up, d’autres levées de capitaux et je n’ai pas de doute que les actionnaires actuels, accompagnés le cas échéant d’autres nouveaux investisseurs, y souscriront en temps voulu." Par contre, Philippe Lhomme ne compte pas, dans un premier temps, investir dans la société.

En attendant, LN24 s’attelle à diversifier ses revenus : sponsoring, programmes courts, contenus de marques, etc. font partie de la panoplie des outils. La Loterie Nationale a ainsi parrainé le documentaire Première Ligne (sur la gestion du Covid-19 à Erasme) diffusé dimanche dernier et Total, l’opération PME Positive, soit des écrans pub offerts aux PME pendant la crise.

Cap sur le digital

Point faible de la chaîne au début, le digital est devenu un autre cheval de bataille. "Nous avons créé un digital studio pour proposer du contenu dédié sur le web et les réseaux sociaux, des programmes en replay, des podcasts, etc.," indique Stephan Salberter. Résultat: 400.000 visiteurs uniques en avril, dix fois plus qu’en début d’année. Là aussi, la crise a boosté les audiences. "Ce qui est intéressant c’est que nos audiences sont complémentaires, observe Joan Condijts. Celle en ligne est plus jeune et plus féminine alors qu’en télévision, elle est plus masculine et plus âgée."

Les dirigeants de LN24 mettent aussi en avant l'agilité de la chaîne: "On est capables d'anticiper et de mettre très vite un produit à l'antenne, comme le nouveau magazine dédié à la santé, prévu à la rentrée, mais qui s'est imposé avec la crise", détaille Stephan Salberter.

Bataille pour un réseau

Si une arrivée en Flandre est toujours dans les cartons, à plus court terme, une autre bataille est en passe d’être relancée : la radio. En juillet 2019, LN24 avait obtenu un des six réseaux dans le cadre du nouveau plan de fréquences au détriment de DH Radio. Cette dernière avait alors introduit des recours au Conseil d’Etat. En attendant une décision sur le fond, une période de tolérance administrative est observée et DH Radio exploite toujours le réseau. "Cela pourrait prendre 2 à 3 ans et entraînera une perte de revenus pour nous, voilà pourquoi nous allons passer à présent à une phase offensive", indique avec un brin de mystère Joan Condijts. Autrement dit, LN24 va étudier les voies juridiques possibles pour préserver ses intérêts.

Lire également

Publicité
Publicité
Publicité

Messages sponsorisés

Messages sponsorisés