interview podcast

Mathieu Gallet: "Pour la génération à venir, le clavier va être remplacé par la voix"

Mathieu Gallet, cofondateur de Majelan, estime que "la monétisation du marché de l’audio et du podcast va prendre encore du temps". ©Matias Indjic

Les acteurs du marché du podcast sont encore à la recherche d'un business modèle viable, à l'image de Majelan, la plateforme d'écoute créée par Mathieu Gallet. Entretien.

Après avoir dirigé Radio France et l’Institut national de l’audiovisuel français, Mathieu Gallet se lançait, en 2018, sur le marché émergent du podcast et des contenus audio, en mode start-up.

Avec la plateforme Majelan, il proposait alors une offre double: l’agrégation de podcasts dans une quinzaine de langues accessibles gratuitement et quelques programmes exclusifs disponibles uniquement sur abonnement. Un modèle freemium, à mi-chemin entre la formule gratuite de Spotify et l'abonnement de Netflix.

Deux ans plus tard, la start-up a pivoté et a choisi le modèle de l’abonnement en se spécialisant dans la production de contenus premium originaux.

Deux ans après le lancement de Majelan, basé sur un modèle freemium, vous avez changé de modèle. Pour quelles raisons?

Nous nous sommes rendu compte qu’il était très difficile d’orienter les utilisateurs gratuits vers la formule payante et que les abonnés utilisaient très peu le service d’agrégation gratuit. Nous avons donc choisi de nous recentrer sur l'offre payante.

"La monétisation du marché de l’audio et du podcast va prendre encore du temps."
Mathieu Gallet
Cofondateur de Majelan

Nous avons également décidé de resserrer notre ligne éditoriale qui couvrait de nombreux domaines comme le divertissement, le documentaire, la fiction, la méditation ou encore le coaching. Mais la demande des abonnés s'orientait clairement vers les contenus éducatifs et inspirants.

Le modèle des "masterclass" audio, c'est la vitrine du nouveau modèle de Majelan?

Exactement, c’est une locomotive pour l’abonnement et cela permet de mixer les profils d’utilisateurs qui veulent s’inspirer des meilleurs dans leur domaine et de personnalités connues avec une grande expérience. C'est le cas avec le documentariste Yann Artus-Bertrand ou le réalisateur Michel Hazanavicius.

"L’abonnement est en train de devenir un mode de vie, pour énormément de services différents."
Mathieu Gallet
Cofondateur de Majelan

Nous allons également développer des formats "How to", des leçons très concrètes qui permettent d'acquérir des compétences. Par exemple, "Nourrir sa créativité", "Apprendre de ses émotions" ou "Réduire sa dépendance au numérique".

Avec un abonnement à 6,99 euros par mois, votre offre se rapproche des prix pratiqués par les grandes plateformes comme Spotify ou Deezer. Ce n’est pas un handicap avec un catalogue de contenus aussi restreint?

Le prix n’est pas une barrière pour les clients ciblés qui sont majoritairement urbains, actifs, connectés, avec un bon pouvoir d’achat et qui sont plus âgés (25-45 ans) que sur le marché du streaming musical.

L’abonnement est donc un modèle plus viable que celui de la publicité?

Ce que je constate, c’est que l’abonnement est en train de devenir un mode de vie, pour énormément de services différents. J’ai plus de doute sur des modèles financés par la publicité. D’autant que, dans le digital, les Gafam se prennent la part du lion et qu'il ne reste que des miettes pour les autres.

Et quand on s’est habitué à un service sans pub, il est très difficile de faire marche arrière.

Quel regard portez-vous sur le marché francophone de l'audio et du podcast?

C'est encore un tout petit marché, comparé à celui de la radio, par exemple. C’est un secteur en construction et qui se cherche.

"Pour la génération à venir, la voix va remplacer le clavier."
Mathieu Gallet
Cofondateur de Majelan

La francophonie est notre marché de départ, mais nous avons trouvé un modèle de production applicable à une plus large échelle et à l’international. Nous voulons développer des contenus en anglais et en espagnol, deux très grands marchés.

Le potentiel de l’audio et de la voix comme service offre des perspectives plus vastes et prometteuses. Je pense que pour la génération à venir, la voix va remplacer le clavier. L’audio est un format puissant et complémentaire au digital, il vient se glisser dans tous les moments où l’écran n’arrive pas à retenir notre attention. Cela explique, notamment, les cas d’usage du podcast dans les salles de gym ou lors des déplacements.

Quand pensez-vous pouvoir passer à l’équilibre?

Ce n’est pas une priorité pour l’instant, nous visons surtout la croissance du nombre d’abonnés, dans un marché francophone en construction.

Spotify a mis plus de dix avant de se rapprocher de l’équilibre, alors Majelan, avec une dizaine de nouveaux contenus par mois et une équipe de 30 personnes, nous sommes toujours en phase de conquête et en mode start-up.

Avez-vous ressenti l’impact de la crise sanitaire sur les écoutes?

Il y avait une vraie crainte du secteur sur une baisse de la consultation des podcasts, un format qui se consomme majoritairement en mobilité, mais ça n’a pas été le cas. L’enseignement majeur, c’est qu’il y a des moments d’écoute à domicile aussi, lors des tâches ménagères, notamment.

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