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analyse

Mouvements en vue dans le capital de LN24

Entre 5 et 7 acteurs ont demandé à examiner le dossier de recapitalisation de LN24. ©AFP

Affichant d'importantes pertes, la chaîne d'info en continu cherche de nouveaux investisseurs. Certains actionnaires historiques pourraient se désengager.

C'est un secret de polichinelle. Deux ans après son lancement, la chaîne d'infos LN24 a besoin de sous. À l'issue de l’exercice 2020, elle affichait 7 millions d'euros de pertes cumulées. Cette année, elle s'attend encore à être dans le rouge. Son chiffre d'affaires devrait atteindre 2 à 3 millions, pour un budget de fonctionnement de 5 millions. LN24 va donc devoir être recapitalisée, comme elle l'a déjà été à plusieurs reprises.

Insuffisant à ce stade. Au point que, selon le magazine Trends, les deux plus gros actionnaires, Besix et Belfius, seraient prêts à jeter l'éponge. Un conseiller en fusions et acquisitions, le gantois VDP, a été désigné. Officiellement pour trouver de nouveaux partenaires.

"Nous avons lancé un processus visant à refinancer LN24 et un partenaire financier a été mandaté pour ce faire, cela ne veut pas forcément dire que l'entreprise est en vente."
Joan Condijts
Cofondateur et CEO de LN24

Contactés, les protagonistes du dossier sont peu loquaces. "Nous avons lancé un processus visant à refinancer LN24 et un partenaire financier a été mandaté pour ce faire, cela ne veut pas forcément dire que l'entreprise est en vente", commente son CEO, Joan Condijts.

Divergences

Chez Belfius, on assure qu'il n'est pas dans les intentions de vendre cette participation, mais d'être dilué en cas d'arrivée de nouveaux investisseurs. Ce qui veut dire que le bancassureur ne veut plus remettre au pot. Il nous revient toutefois qu'il existe des divergences de vues chez Belfius concernant cet actif. Ainsi, au sein de la branche assurances du groupe, Belins, qui abrite l'investissement dans LN24, on préférerait arrêter les frais, estimant que ce n'est pas son rôle d'investir dans une chaîne de télé.

Chez Besix, il se dit que l'heure ne serait plus aux diversifications de ce genre, vu le contexte délicat dans lequel se bat le secteur de la construction (crise sanitaire, pénurie de main-d'œuvre, tension sur les matériaux…). Bref, la volonté serait de sortir. Un indice, ce n'est pas le président du conseil d'administration de LN24, l'homme d'affaires Philippe Lhomme qui est à la manœuvre avec VDP, mais bien Rik Vandenberghe, l'ex-CEO – toujours administrateur de Besix – qui, en son temps, avait engagé le groupe de construction dans l'aventure.

Du côté des plus petits actionnaires, Jean-Pierre Lutgen, patron d'Ice Watch (qui a investi via son véhicule Ice Patrimonial) joue apparemment la carte du statu quo. "Lorsque nous sommes entrés au capital (en avril 2021, NDLR) on savait déjà qu'ils cherchaient des investisseurs", indique de son côté Pierre Hermant, CEO de l'invest public Finance.Brussels. Quant à Giles Daoust, il réitère son soutien aux fondateurs, saluant la qualité de leur projet éditorial et leur esprit d'entreprise. Sur l'éventualité de céder ses parts, "je ne pourrai me prononcer qu'à l'examen d'un projet concret", nous a-t-il indiqué.

Quel projet? "Le problème de LN24, c'est qu'elle a été fondée par des gens qui ne sont pas des éditeurs, et qui ont été soutenus par des actionnaires étrangers au secteur. À long terme cela ne peut pas fonctionner", dit une source qui connaît bien le dossier. À cela, on rétorquera qu'en France, les titres les plus prestigieux sont aux mains d'industriels qui n'avaient au départ rien à voir avec les médias.

IPM favori

D'après nos sources, entre cinq et sept acteurs ont demandé à examiner le dossier. Parmi eux, IPM, Ghelamco et le groupe récemment fusionné TF1/M6. Évincé lors de la reprise de RTL Belgium par le duo DPG-Rossel, IPM serait bien placé. Alors que l'on assiste à un mouvement de consolidation dans le secteur, la télévision est la pièce manquante de l'échiquier du groupe qui édite des quotidiens très différents (La Libre, la DH, L'Avenir), une radio (DH Radio) et des magazines (Paris Match Belgique…). Des synergies en terme éditorial, marketing, commercial et IT sont envisageables. Son patron, François le Hodey, préfère ne pas commenter. Mais il nous revient que son conseil d'administration lui a donné mandat sur ce dossier. Et l'argent ne devrait pas être un grand problème, vu la situation financière de LN24.

Le groupe de construction Ghelamco est intéressé de longue date, mais a été longtemps bloqué par la présence de Besix dans le capital de LN24. Il est déjà actif dans le secteur des médias, via un investissement dans GMGroup, éditeur de Newsmonkey et Business AM. Pour LN24, qui rêve de s'implanter en Flandre, cela pourrait être une opportunité. Quant au tandem TF1/M6, quipossède la chaîne d'info LCI, il y a de quoi favoriser des passerelles. Le groupe Rossel n'est, lui, pas intéressé.

Bref, LN24 est un peu au milieu du gué. L'ambiance, entend-on, n'est pas au beau fixe entre plusieurs actionnaires et la direction. Certains reconnaissent que c'est un beau projet, mais que, comme dans beaucoup de start-ups, il y a des tensions entre les individus.

Le résumé

  • La chaîne d'infos LN24 a besoin d'être à nouveau recapitalisée.
  • Selon Trends, les deux plus gros actionnaires, Belfius et Besix, pourraient se retirer.
  • Un spécialiste des fusions et acquisitions a été mandaté à cette fin.
  • Le groupe IPM est pointé comme favori pour reprendre la chaîne le cas échéant.

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